Le monde précolombien des Amériques est généralement dominé par deux grands peuples : les Aztèques, régnant sur les grandes plaines et collines du Mexique, et les Incas, retranchés dans leurs forteresses montagneuses autour de Cusco au Pérou. Si beaucoup connaissent également les Mayas, les Olmèques et leurs têtes colossales de pierre, ou encore la mystérieuse culture de Teotihuacan, bien peu sauraient mentionner les Otomis.
Cette méconnaissance s’explique en partie par le fait que ce peuple était moins visible que les grands empires de la région. Pourtant, la contribution des Otomis à la culture indigène du Mexique, tant comme précurseurs que par leurs propres accomplissements, commence enfin à être réévaluée par les historiens.
Une culture ancienne et largement fragmentée
Les Otomis occupaient un territoire discontinu couvrant une vaste zone au centre du Mexique. Leur présence s’étendait principalement sur la ceinture volcanique qui traverse le pays, où ils étaient établis depuis plusieurs millénaires avant notre ère. Contrairement à d’autres civilisations disparues, les Otomis sont toujours présents aujourd’hui. Ils habitent un territoire morcelé, concentré principalement dans les États mexicains d’Hidalgo et de Querétaro.

Selon un recensement de 2015, on compte environ 670 000 Otomis au Mexique, ce qui en fait le cinquième groupe ethnique du pays. Toutefois, seule une minorité parle encore la langue régionale. Les linguistes et historiens soulignent qu’il n’existait pas une seule langue otomi, mais une multitude de dialectes, rendant souvent la compréhension difficile d’une région à l’autre.
Cette diversité se reflète dans les nombreux noms qu’ils se donnent eux-mêmes : ñätho dans la vallée de Toluca, hñähñu dans la vallée du Mezquital, ñäñho à Querétaro ou encore ñ’yühü dans les hauts plateaux de Pahuatlán. Le terme « Otomi », dérivé du nahuatl, n’est finalement que l’appellation collective la plus simple et la plus acceptée pour désigner le peuple otomi. Cette fragmentation linguistique et géographique a sans doute nourri un sentiment de désunion, expliquant pourquoi ils ne se sont jamais perçus comme un empire unifié face aux autres puissances mésoaméricaines.
L’histoire tumultueuse d’un peuple résilient
Il est juste d’affirmer que les Otomis ont souvent été maltraités par leurs voisins. À l’origine, ils semblaient être de paisibles éleveurs et agriculteurs, capables de se développer grâce à la domestication du maïs, des haricots et d’autres cultures locales. Établis dans le centre du Mexique dès le cinquième millénaire avant notre ère, ils pourraient bien avoir été les premiers à coloniser cette vallée, y vivant prospères et s’intégrant aux cultures émergentes.
Un tournant décisif se produit au sixième siècle de notre ère avec la destruction par le feu de Teotihuacan. Cet événement mystérieux bouleverse le destin des Otomis. Suite à la disparition des bâtisseurs de cette cité, de vastes populations parlant le nahuatl, notamment les Nahuas (ancêtres des Toltèques et des Aztèques), envahissent la région et déplacent les Otomis.

Leur indépendance prend fin, mais au lieu d’être anéantis, ils sont absorbés par ces nouvelles cultures. Faisant preuve d’une immense résilience, ils continuent leur existence en tant que sujets du puissant empire aztèque, s’adaptant à cette nouvelle domination.
L’arrivée des Espagnols bouleverse à nouveau leur mode de vie. Dans un premier temps, les Otomis perçoivent les conquistadors comme des sauveurs et s’allient à eux pour renverser le joug aztèque. Mais ils déchantent rapidement, réalisant qu’ils n’ont fait que changer de maîtres. Dès le début du XVIIIe siècle, les Espagnols asservissent la quasi-totalité des populations indigènes via le système de l’encomienda, réduisant de nombreux Otomis à l’esclavage et au travail forcé.
Pour échapper à cette servitude, beaucoup fuient vers des zones désertiques inhospitalières, peu propices à l’agriculture. Ils y survivent tant bien que mal jusqu’à la guerre d’indépendance du Mexique, période durant laquelle leurs terres sont à nouveau confisquées au profit des classes dirigeantes. Ce n’est que dans les années 1940 qu’une tentative de réparation a lieu, avec la restitution de terres de piètre qualité, qu’ils parviennent néanmoins à fertiliser grâce aux eaux de ruissellement de la ville de Mexico.
Une place méconnue dans l’histoire mésoaméricaine
Loin de se limiter à de simples agriculteurs soumis, les Otomis ont également érigé des monuments grandioses. Des pyramides et des palais, souvent réappropriés par les Aztèques ou d’autres peuples envahisseurs, commencent seulement à être redécouverts et attribués à l’histoire de cette civilisation.
Leur quotidien reposait sur une agriculture de subsistance, utilisant la technique du brûlis et un outil hybride appelé coa, à la fois houe et bâton à fouir. L’artisanat tenait une place centrale dans leurs communautés, avec une maîtrise reconnue dans le filage, le tissage, la poterie, la vannerie et la fabrication de cordes.

Sur le plan social, les Otomis accordaient une importance capitale à la parenté rituelle, établissant des liens étroits entre les parents et les parrains d’un enfant. Aujourd’hui, bien que majoritairement catholiques, ils conservent des mythes et des rituels qui témoignent d’un profond syncrétisme entre leurs pratiques religieuses préchrétiennes et les figures chrétiennes.
L’histoire des Otomis est celle d’un peuple constamment assujetti, dont les terres et les richesses ont été pillées par d’autres pour asseoir leur propre gloire. Pourtant, ils ont enduré. Survivant à Teotihuacan, aux Toltèques, aux Aztèques et à la brutale occupation espagnole, ils ont fait preuve d’une capacité de survie exceptionnelle. Présents sur ces terres bien avant les autres, il est fort probable qu’ils y soient encore longtemps après.
Source : historicmysteries.com




























































