L’organisation The Ocean Cleanup est de retour sur le terrain avec son dispositif de nettoyage océanique le plus vaste et le plus ambitieux à ce jour : le Système 03. Actuellement déployé dans le vortex de déchets du Pacifique nord, situé entre la Californie et Hawaï, ce mastodonte technologique vise à débarrasser les océans de la pollution plastique à une échelle inédite.
Un géant des mers pour nettoyer le Pacifique
Le Système 03 impressionne par ses dimensions colossales. Il s’agit d’une barrière en forme de « U » mesurant 2,5 kilomètres de long, tractée par deux navires. Cette structure agit comme un entonnoir géant qui concentre le plastique flottant à la surface de l’océan pour le diriger vers une zone de rétention. Bien qu’elle paraisse petite à l’échelle de l’océan, cette poche de collecte fait en réalité cinq fois la taille d’un bus scolaire.

Boyan Slat, le PDG de The Ocean Cleanup, explique que la principale évolution par rapport aux modèles précédents réside dans cette taille démesurée. Le vortex de déchets du Pacifique étant deux fois plus grand que le Texas, il est impératif de couvrir une surface maximale en un minimum de temps. Grâce à son envergure triplée par rapport au Système 02, le Système 03 est capable de balayer une zone équivalente à un terrain de football toutes les 5 secondes.
Des objectifs de collecte ambitieux et une technologie de pointe
Depuis le lancement du Système 02 en 2021, les volumes de plastique récupérés n’ont cessé d’augmenter. Lors de la première expédition, environ 7 tonnes avaient été collectées. Fin 2023, ce chiffre est monté à 45 tonnes en un seul voyage. Aujourd’hui, l’objectif visé est d’atteindre un rendement de 100 kilogrammes par heure. Selon Boyan Slat, si ce rythme est maintenu avec une flotte adéquate, le vortex du Pacifique pourrait être nettoyé en seulement 10 ans.

Pour optimiser ces collectes, l’équipe ne navigue pas à l’aveugle. Le matériel est couplé à des logiciels de modélisation avancés. En combinant des données satellitaires et des mesures scientifiques accumulées au fil des années, The Ocean Cleanup a développé une sorte de « bulletin météo du plastique ». Ces modèles prédisent avec précision les zones de forte densité, permettant aux capitaines des navires de cibler les points chauds avec plusieurs jours d’avance.

Protéger la faune marine avant tout
L’une des préoccupations majeures d’une telle opération est la protection de la vie marine. Le Système 03 a donc bénéficié de plusieurs améliorations en ce sens. La profondeur et la hauteur du filet ont été ajustées pour éviter que le plastique ne s’échappe, mais aussi pour limiter les interactions avec la faune. Le dispositif se déplace d’ailleurs très lentement, à la moitié de la vitesse de marche d’un être humain, laissant ainsi aux poissons le temps de s’éloigner.
De plus, le système est équipé de 16 caméras sous-marines et d’une trappe de sécurité pour les animaux marins. Si un animal est repéré à l’intérieur de la zone de collecte, l’équipage peut déclencher un soufflet gonflable à distance. Celui-ci remonte à la surface et crée une voie d’évasion sécurisée pour libérer l’animal.

Que devient le plastique récolté ?
Une mission de nettoyage dure environ sept semaines et mobilise plus de 40 personnes. Une fois le plastique remonté à bord, l’équipage le trie en différentes catégories, séparant les cordages, les filets et les gros débris solides. Ce plastique est ensuite ramené à terre pour être traité par des organisations de recyclage locales.
Une partie de ces déchets est transformée en granulés prêts à être réutilisés. Après avoir créé des lunettes de soleil pour prouver la viabilité de ce recyclage, The Ocean Cleanup a récemment annoncé un partenariat avec le constructeur automobile Kia. Le plastique repêché sera ainsi intégré dans la fabrication de pièces pour leurs futurs véhicules électriques, offrant une seconde vie utile à ces déchets.

Bloquer le plastique à la source : les intercepteurs de rivières
L’action de The Ocean Cleanup ne se limite pas au grand large. Les recherches ont démontré que seulement 1 % des rivières mondiales sont responsables d’environ 80 % du plastique qui finit dans les océans. Face à ce constat, l’organisation déploie des intercepteurs fluviaux à travers le monde, avec l’objectif ultime d’en installer 1 000 sur les fleuves les plus pollués de la planète.
Dernièrement, l’Intercepteur 019 a été mis en service à Bangkok, en Thaïlande, sur le fleuve Chao Phraya. En raison de sa largeur et de ses conditions difficiles, ce fleuve représente un défi technique majeur, mais offre des apprentissages précieux pour les futurs déploiements. Aux États-Unis, l’Intercepteur 007, installé à Los Angeles en Californie, prouve déjà son efficacité : les eaux situées en aval du dispositif sont visiblement plus propres et préservées des déchets urbains.

Ces initiatives démontrent qu’il est possible d’agir concrètement contre la pollution plastique. En soutenant ces projets, en sensibilisant le public et en faisant pression sur les décideurs politiques, des solutions durables peuvent être mises en place pour protéger nos littoraux, notre faune et l’avenir de nos océans.

Source : CNET



























































