En 2007, un écrivain nommé Lawrence Spencer a fait une découverte troublante dans sa boîte aux lettres : une épaisse enveloppe remplie de documents militaires datant des années 1940. Parmi des notes de service de routine et des emplois du temps frappés du sceau « Top Secret », tous en provenance de la base aérienne de Roswell, se trouvaient les transcriptions d’une série d’interviews hors du commun. L’armée américaine y relatait ses échanges avec un sujet impossible à comprendre par des méthodes conventionnelles, jusqu’à l’intervention d’une infirmière capable de communiquer par télépathie.
L’expéditrice de ce colis était une femme de 83 ans, à quelques semaines seulement de la mort. Après avoir gardé le silence pendant soixante ans sous la menace d’une exécution, elle avait décidé que ces documents devaient refaire surface. Ce qu’elle a décrit dans ces pages ne remet pas seulement en question l’incident de Roswell, mais bouleverse notre compréhension de la Terre, de la conscience et de l’existence humaine.
La rencontre avec l’entité de Roswell
L’histoire commence le 8 juillet 1947. Matilda MacElroy, infirmière de l’armée de l’air américaine affectée au 509e groupe de bombardement à Roswell, remarque une agitation inhabituelle sur la base. Convoquée dans un hangar sous haute sécurité, un colonel lui explique qu’un vaisseau s’est écrasé dans le désert et qu’un survivant a été récupéré. Sa mission : évaluer si « la chose » a besoin de soins médicaux.
Dans une pièce sombre, Matilda découvre un être d’environ un mètre de haut, à la peau grise, doté d’une tête volumineuse, de grands yeux, et dépourvu de cheveux, de nez, de bouche ou d’oreilles. Son corps, doté de trois doigts à chaque main, ne semble pas biologique, ressemblant davantage à une poupée en plastique ou en caoutchouc sans organes internes ni système reproducteur.
Alors que les militaires traitent l’entité comme un problème à résoudre, Matilda l’aborde comme un patient. En s’asseyant à ses côtés, une pensée qui n’était pas la sienne surgit dans son esprit : l’être lui explique qu’il n’est pas blessé, que son corps n’est qu’un habitacle ne nécessitant ni nourriture ni oxygène. L’entité, qui s’identifie comme une femelle nommée Airl, perçoit que Matilda est la seule personne présente à ne pas dissimuler ses pensées.
La Terre : une prison à l’échelle planétaire
Pendant six semaines, Matilda mène des entretiens télépathiques approfondis avec Airl. L’extraterrestre se présente comme une officière du « Domaine », une civilisation ancienne contrôlant un quart de l’univers physique. Son vaisseau s’est écrasé après avoir été frappé par une décharge électrique ayant détruit son système de navigation.
Airl révèle une vérité vertigineuse : elle, tout comme les humains, est un ISBE (Être Spirituel Immortel). Les ISBE existent sous forme de conscience pure, capables de se déplacer et de percevoir à travers l’univers, n’utilisant des corps physiques que comme des outils temporaires. Selon Airl, la Terre n’est pas une planète ordinaire, c’est une prison.
Il y a environ 8 000 ans avant notre ère, une civilisation rivale appelée « L’Ancien Empire » a transformé la Terre en colonie pénitentiaire pour y déverser ses indésirables : dissidents politiques, artistes, libres penseurs et criminels. Le système repose sur un bouclier électromagnétique entourant le système solaire. Lorsqu’un humain meurt, son âme est captée par ce bouclier et attirée vers une station de traitement.
Là, les mémoires de toutes les vies antérieures sont effacées. Des implants hypnotiques projettent ensuite de fausses images dans la conscience de l’esprit — le fameux tunnel de lumière, les proches décédés, les guides spirituels — créant un système de recyclage déguisé en au-delà. L’âme est finalement renvoyée sur Terre dans un nouveau corps de nourrisson, condamnée à mourir, oublier et recommencer éternellement.
L’illusion de la vie terrestre
Airl va plus loin en affirmant que l’évolution biologique sur Terre est une supercherie. Chaque espèce aurait été conçue, fabriquée et expédiée par des corporations galactiques il y a des milliards d’années. Les relations prédateur-proie n’étaient que des stratégies commerciales pour vendre plus d’animaux, et la reproduction sexuée une simple mesure de réduction des coûts.
