Ils ont cru que Porto-Vecchio, c’était Toulouse un samedi soir. Au matin du 1er octobre, la statue de la Vierge Marie, installée sous l’arche du Stabiacciu, a été retrouvée à l’horizontale, arrachée de son socle et jetée par terre comme un vulgaire meuble. Ce n’est ni un accident ni une voiture qui a dérapé : l’acte est totalement volontaire.
La scène est obscène. Sur une vidéo qui circule en ligne, on voit deux individus secouer la statue de toutes leurs forces, grimper dessus et se marrer. Le pire dans cette histoire, c’est qu’ils ont eux-mêmes filmé et publié leur méfait. Ces deux jeunes saisonniers originaires de Toulouse, identifiés sous les noms d’Enzo Deby et Johan Courtel, ont visiblement oublié qu’ils n’étaient pas sur une place de la métropole pour relever un défi stupide. Ils s’en sont pris au premier visage de la ville, un symbole visible par tous ceux qui arrivent à Porto-Vecchio.
Un affront à la sainte patronne de l’île
En Corse, A Vergine Maria n’est pas un simple décor de rond-point destiné à faire joli sur une carte postale. C’est la sainte patronne de l’île, la mère protectrice. Placée sous l’arche en 2020 à la demande de l’abbé Constant, elle représente ce qu’il y a de plus sacré. L’abbé Don Thibault l’a d’ailleurs rappelé avec fermeté. Le député Colombani a souligné de son côté qu’on ne s’attaque pas impunément à ce qui fait l’histoire, les traditions et l’attachement d’un peuple à sa terre.
Le calcul des deux vandales n’a pas tenu trois heures. Identifiés à une vitesse fulgurante, ils ont été cueillis et placés en garde à vue. Une mesure prise vite fait, bien fait, et sans doute pour leur propre sécurité, car la situation aurait pu très mal tourner pour eux. Le maire, Jean-Christophe Angelini, a qualifié l’acte d’inqualifiable et exige une réponse judiciaire d’une extrême sévérité. Les plaintes de la paroisse et de la mairie sont déposées, et l’enquête est entre les mains de la gendarmerie et du parquet d’Ajaccio.
Un cercueil déposé devant la gendarmerie
La véritable réponse, celle qui marque la différence entre l’île et le continent, s’est déroulée l’après-midi même. Devant les grilles de la gendarmerie, plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées. Frédéric Carali, des pompes funèbres Sant’Acqua à l’Atalina, a carrément amené un corbillard. Un cercueil a été déposé devant l’entrée, surmonté d’une feuille A4 scotchée portant les noms des deux individus. Comme l’a expliqué le professionnel des pompes funèbres, c’est la réponse adéquate pour bien faire comprendre qu’ici, on n’est pas sur le continent.
Le message est clair : en s’attaquant à la mère de la Corse, ces deux individus sont déjà socialement morts sur l’île. La statue de la Vierge sera remplacée dans les plus brefs délais par la mairie. Demain, le rond-point retrouvera son arche intacte. Eux, en revanche, repartiront avec un procès, une vidéo à charge qu’ils ont tournée eux-mêmes, et le souvenir cuisant d’une île qui les a enterrés le jour même.



























































