En 2023, le producteur de documentaires Alex Gibney a reçu un message énigmatique via l’application sécurisée Signal. L’expéditeur anonyme lui proposait un accès exclusif à une mine d’or d’informations : plus de 1 000 heures de vidéos d’interrogatoires de police impliquant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. De ces fuites sans précédent est né le documentaire The Bibi Files, réalisé par Alexis Bloom, qui lève le voile sur les coulisses judiciaires et politiques d’un dirigeant prêt à tout pour conserver le pouvoir.
Mille heures d’enregistrements accablants
Les enregistrements proviennent d’enquêtes policières approfondies menées à partir de 2016. Ils mettent en scène Benjamin Netanyahou, son épouse Sara, son fils Yaïr, ainsi que des figures clés de son entourage, dont des milliardaires et des magnats de la presse. Au cœur de ces interrogatoires se trouvent des accusations de corruption, de pots-de-vin et d’abus de pouvoir.
L’affaire a commencé par des faits qui pourraient sembler mineurs : l’acceptation de cadeaux luxueux, tels que des bijoux pour sa femme ou des cigares cubains hors de prix offerts par le célèbre producteur de cinéma Arnon Milchan. Cependant, l’enquête a rapidement mis au jour des manœuvres d’une tout autre envergure, impliquant notamment un accord financier de 250 millions de dollars visant à garantir une couverture médiatique favorable sur un important site d’information israélien.
Les bandes sont très révélatrices. Alors que Netanyahou tente de projeter l’image d’un grand homme d’État, vous y découvrez un homme corrompu et mesquin, mentant désespérément pour sauver sa peau.
Un virage extrémiste pour échapper à la justice
Selon Alex Gibney, l’ivresse du pouvoir s’est emparée de Benjamin Netanyahou après sa victoire électorale inattendue de 2015. Mais lorsque l’étau judiciaire a commencé à se resserrer et que la menace d’une peine de prison est devenue palpable, le Premier ministre a pris des décisions qui ont entraîné Israël sur une pente politique particulièrement dangereuse.
Pour se protéger, il a entrepris de neutraliser le système judiciaire de son pays. Avant même les événements tragiques du 7 octobre, son gouvernement a tenté de faire passer des réformes visant à affaiblir considérablement le pouvoir des juges, une manœuvre directement liée à sa volonté d’étouffer les poursuites à son encontre. Face à cette atteinte à la démocratie, la société israélienne s’est soulevée, provoquant des manifestations massives.
Parallèlement, pour consolider sa majorité, Benjamin Netanyahou a forgé une alliance avec l’extrême droite radicale, intégrant dans son gouvernement des figures comme Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich. L’objectif de cette coalition était clair : étendre les colonies illégales en Cisjordanie au détriment des populations palestiniennes, déclenchant une vague de violence inouïe de la part des colons.
Le 7 octobre et l’illusion du contrôle
Le documentaire aborde également la stratégie controversée de Benjamin Netanyahou vis-à-vis du Hamas avant les attaques du 7 octobre. Animé par la conviction que le monde ne fonctionne qu’à travers des transactions financières, le Premier ministre a toléré, voire facilité, le transfert de millions de dollars du Qatar vers le Hamas, parfois sous forme de valises de billets transitant par les frontières israéliennes.
Cette manœuvre cynique visait à maintenir la division entre les factions palestiniennes et à affaiblir l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, laissant ainsi le champ libre à l’expansion des colonies par son gouvernement d’extrême droite. Se croyant capable de contrôler la situation en achetant la paix, il a commis une erreur d’appréciation fatale.
La guerre comme bouclier politique
Après l’effroyable attaque terroriste du 7 octobre, la riposte militaire sur la bande de Gaza a pris des proportions dévastatrices, causant la mort de dizaines de milliers de personnes. Le conflit s’est ensuite étendu au Liban et implique désormais l’Iran. Pour de nombreux observateurs de la politique israélienne, cette guerre perpétuelle sert un dessein personnel évident.
Tant que le pays est en guerre, Benjamin Netanyahou conserve son statut de chef des armées, un rôle qui rassemble la population autour de lui par patriotisme, tout en gelant de facto les procédures judiciaires à son encontre. La brutalité du conflit lui offre une couverture politique inespérée pour repousser l’échéance de son procès.
La capitulation choquante des grands médias
La réalisation et la diffusion de The Bibi Files ont mis en lumière un autre problème majeur : la frilosité, voire la complaisance, des grands médias américains face aux puissants. Alex Gibney révèle avoir d’abord proposé son scoop à la chaîne NBC. À la dernière minute, le réseau a annulé la diffusion du reportage.
La raison invoquée par la chaîne est édifiante : NBC craignait que ces révélations ne mettent en colère le Premier ministre israélien, ce qui aurait pu compromettre l’accès privilégié de leurs journalistes à son cabinet. Cette décision illustre une dérive inquiétante du journalisme contemporain, où la préservation des relations avec le pouvoir prime sur le devoir d’informer le public.
Aujourd’hui, le paysage médiatique est devenu extrêmement frileux. Les plateformes de streaming et les grands réseaux refusent de s’engager sur des sujets controversés de peur de froisser leur audience ou de subir des pressions politiques. Dans ce contexte, la diffusion d’informations capitales sur les dirigeants de ce monde repose de plus en plus sur les épaules de réalisateurs indépendants prêts à braver la censure.
Source : Tucker Carlson




























































