Après la diffusion de ses travaux en accès libre au cours de l’été 2026, le chercheur indépendant Christophe Tétard propose une approche concrète pour vérifier et matérialiser ses recherches. Afin de permettre à chacun d’expérimenter directement les principes exposés dans sa publication scientifique, il a conçu un démonstrateur sous la forme d’un moteur linéaire pédagogique. Ce prototype à assembler soi-même vise à rendre accessibles des mesures précises sur le comportement électromagnétique du dispositif, loin des débats purement théoriques.
Le principe physique : contourner la force contre-électromotrice
Dans un moteur électrique traditionnel, l’injection de courant dans un bobinage génère un champ magnétique qui met en mouvement le rotor. Ce déplacement au sein du champ induit mécaniquement une résistance bien connue : la force contre-électromotrice (FCEM), qui limite le rendement global de la machine. Le moteur InfiniX repose sur une logique fondamentalement différente.
Le système n’utilise pas le courant électrique pour générer directement le couple mécanique, mais pour moduler l’action d’aimants permanents :
- L’interrupteur magnétique : le courant envoyé dans les bobinages sert uniquement à neutraliser temporairement le champ magnétique des aimants permanents au moment opportun.
- Un travail mécanique sans FCEM : lorsque les parties magnétiques se font face, le champ est coupé. Dès que le circuit s’ouvre, le champ magnétique des aimants réapparaît brutalement et produit une répulsion puissante. Comme aucun courant ne circule dans le bobinage au moment où la force mécanique s’exerce, la force contre-électromotrice disparaît.
- La récupération d’énergie : l’impulsion injectée pour annuler le champ magnétique n’est pas perdue. Lors de l’ouverture du circuit, l’énergie magnétique s’effondre et peut être captée, un principe semblable au stockage magnétique supraconducteur (SMES). Sur le démonstrateur, cette rémanence est visuellement absorbée par une ampoule à incandescence de 100 watts.
Le bilan énergétique théorique devient alors très avantageux : si une centaine de joules sont nécessaires pour déclencher l’annulation du champ, la quasi-totalité de cette énergie peut être collectée à la coupure, tandis que le couple mécanique est intégralement produit par les aimants permanents.
Pourquoi concevoir un prototype aussi imposant ?
Le modèle présenté par Christophe Tétard impressionne par son gabarit : la partie mobile pèse à elle seule plusieurs kilogrammes. Ce choix de dimensionnement répond à des contraintes techniques et pédagogiques précises. Réaliser une version miniature avec des fils de bobinage très fins (0,1 mm) multiplierait les risques de rupture du cuivre et rendrait la fabrication manuelle fastidieuse. À l’inverse, une structure plus massive permet d’employer un fil de cuivre plus épais, bien plus simple à manipuler lors du bobinage artisanal.
D’autre part, le couple moteur étant généré par la force de répulsion entre aimants et non par l’intensité du courant, des composants volumineux rendent les effets physiques immédiatement perceptibles. Le déplacement de la masse oscillante démontre la réalité du couple sans équipement de laboratoire complexe.
Le coût et le matériel requis
Pour ceux qui souhaitent se lancer dans la fabrication, les fichiers 3D et les plans sont mis à disposition via le projet associatif Atlas. La conception a été pensée pour une fabrication hybride, combinant impression 3D (en filament PLA) et éléments du commerce :
- Structure 3D : environ 3 à 4 bobines de filament PLA pour réaliser les supports, réceptacles et platines de guidage.
- Composants mécaniques : 8 roulements linéaires montés sur des tiges de guidage rectifiées.
- Magnétisme et bobinage : 16 aimants puissants au néodyme et une quantité importante de fil de cuivre de puissance, représentant un coût matière d’environ 300 euros à eux seuls.
- Pilotage électronique : un microcontrôleur de type Arduino associé à un boîtier de commutation permettant d’ajuster la fréquence et la largeur des impulsions électriques selon plusieurs modes de démonstration.
Au total, le coût brut des composants tourne autour de 700 à 800 euros hors main-d’œuvre. L’association propose également des versions pré-assemblées autour de 1200 euros pour les passionnés et structures ne disposant pas d’imprimante 3D grand format ou d’outillage de bobinage.
Les grandes étapes du montage mécanique
L’assemblage demande de la méthode et de la rigueur, notamment pour respecter les polarités et assurer un coulissement fluide de l’ensemble mobile.
1. La base et le premier électroaimant
L’assemblage débute par la fixation de l’électroaimant statique dans le socle imprimé. Les câbles d’alimentation sont passés à travers les orifices prévus à cet effet avant d’appliquer quelques points de colle cyanoacrylate en gel pour immobiliser la pièce. L’ensemble est ensuite rigidifié à l’aide de tiges filetées et de vis transversales.
2. Le système d’amortissement magnétique
Pour éviter les chocs brutaux en fin de course lors des oscillations rapides, le système n’utilise pas de ressorts mécaniques traditionnels susceptibles d’absorber de l’énergie par frottement. Il intègre un amortisseur magnétique : des aimants secondaires sont installés en répulsion directe au sommet de la structure, agissant comme un coussin sans usure matérielle.
3. Le chariot mobile et les roulements linéaires
L’électroaimant mobile coulisse le long de quatre axes verticaux. Des roulements linéaires sont insérés par paires avec des entretoises dans les logements du chariot. Un léger jeu fonctionnel a été volontairement conservé dans la conception des pièces en PLA afin d’éviter tout arc-boutement mécanique lors du va-et-vient de la charge.
4. Alignement des polarités
Lors de la mise en place de la partie mobile face à l’électroaimant fixe, il est primordial de vérifier la concordance des pôles magnétiques : les éléments doivent impérativement se faire face en position de répulsion pour assurer la lévitation et le mouvement alternatif recherché.
Expérimentation et réplication : un appel aux passionnés et scientifiques
En ouvrant l’accès à ses plans et en décrivant pas à pas la fabrication de son moteur linéaire, Christophe Tétard invite la communauté technique — des makers en Fablab aux universitaires et ingénieurs — à s’emparer du dispositif. Équipé d’un oscilloscope et de sondes de courant et de tension, chacun est encouragé à mesurer par lui-même la réalité de l’annulation du champ magnétique, l’absence de force contre-électromotrice pendant le travail mécanique, et le potentiel de récupération de l’énergie réactive.

























