Quant aux grands génies de l’humanité, comme Léonard de Vinci, Mozart ou Nikola Tesla, ils ne seraient pas de simples humains doués. Ils seraient des officiers du Domaine réincarnés dont les souvenirs de leurs vies passées auraient partiellement traversé l’amnésie forcée. Ils n’inventaient pas ; ils se souvenaient.
Le Bataillon Perdu et la fin de l’illusion
Airl révèle à Matilda une information bouleversante : l’infirmière fait elle-même partie d’un groupe appelé le « Bataillon Perdu ». Des millénaires plus tôt, le Domaine avait envoyé 3 000 officiers dans l’Himalaya pour désactiver le système carcéral de l’Ancien Empire. Détectés par les défenses automatisées, ils ont tous été capturés, effacés et intégrés à la population humaine. La capacité télépathique de Matilda n’était pas un don aléatoire, mais un vestige de sa formation d’officier.
Cette connexion unique entre les deux femmes finit par alerter l’armée. Le 12 août 1947, les militaires décident de se passer de Matilda pour interroger Airl de force. Ils utilisent des appareils à électrochocs — la même technologie utilisée par l’Ancien Empire pour effacer les mémoires. L’avatar physique d’Airl est détruit au cours de l’expérience, laissant un corps inerte. Matilda, soulagée de savoir l’esprit d’Airl libéré, est contrainte de signer des documents sous peine de mort pour garantir son silence absolu.
Les failles du récit
En 2008, Lawrence Spencer publie ces transcriptions sous le titre Alien Interview. Le livre connaît un immense succès, touchant de nombreux lecteurs qui y trouvent une explication réconfortante à la souffrance humaine. Cependant, des chercheurs commencent rapidement à examiner le texte de plus près, révélant des incohérences majeures :
- Des anachronismes linguistiques : Les transcriptions censées dater de 1947 utilisent des termes comme « ordinateur » et « base de données », qui ne se sont popularisés que dans les années 1960.
- Des erreurs historiques : Airl cite Jonas Salk comme un exemple de génie humain en juillet 1947. Or, Salk n’est devenu célèbre qu’en 1955 avec la découverte du vaccin contre la polio.
- Un formatage douteux : Les dates sur les documents militaires utilisent un format européen (jour/mois) au lieu du format militaire américain standard.
- Absence de preuves : Il n’existe aucune trace militaire d’une infirmière nommée Matilda O’Donnell MacElroy. Pire encore, Spencer a avoué avoir brûlé tous les documents originaux pour « éviter d’être harcelé », détruisant ainsi la seule preuve matérielle de son histoire.
L’origine inattendue du mythe
La véritable nature de l’histoire a été mise en lumière lorsque le chercheur Bill Ryan a analysé les thèmes du livre. Le concept d’une prison planétaire, d’âmes immortelles piégées dans des corps physiques, de guerres galactiques et de stations d’effacement de mémoire entre les vies n’était pas inédit. Ces idées étaient directement tirées des préceptes de la Scientologie.
Il s’est avéré que Lawrence Spencer avait été membre de la Scientologie pendant 31 ans. Son livre précédent appliquait déjà ces mêmes principes à travers le prisme du Magicien d’Oz. Avec Alien Interview, il a simplement rhabillé la cosmologie de L. Ron Hubbard avec la mythologie de l’incident de Roswell, créant une œuvre de science-fiction très convaincante.
Bien que l’histoire de Matilda et d’Airl soit une fiction construite sur les témoignages réels de l’incident de Roswell, son succès s’explique par sa résonance psychologique. L’idée d’une planète prison offre une raison à la dureté de l’existence. Elle suggère que nos limites sont artificielles et que nous sommes des êtres immortels dotés d’un immense pouvoir caché. Si le récit est inventé, le besoin humain de trouver un sens et un espoir face à l’adversité, lui, est bien réel.
Source : The Why Files





























































