François-Marie Arouet, universellement connu sous le nom de Voltaire, est érigé en figure tutélaire de la pensée française, célébré comme le grand philosophe des Lumières, le héraut de la tolérance et le défenseur acharné des droits humains. Pourtant, derrière la statue de commandeur enseignée par l’Éducation nationale se cache une réalité historique bien plus sombre. L’historienne Marion Sigaut, auteure de l’ouvrage Voltaire, une imposture au service des puissants, a mené un travail de recherche colossal dans les archives et la correspondance intégrale de l’auteur pour déconstruire ce mythe. Le portrait qui en ressort est celui d’un manipulateur hystérique, d’un propagandiste haineux, et d’un affairiste impitoyable vouant un mépris absolu au peuple.
Un communicant avide et un faiseur d’opinion
Voltaire n’a jamais fait de philosophie au sens propre du terme. Il était avant tout un intellectuel de salon, un communicant redoutable et un faiseur d’opinion. Son but n’était pas la recherche de la sagesse ou de la vérité, mais l’imposition de sa propre vision et l’accumulation de richesses. Il a inventé l’idée moderne selon laquelle on peut tordre la réalité et changer l’ordre des choses en martelant une opinion publique ciblée.
La fortune de Voltaire, qui faisait de lui l’un des hommes les plus riches de France à sa mort en 1778, n’a pas été bâtie sur ses seuls talents littéraires. Il s’agissait d’un spéculateur acharné, impliqué dans des trafics d’armes et bénéficiaire de la traite négrière, dont il minimisait d’ailleurs les horreurs. D’une avarice pathologique, il était capable des pires bassesses pour ne pas régler ses dettes. Le cas du président de Brosses est emblématique : pour refuser de payer une simple livraison de bois d’une valeur de 4700 livres, Voltaire a calomnié ce magistrat honorable auprès des plus hautes instances du royaume, allant jusqu’à faire campagne pour lui interdire l’entrée à l’Académie française.
Il ne lâchait jamais son argent. Quand il dînait chez le roi de Prusse, il prenait un chandelier pour aller dans sa chambre et revenait sans les chandelles. Il volait les chandelles du roi.
Le tyran des lettres et de la censure
L’image de Voltaire en tant que défenseur de la liberté d’expression vole en éclats face à ses actes. S’il réclamait la liberté pour lui-même et son cercle, il se comportait en véritable tyran avec ses détracteurs. Lorsqu’il fut élu à l’Académie, au sommet de sa gloire, il utilisa son pouvoir pour traquer impitoyablement les petits libraires et poètes qui osaient imprimer des libelles se moquant de ses échecs théâtraux.
Accompagné d’escouades d’archers, il parcourait Paris pour faire saisir les impressions ne disposant pas d’autorisation officielle. Il a ainsi ruiné des artisans et envoyé des pères de famille à la Bastille par pure vengeance personnelle. Sa haine était inextinguible, comme l’a tragiquement appris le savant Maupertuis, que Voltaire a poursuivi de ses calomnies jusqu’à le faire mourir de chagrin, rongé par une jalousie maladive.
La correspondance : le miroir de la duplicité
Pour cerner le véritable visage de Voltaire, il est indispensable de comparer ses écrits destinés à la publication avec sa volumineuse correspondance privée. C’est dans ce décalage que réside la preuve de sa duplicité. À la même date, il était capable d’écrire une lettre publique clamant l’innocence d’un condamné au nom des grands principes, et une lettre privée à ses intimes avouant qu’il n’avait aucune idée des faits réels, mais que l’affaire servait ses intérêts politiques. Voltaire était fâché avec la vérité : dès qu’il relatait un événement historique ou un fait divers, il mentait de manière systématique pour que la narration serve son agenda idéologique.
L’affaire Damiens : la manipulation d’un attentat
Le 5 janvier 1757, le roi Louis XV est frappé d’un coup de couteau par Robert-François Damiens. Avant même de connaître les détails de l’affaire, Voltaire, exilé en Suisse, décrète dans ses lettres que l’assaillant est un fanatique religieux, fruit des querelles entre jansénistes et jésuites (molinistes). Il invente à Damiens un passé de soldat et un père banqueroutier, alors qu’il s’agissait d’un simple valet issu d’une famille paysanne honnête.
