Chris Kaelin, généticien à l’université Stanford Medicine, s’est pris de passion pour un sujet singulier : les chats. Et plus particulièrement ces félins au pelage couleur marmelade, souvent bruyants, très attachants et majoritairement mâles. Depuis plus d’un siècle, ces chats roux intriguent la communauté scientifique, notamment parce qu’environ 80 % d’entre eux sont des mâles. Pourquoi, parmi tous les mammifères arborant des teintes orangées, le chat domestique est-il le seul dont cette coloration est si étroitement liée au sexe de l’animal ?
Grâce à une étude menée en 2025, le chercheur et son équipe affirment avoir enfin percé ce mystère. Ils ont réussi à identifier la mutation génétique très particulière qui se cache derrière ce pelage flamboyant, un phénomène inédit chez les autres mammifères.
« Depuis plus d’un siècle, la couleur rousse du pelage des chats est reconnue comme une exception aux règles génétiques qui expliquent la coloration chez la plupart des mammifères. Les chats mâles roux ont une couleur uniforme, mais les femelles présentent souvent un assemblage de fourrure rousse et noire, communément appelé motif écaille de tortue ou calico », explique Chris Kaelin.
L’activation d’un gène rebelle
Chez les chats domestiques, la coloration rousse se manifeste presque exclusivement chez les mâles. Les femelles ne représentent qu’environ 20 % de la population des chats roux. Possédant deux chromosomes X, elles doivent hériter de deux copies du gène responsable pour être entièrement rousses, ce qui est statistiquement rare. La plupart des femelles porteuses d’une seule copie affichent un pelage en mosaïque, mêlant le roux et le noir. Ce motif patchwork est le résultat d’un processus génétique appelé l’inactivation aléatoire du chromosome X.

La mutation responsable affecte directement un gène situé sur le chromosome X. Les mâles n’ayant qu’un seul chromosome X, une seule copie de ce gène suffit pour qu’ils soient roux. Chez la plupart des autres mammifères, les pelages roux ou jaunâtres proviennent de mutations sur l’un des deux gènes spécifiques à la pigmentation. Cependant, ces gènes ne sont pas liés au sexe et s’expriment de manière identique chez les mâles et les femelles, ce qui rend le cas du chat domestique véritablement unique.
Une anomalie génétique sans précédent
Pour débusquer cette mutation, l’équipe de chercheurs a minutieusement analysé les génomes de plusieurs chats roux. En utilisant des échantillons d’ADN provenant de cliniques de stérilisation et en s’appuyant sur des outils génomiques de pointe, ils ont fait une découverte surprenante : une minuscule délétion sur le chromosome X qui provoque l’activation d’un gène nommé Arhgap36 au cœur des cellules pigmentaires.
Ce gène est loin d’être ordinaire. Chez l’être humain, le gène Arhgap36 est lié à certaines tumeurs neuroendocrines et joue un rôle crucial dans la signalisation cellulaire durant le développement. Jusqu’à présent, il n’avait jamais été associé à la couleur du pelage, quelle que soit l’espèce étudiée.
Chez le chat roux, son activation inattendue dans les cellules pigmentaires vient perturber la machinerie cellulaire responsable de la production de mélanine. Cette interférence bloque l’une des dernières étapes du processus de pigmentation, transformant ainsi une fourrure initialement sombre en un pelage d’un roux éclatant.
Le comportement des chats roux est-il lié à leur pelage ?

Il s’avère que cette mutation n’est pas récente. Elle est suffisamment ancienne pour que des peintures médiévales du XIIe siècle illustrent déjà des chats calico flânant dans les marges des manuscrits. Cela suggère que la mutation est apparue très tôt dans l’histoire de la domestication féline, et qu’elle a probablement prospéré grâce à l’influence humaine.
Bien que la mutation modifie l’activité du gène plutôt que de le détruire, les chercheurs se sont posé une question récurrente chez les propriétaires de félins : les gènes responsables de cette couleur si vive influencent-ils également le fameux caractère « bien trempé » souvent attribué aux chats roux ?
Pour en avoir le cœur net, l’équipe a examiné d’autres tissus non cutanés, tels que les reins, le cœur, le cerveau et les glandes surrénales. Leurs analyses n’ont révélé aucune différence d’expression du gène Arhgap36 entre les chats roux et les autres. Bien que Chris Kaelin n’exclue pas totalement la possibilité d’une expression altérée dans des tissus non testés, il semble que la prétendue espièglerie des chats roux soit davantage liée à leur sexe (la grande majorité étant des mâles) qu’à l’action directe de ce gène.
Au-delà de la résolution de cette énigme féline, cette découverte offre un cas d’école fascinant sur la façon dont de nouvelles caractéristiques biologiques peuvent émerger par des voies totalement inattendues : une mauvaise expression génétique, un interrupteur activé dans le mauvais tissu, et voilà qu’un hoquet moléculaire donne naissance à l’un de nos animaux de compagnie les plus appréciés.
Les conclusions complètes de cette recherche ont été publiées dans la revue scientifique Current Biology.
Source : zmescience.com
































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