Dans le sud-ouest de l’Espagne, des archéologues ont mis au jour un ensemble exceptionnel d’artefacts en cristal de roche datant d’environ 5000 ans. Parmi ces découvertes, une dague en cristal considérée comme la plus techniquement sophistiquée jamais trouvée dans la péninsule ibérique attire tout particulièrement l’attention des chercheurs.

Une dague d’une sophistication remarquable
C’est lors de la fouille de la tombe mégalithique de Montelirio Tholos, menée entre 2007 et 2010, qu’une équipe de chercheurs de l’Université de Grenade, de l’Université de Séville et du Conseil supérieur de la recherche espagnol a découvert ce poignard exceptionnel. L’artefact, taillé dans du cristal de roche, mesure près de 21,6 cm de long et aurait exigé un savoir-faire considérable pour être sculpté.
Outre cette dague, les archéologues ont également trouvé 16 pointes de flèches, quatre lames et un noyau destiné à la fabrication d’armes, le tout en cristal de roche. Selon l’étude publiée dans la revue Quaternary International, ces objets représentent probablement un attirail funéraire réservé à l’élite de cette époque.

La fabrication de cette dague reposait sur une accumulation de connaissances empiriques transmises de génération en génération, combinant les techniques de production de lames en silex et le savoir-faire spécifique au travail du cristal de roche. La face de l’arme a été soigneusement polie, probablement pour éviter les fractures durant le processus de taille.
Un manche en ivoire d’éléphant d’Asie
En raison de la taille imposante de la dague, les chercheurs estiment qu’elle a été taillée dans un monocristal d’au moins 20 cm de long et 5 cm d’épaisseur. Elle était conçue pour s’adapter à une poignée en ivoire composée de deux parties assemblées séparément : une anse d’environ 8,4 cm de long et un pommeau ornemental de 13 cm. Ces deux éléments étaient fabriqués à partir d’ivoire d’éléphant d’Asie, ce qui témoigne de l’existence d’anciens réseaux d’échanges entre l’Asie et l’Occident.


Les pointes de flèches en cristal
Les 16 pointes de flèches retrouvées ont été façonnées par la technique de la pression-taille, un procédé consistant à retirer de fins éclats le long du bord de la pierre. Les chercheurs notent que si ces pointes imitent l’apparence de celles en silex, leur fabrication en cristal de roche nécessitait une compétence nettement supérieure.

Le tombeau de Montelirio Tholos
Le tombeau est situé dans la basse vallée du Guadalquivir, dans la zone métropolitaine de Séville, au sein de la colonie appelée Valencina de la Concepción – Castilleja de Guzmán. Ce site est considéré comme le plus important et le plus vaste de la péninsule ibérique pour l’âge du cuivre.

Les chercheurs ont découvert des cristaux de roche dans huit secteurs différents de cette structure massive de près de 43,5 mètres de long, comprenant un couloir de 39 mètres menant à une chambre principale de plus de 4,5 mètres de diamètre. Les objets les plus sophistiqués, notamment les pointes de flèches et la lame de poignard, ont été mis au jour dans le secteur sud.
En plus des armes en cristal, la tombe renfermait les restes de 25 personnes, dont plusieurs femmes et un homme qui seraient morts des suites d’un empoisonnement. Les restes étaient dispersés sur l’ensemble du site, accompagnés d’objets funéraires variés : défenses d’éléphant, bijoux, poteries et même un œuf d’autruche.
Des matériaux d’origines lointaines
Parmi les autres matières premières non locales retrouvées figurent des micro-lames de cristal de roche, deux monocristaux de quartz laiteux, un pendentif et une perle en muscovite perforés, une amulette de calcédoine et une hache à main en amphibolite. Les études disponibles sur la technologie du cristal de roche à l’âge du cuivre indiquent que les sources potentielles de ce matériau étaient éloignées du site. Quant à la fibrolite, aucune source n’existe dans la Sierra Morena occidentale ni dans le sud-ouest ibérique, ce qui suggère qu’elle provenait de régions comme la Serranía de Ronda (Málaga) ou Hoyazo de Níjar (Almería).

La carte de distribution des sites archéologiques où des artefacts de quartz et de cristal de roche ont été découverts dans le sud de l’Espagne préhistorique est particulièrement intéressante. Cette région correspond à l’emplacement supposé de la mythique Tartessos, civilisation citée par les Grecs anciens et représentée sur des cartes antiques dans cette même zone.

Signification symbolique du cristal de roche
Les chercheurs estiment que le cristal de roche possédait à cette époque une signification symbolique profonde. Ces sociétés l’auraient associé à la vitalité, aux pouvoirs magiques et aux liens avec les ancêtres. L’association de la lame de poignard avec un manche en ivoire, matière première non locale d’une grande valeur, suggère fortement le statut de haut rang des personnes qui utilisaient de tels objets. Ces artefacts en cristal de roche constituaient ainsi des marqueurs de prestige social, accessibles uniquement aux élites de l’âge du cuivre ibérique.
Source : sciences-faits-histoires.com
































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