La présidence de Donald Trump marque un tournant dans le conflit ukrainien. Alors que le président Zelensky s’est rendu à la Maison Blanche dans une atmosphère de soumission apparente, l’administration républicaine semble déterminée à négocier une fin rapide à ce qu’elle considère ouvertement comme une guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie.
Une guerre de proxy officiellement reconnue
Marco Rubio, secrétaire d’État de l’administration Trump, a admis le 6 mars sur Fox News que le conflit en Ukraine constituait effectivement une guerre par procuration menée par les États-Unis contre la Russie. Cette reconnaissance officielle marque une rupture avec la rhétorique précédente et confirme ce que de nombreux observateurs analysaient depuis le début du conflit. La participation américaine directe dans cette guerre a d’ailleurs été largement documentée par le New York Times.
Pour l’équipe Trump, la Russie n’est pas l’ennemi prioritaire des États-Unis. C’est la Chine qui reste dans le viseur de Washington, une position constante de Trump depuis ses premières campagnes présidentielles. Cette réorientation stratégique explique en grande partie la volonté de clore rapidement le dossier ukrainien.
L’Europe dans l’étau énergétique américain
Scott Bessent, secrétaire au Trésor, a clairement exprimé lors d’une interview chez Tucker Carlson que les États-Unis n’accepteraient pas une trop grande dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie. Cette position rejoint celle exprimée par Trump concernant le projet Nord Stream 2, qu’il avait qualifié de « folie » européenne.
L’opposition américaine à Nord Stream 2 transcende les clivages partisans. Joe Biden avait également déclaré en février 2022 qu’il n’accepterait pas ce projet et qu’il ferait « le nécessaire » pour l’empêcher. Cette convergence démocrates-républicains sur la question énergétique européenne illustre la permanence des intérêts géostratégiques américains.
Les racines historiques du conflit
Le conflit ukrainien trouve ses origines dans les promesses faites à la fin de la guerre froide. Selon les câbles diplomatiques de l’époque, le camp américain et européen s’était engagé à ne pas étendre l’OTAN au-delà de Berlin. « Pas un pouce vers l’est », avait déclaré James Baker, diplomate américain de l’époque. Moscou a retenu et interprété ces promesses comme un engagement ferme de maintenir une zone neutre entre les États-Unis et la Russie.
Depuis la chute du mur de Berlin, l’OTAN s’est pourtant étendue vers l’est, bien au-delà de Berlin, provoquant l’irritation croissante de Moscou. Cette expansion s’est accompagnée du développement de bases militaires américaines autour du territoire russe, créant un sentiment d’encerclement comparable à celui ressenti par Washington lors de la crise des missiles de Cuba.
La révolution de Maïdan, tournant décisif
L’élément déclencheur de la crise actuelle reste la révolution de Maïdan en 2014. Les administrations démocrates américaines ont, au minimum, largement encouragé ce mouvement de contestation. Suite à ces événements, les oblasts de Donetsk et de Lougansk ont demandé leur autonomie, soutenus par la Russie, déclenchant des années de conflit avec bombardements de l’armée ukrainienne sur sa propre population.
Les accords de Minsk, censés apporter une solution pacifique, se sont révélés être un leurre. François Hollande et Angela Merkel ont ultérieurement admis que ces négociations n’étaient qu’un prétexte pour gagner du temps et renforcer les défenses militaires ukrainiennes. Cette révélation a profondément marqué la perception russe des négociations occidentales.
Les conditions russes révélées
Les demandes russes pour mettre fin au conflit, qui ont fuité dans les médias, reflètent les griefs historiques de Moscou :
- Aucun cessez-le-feu avant un accord complet
- Évacuation des troupes ukrainiennes des oblasts de Lougansk et Donetsk
- Reconnaissance des gains territoriaux à Kherson et Zaporijia
- Reconnaissance de la Crimée comme territoire russe
- Garantie que l’Ukraine ne rejoindra jamais l’OTAN
- Acceptation de garanties de sécurité internationales pour l’Ukraine
- Reconnaissance du russe comme langue officielle de l’Ukraine
- Protection des droits des chrétiens orthodoxes russes en Ukraine
Le coût de la guerre pour tous les protagonistes
L’Ukraine sort exsangue de ce conflit, ayant perdu 20% de son territoire, environ 40% de son PIB et la moitié de sa population entre réfugiés et habitants des territoires passés sous contrôle russe. Les destructions matérielles et humaines sont considérables.
Pour l’Europe, le bilan s’avère également catastrophique : coût financier astronomique, échec diplomatique et militaire, stocks d’armes vidés, et vassalisation accrue vis-à-vis des États-Unis. Le remplacement de la Russie par les États-Unis comme fournisseur d’énergie s’est accompagné d’une hausse sans précédent des prix du gaz.
La Russie, bien que victorieuse sur le papier, paie un prix énorme en vies humaines et en ressources économiques. Les territoires conquis sont dévastés et minés, et le pays est devenu un « épouvantail » pour l’Occident. La séparation forcée du monde occidental pourrait néanmoins, à long terme, renforcer sa réindustrialisation.
Les États-Unis, grands gagnants relatifs
Les États-Unis tirent le mieux leur épingle du jeu. Trump a lancé la « machine à ramener du cash » avec des accords commerciaux avantageux et le récent accord sur 100 milliards de dollars d’armements pour l’Ukraine, financé par l’Union européenne.
Cependant, sur le plan international, Washington a poussé la Russie dans les bras de la Chine, renforcé l’axe des BRICS, et semé la méfiance parmi de nombreux pays. Scott Bessent observe d’ailleurs cette reconfiguration : « La Chine reçoit maintenant 16% de son pétrole de Russie. L’Inde est passée de moins de 1% à 42% d’approvisionnement russe. L’Inde fait de très bons profits. »
Cette reconfiguration mondiale éloigne progressivement l’Occident du reste de la planète, ce qui représente pourtant l’essentiel de l’humanité. Le monde se restructure autour de nouveaux équilibres géopolitiques, remettant en question l’hégémonie occidentale traditionnelle.
Source : Grand Angle