Comment repérer les présences non humaines qui nous entourent et comprendre l’architecture des mondes invisibles ? Dès 1899, l’ouvrage Le Plan astral de Charles Webster Leadbeater — d’abord paru dans la Theosophical Review puis traduit en 1895-1896 dans la revue française Le Lotus Bleu dirigée par D. A. Courmes — dressait une cartographie minutieuse de ces régions. L’édition originale portait d’ailleurs un sceau spécifique garantissant son authenticité face aux copies tronquées. Loin d’une compilation théorique, cette étude livre des observations réalisées directement sur le plan astral et corroborées par au moins deux expérimentateurs exercés et indépendants.
Les sept plans de la nature et la réalité tangible de l’invisible
La théosophie établit que le cosmos comprend sept modalités de la nature, agencées comme des sphères concentriques qui s’interpénètrent et impliquent autant d’états de conscience. Notre monde physique n’est que le premier plan, le plus grossier. Immédiatement après vient le plan astral — ou Kamaloka en sanskrit —, premier degré des mondes invisibles puisque ses éléments échappent à nos sens physiques.
Aborder ce plan exige d’abord d’admettre son absolue réalité. Sans être éternels d’un point de vue métaphysique, ses objets et ses habitants sont aussi réels que nos corps et nos maisons tant qu’ils durent. Cette nature rejoint exactement un passage du film Alice ou la dernière fugue de Claude Chabrol : les protagonistes y expliquent qu’ils sont une « réalité transformable » adaptée à l’observateur, tout en montrant une petite porte en bois par où des âmes gonflées de mal remontent des enfers pour reprendre une apparence humaine. Dans l’astral, certaines créatures adoptent ainsi une forme personnalisée pour celui qui les regarde, tandis que son voisin verra tout autre chose.
Le royaume de l’illusion et la vision en quatre dimensions
Si le plan astral est souvent appelé le royaume de l’illusion, c’est en raison de la difficulté qu’éprouve un voyant non exercé à contrôler ses impressions. Cela tient à deux caractéristiques majeures :
- Nombre de ses habitants ont le pouvoir de changer de forme avec une rapidité protéenne et de fasciner entièrement ceux avec qui ils entrent en relation.
- La vue sur ce plan permet d’observer un objet de tous les côtés à la fois, l’intérieur d’un corps solide apparaissant aussi aisément que son extérieur.
Cette faculté correspond à la vision de la quatrième dimension, très bien expliquée par le physicien américain Carl Sagan. Au cinéma, ce chevauchement des réalités et le pouvoir de la Maya — l’illusion capable de rendre une maison et ses occupants invisibles — s’illustrent dans des œuvres comme Everything Everywhere All at Once ou Rencontres du troisième type de Steven Spielberg. Sans entraînement, un novice commet des erreurs courantes, tel le renversement des nombres lus en astral, prenant 139 pour 931.
Guidé par un maître, l’élève apprend à déjouer ces illusions et à transférer sa conscience d’un plan à l’autre sans perte de mémoire, évitant que ses souvenirs ne s’altèrent durant l’intervalle inerte séparant le sommeil de l’éveil. Pour beaucoup, le premier contact avec l’astral s’opère d’ailleurs par des souvenirs nocturnes très nets — rappelant la réplique du film Prince des ténèbres de John Carpenter : « Nous vous parlons pendant vos rêves » —, ou lors de séances spirites et dans des maisons hantées.
Subdivisions astrales, matière éthérée et œuf aurique
Le plan astral compte sept subdivisions — comparables aux sept rayons d’Alice Bailey — réparties en trois classes. L’écart entre deux classes équivaut à celui qui sépare un solide d’un liquide, tandis que la nuance au sein d’une même classe rappelle celle entre le fer et le sable. Les divisions quatre, cinq et six ont pour décor notre monde physique : la sixième n’est que la vie terrestre ordinaire sans le corps physique ni ses besoins, alors que la septième, la plus basse, n’en offre qu’une parodie privée de tout ce qui est beau et lumineux.
Chaque objet matériel possède son double astral, comme l’illustre le film d’animation Le Drôle de Noël de Scrooge. On perçoit aussi dans l’astral des matières physiques invisibles à l’œil nu, telles que les émanations vitales et la matière éthérée. Chez l’homme, cette vue confirme les enseignements d’Helena Petrovna Blavatsky sur les sept principes humains. L’individu apparaît entouré d’un brouillard lumineux ovoïde, l’« œuf aurique » figuré dans plusieurs toiles de la Renaissance et du surréalisme, où s’interpénètrent plusieurs strates :
- Le Linga Sharira, double éthérique calqué sur le corps, et le Jiva ou Prana, circulant sous forme de luminosité rose.
- L’aura karmique, traversée d’éclairs colorés reflétant les désirs immédiats.
- L’aura du Manas inférieur, montrant le caractère, et la lumière vivante du Manas supérieur, témoignant de l’évolution de l’ego de naissance en naissance, étudiée par la London Lodge d’Alfred Percy Sinnett.
Une humanité léthargique entourée d’entités non humaines
Les entités de l’astral se divisent en trois grandes classes : les humains, les non-humains et les artificiels. Les humains comprennent d’une part les décédés — répartis en neuf classes et patientant de quelques minutes à plusieurs siècles avant leur réincarnation — et d’autre part les vivants. Or, hormis les initiés, les sujets psychiques et les magiciens noirs, près de 95 % des humains sont des personnes ordinaires plongées dans la léthargie. Durant le sommeil, leur corps astral flotte de manière quasi inconsciente au gré des courants astraux, reflétant leur endormissement quotidien.
Aux côtés de cette humanité assoupie évoluent les créatures non humaines. La Terre n’a jamais été faite exclusivement pour l’homme, ce qui rejoint les propos du rabbin Dynovisz sur les entités pré-adamiques. L’astral abrite notamment les élémentaux — elfes, fées et esprits de la nature décrits dans les traditions scandinaves — qui jouent volontiers des tours malicieux aux profanes. Cet enseignement rejoint d’ailleurs celui des grandes religions : qu’il s’agisse des manifestations du diable pour les chrétiens ou des djinns pour les musulmans, toutes décrivent ces entités invisibles capables de métamorphoser leur apparence et de prendre forme humaine pour séduire et tromper les hommes.
Source : Documents Rares & Inédits II




























