La réalité de l’attentat n’a rien à voir avec un complot religieux. Damiens, père de famille indigné, a agi seul parce qu’il était au courant des pratiques pédocriminelles du roi Louis XV, qui abusait de petites filles. Face au supplice atroce infligé à Damiens, écartelé et torturé pendant plus de deux heures, Voltaire n’a exprimé aucune compassion. Au contraire, il s’est fendu de plaisanteries macabres, prouvant une fois de plus son absence totale d’humanité.
L’affaire Calas : un infanticide maquillé en intolérance religieuse
L’affaire Calas est sans doute la plus grande escroquerie historique attribuée à Voltaire. L’histoire officielle raconte que Jean Calas, un protestant toulousain, a été injustement roué vif en 1762, accusé à tort d’avoir tué son fils Marc-Antoine pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Voltaire en a fait le symbole de la barbarie cléricale.
Le dossier d’instruction, toujours consultable aux archives, raconte une tout autre histoire. Jean Calas a bel et bien tué son fils. Marc-Antoine, âgé de 29 ans, travaillait gratuitement pour son père et le volait régulièrement. Le conflit a dégénéré et le père a étranglé son fils. La thèse du suicide, avancée par la famille après coup, était matériellement impossible : la configuration des portes et de la bille de bois censée avoir servi à la pendaison ne permettait pas un tel acte, ce que les magistrats ont immédiatement constaté.
Quant à la prétendue volonté de conversion de Marc-Antoine, elle était purement utilitariste. Il souhaitait se déclarer catholique uniquement pour forcer la justice à obliger son père à lui verser une pension, une manœuvre que son propre frère avait déjà utilisée. En transformant ce sordide drame familial en affaire d’État et de religion, Voltaire a diffamé d’honnêtes magistrats et manipulé l’Europe entière. La cassation finale du procès n’a d’ailleurs jamais reconnu l’innocence de Calas, mais s’est basée sur un simple vice de procédure.
Le Chevalier de La Barre : le cynisme absolu
En 1766, le jeune Chevalier de La Barre est exécuté pour blasphème à Abbeville, suite à la profanation d’un crucifix et d’un cimetière. Voltaire s’est empressé d’en faire un martyr de la libre pensée, victime de l’Église. Or, François-Jean de La Barre était un jeune délinquant arrogant qui faisait partie d’une bande s’amusant à terroriser et choquer la population locale.
Son exécution n’est pas le fait de l’Église, mais d’une vengeance politique menée par des magistrats jansénistes parisiens voulant affirmer leur pouvoir sur les affaires religieuses pour humilier l’évêque d’Amiens. L’Église, par la voix de la tante du chevalier (une abbesse) et de l’évêque d’Amiens lui-même, a tout tenté pour le sauver, allant jusqu’à supplier le roi d’accorder sa grâce.
Le plus accablant pour Voltaire est qu’il était parfaitement informé de la situation dès le début, son propre neveu siégeant parmi les magistrats parisiens. Il n’a pas levé le petit doigt pour sauver le jeune homme. Il a cyniquement attendu que La Barre soit exécuté pour déclencher sa campagne de propagande anticléricale, s’érigeant en défenseur d’une victime qu’il avait sciemment laissée mourir.
Une figure sombre protégée par l’institution
Comment un tel personnage a-t-il pu conserver son aura jusqu’à nos jours ? La réponse réside dans la méthode d’enseignement de l’Éducation nationale. Voltaire est étudié en cours de littérature, où sa plume brillante, ses versifications parfaites et son style inimitable forcent l’admiration. Ses textes sont présentés hors de leur contexte historique réel.
Si Voltaire était étudié en cours d’histoire, avec la rigueur de l’analyse des sources, son imposture apparaîtrait au grand jour. On y découvrirait non seulement ses mensonges pathologiques, mais également son antisémitisme viscéral et racialiste, excluant purement et simplement les juifs du genre humain dans des textes d’une violence inouïe. La persistance du mythe voltérien est le triomphe d’une idéologie qui a préféré la légende d’un héros des Lumières à la réalité historique d’un monstre au service des puissants.
Source : Nicolas BOUVIER





























































