La crise économique et financière tant redoutée a bel et bien commencé. Les derniers chiffres de l’inflation pour le mois de mars en France, en Allemagne et dans la zone euro confirment un scénario alarmant. Selon l’économiste Marc Touati, cette crise sera plus grave que celle de 2008-2009, et les raisons sont essentiellement structurelles : les États n’ont plus les marges de manœuvre budgétaires et monétaires dont ils disposaient il y a quinze ans.
L’inflation repart de plus belle
Les prix à la consommation en France ont bondi de 0,9 % en février puis de 1,1 % en mars, portant le glissement annuel à 1,9 % aux normes harmonisées européennes. Depuis janvier 2021, la hausse cumulée des prix atteint quasiment 20 %. Cette nouvelle vague inflationniste survient alors que les ménages n’avaient pas encore digéré la précédente, ce qui rend la situation d’autant plus douloureuse au quotidien.
Le moteur de cette flambée est clairement identifié : les prix du pétrole ont grimpé de 89 % depuis le début de l’année 2026, le baril de Brent atteignant 114,6 dollars fin mars. L’indice CRB, qui mesure l’ensemble des matières premières, a quant à lui progressé de près de 28 %, touchant un sommet inédit depuis septembre 2008. Marc Touati souligne que malgré l’évidence de ces chiffres, le ministre de l’Économie continue d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’un choc pétrolier, ce qu’il qualifie de « déni de réalité ».
Les corrélations historiques entre prix du pétrole et inflation suggèrent que cette dernière pourrait rapidement dépasser les 3 %, voire atteindre 3,5 %. Les effets dits de « premier tour » (énergie et matières premières) se propagent ensuite aux coûts de production de l’ensemble des entreprises, puis aux prix de vente, un processus qui s’étale généralement sur un an.
La confiance s’effondre, la récession menace
Les enquêtes de confiance menées en mars, pour l’essentiel avant la flambée des cours du pétrole, révèlent déjà une détérioration marquée. L’indicateur de confiance des ménages français est retombé à des niveaux comparables à ceux du Covid. Le climat des affaires est également en baisse, et les indices des directeurs d’achat se situent autour de 48, signalant une contraction de l’activité.
Le PIB français pourrait reculer d’environ 0,2 % au premier trimestre 2026. La situation est similaire dans l’ensemble de la zone euro, où le sentiment économique et la confiance des ménages sont en chute libre, rappelant les phases d’inquiétude de 2022.
La dette publique : un miracle en trompe-l’œil
Les chiffres de la dette publique française au quatrième trimestre 2025 ont été présentés comme une bonne nouvelle par le gouvernement, avec une baisse apparente de 23,6 milliards d’euros. En réalité, il s’agit d’un simple artifice comptable : l’État a puisé 31,1 milliards dans sa trésorerie pour réduire la dette brute. La dette nette, elle, a bel et bien augmenté de 8,1 milliards.
Sur un an, la dette publique française a progressé de 154,4 milliards d’euros, atteignant 3460,5 milliards, soit 115,6 % du PIB contre 112,6 % un an plus tôt. Depuis 2007, la dette publique a augmenté de 178 % tandis que le PIB en valeur n’a progressé que de 59 %. Autrement dit, la dette a augmenté trois fois plus vite que la richesse créée.
Le déficit public est passé de 5,8 % en 2024 à 5,1 % en 2025, un chiffre présenté comme un succès alors qu’il reste l’un des plus élevés d’Europe. La France détient d’ailleurs le record du nombre d’années de non-respect de la règle des 3 % de déficit : 21 années, contre 17 pour la Grèce ou le Portugal. Pour 2026, Marc Touati anticipe un déficit avoisinant les 6 % du PIB, en raison d’une croissance faible (0,4 % au mieux), d’une hausse du chômage vers 9 %, de dépenses déjà programmées en augmentation et surtout de l’explosion des taux d’intérêt.
Les taux d’intérêt s’envolent dangereusement
Le 27 mars, le taux de l’OAT française à 10 ans a atteint 3,87 %, un plus haut depuis juin 2009. Le taux à 30 ans a grimpé à 4,6 %. L’écart de taux avec l’Allemagne s’est creusé à 74 points de base, confirmant une défiance croissante des investisseurs envers la France.
Un facteur aggravant réside dans le fait que 55,1 % de la dette publique française est détenue par des non-résidents, une proportion en hausse constante depuis 2022. Les pays du Golfe, traditionnellement acheteurs importants, se trouvent eux-mêmes en difficulté avec des recettes pétrolières moindres que prévu et des besoins de reconstruction. Leur capacité à continuer d’absorber la dette française est de plus en plus incertaine.
La charge d’intérêt de la dette, qui a atteint près de 65 milliards d’euros en 2025, pourrait dépasser 85 milliards en 2026. Même le journal Les Échos a titré « Le piège de la dette se referme sur la France », tandis que l’Institut Rexecode estime que cette charge pourrait atteindre 120 milliards d’euros d’ici 2030.
Pourquoi cette crise sera pire que celle de 2008-2009
La démonstration de Marc Touati repose sur une comparaison méthodique entre la situation de 2007, juste avant la crise précédente, et celle d’aujourd’hui. Le constat est sans appel sur tous les indicateurs :
- Déficits publics : la France affichait 3,3 % de déficit en 2007 contre 5,1 % aujourd’hui ; la zone euro était à 1 % contre 3,2 %.
- Dette publique : 65,5 % du PIB en France en 2007 contre 115,6 % aujourd’hui, avec une projection à 120 % pour 2026.
- Croissance : 2,5 % en France en 2007 contre seulement 0,9 % en 2025, une économie déjà affaiblie avant même le choc.
- Politique monétaire : en 2007, la BCE avait des taux proches de 5 % et pouvait les baisser massivement ; aujourd’hui, à 2,15 %, la marge de manœuvre est bien plus limitée, d’autant que l’inflation empêche toute baisse agressive.
En résumé, en 2008-2009, les États disposaient de l’arsenal nécessaire pour relancer la machine : des déficits contenus, une dette modérée, des taux d’intérêt élevés qu’on pouvait abaisser, et la possibilité de recourir à la planche à billets sans risque inflationniste majeur. En 2026, aucun de ces leviers n’est disponible. La France, en ayant laissé filer ses déficits même en période de relative accalmie, se retrouve prise au piège : incapable de relancer l’économie au moment où elle en aurait le plus besoin.
Marc Touati conclut en rappelant la fable de la cigale et la fourmi : à force de dépenser sans compter pendant les années favorables, la France se trouve démunie face à l’adversité. Un cercle vicieux menace désormais : hausse des taux, aggravation de la récession et du chômage, creusement des déficits, dégradation de la note souveraine, nouvelle hausse des taux. Les Français, prévient-il, paieront les erreurs de leurs dirigeants.
Source : Marc Touati





























































