Un livre féroce, drôle et impitoyable circule depuis peu sur les plateformes en ligne, sans avoir trouvé preneur chez les éditeurs traditionnels. Intitulé Tchao Manu, cet ouvrage signé sous le pseudonyme d’Aphrodite dresse un portrait au vitriol d’Emmanuel Macron, mêlant anecdotes cinglantes, citations assassines et règlements de comptes personnels. Richard de Seze, chroniqueur à Ligne Droite, en a fait une présentation détaillée, révélant un texte qui dissèque dix années de pouvoir macronien avec une ironie mordante.
Un pseudonyme évocateur et une plume acérée
Le livre Tchao Manu se présente comme une lettre ouverte, écrite par une narratrice qui aurait partagé le quotidien élyséen avant de tourner définitivement le dos à Emmanuel Macron. Le ton est donné dès les premières lignes : « Quand tu liras cette lettre, j’aurai quitté l’Élysée et tourné à jamais le dos au mur feutré qui abritait depuis notre arrivée au palais le drame bourgeois nous tenant lieu de quotidien. »
Le choix du pseudonyme Aphrodite n’est pas anodin. Richard de Seze souligne une ressemblance troublante avec Brigitte Macron, notamment dans la manière dont l’autrice décrit son parcours : « La midinette picarde aux jupes de cuir Courrèges trop courtes » qui s’est « laissé berner par le pseudo-écrivain aux allures romantiques ». Une allusion transparente à la relation entre Emmanuel et Brigitte Macron, présentée ici sous un jour particulièrement critique.
Dix ans de trahisons et d’hypocrisie passés au crible
L’ouvrage ne se contente pas de moqueries personnelles. Il revient sur une décennie de décisions politiques et de comportements jugés hypocrites, en s’appuyant sur des citations et des anecdotes soigneusement sélectionnées. Parmi les cibles privilégiées : les promesses non tenues, les évictions brutales et le narcissisme affiché du président.
Un exemple marquant est la trahison envers François Hollande. L’autrice rappelle une déclaration d’Emmanuel Macron sur Europe 1, le 16 mars 2016 : « Bien sûr que je souhaite que François Hollande soit candidat à la présidence de la République. J’aime la chose publique. J’ai deux loyautés : l’une à mon pays et à mes idées. Je ne l’ai jamais lâché, je ne le lâcherai jamais. » Moins d’un an plus tard, Macron se lançait dans la course présidentielle, privant Hollande de toute chance de réélection.
Autre épisode évoqué avec une ironie cruelle : l’éviction de Catherine Colonna et Rima Abdul Malak. Toutes deux ont appris leur limogeage en direct à la télévision, sans aucun avertissement préalable. L’autrice décrit Catherine Colonna, alors ministre des Affaires étrangères, passant « ses nuits dans les avions afin de défendre aux quatre coins du monde les intérêts de la France », avant d’être congédiée sans ménagement. Quant à Rima Abdul Malak, ancienne conseillère culturelle de l’Élysée devenue ministre de la Culture, elle a été remerciée tout aussi abruptement, malgré son engagement de « 20 heures par jour » pour redonner vie à la culture française.
Catherine Vautrin et le mobilier national : une anecdote savoureuse
L’une des anecdotes les plus savoureuses du livre concerne Catherine Vautrin, élue rémoise débauchée par Emmanuel Macron pour devenir Première ministre. Convaincue d’avoir obtenu le poste, elle s’était empressée de se rendre au Mobilier national pour choisir les meubles de son futur bureau à Matignon. C’est dans la voiture officielle qui la conduisait vers sa « destinée » qu’elle a appris par la radio qu’Élisabeth Borne avait finalement été nommée à sa place. Une humiliation publique qui résume, selon l’autrice, le mépris et l’opportunisme du président.
Cette scène illustre une tendance récurrente : Emmanuel Macron est décrit comme un homme prompt à faire des promesses qu’il ne tient jamais, tout en se dédouanant de toute responsabilité. L’autrice cite à ce propos une phrase prononcée lors de sa tournée africaine : « Je crois qu’on a construit quelque chose d’irréversible et d’inarrêtable. » Une déclaration interprétée comme une preuve supplémentaire de son égocentrisme, où chaque décision est présentée comme un legs intouchable, même après son départ.
Un style jubilatoire et des citations assassines
Le livre ne se limite pas à une accumulation de faits. Il excelle dans l’art de la formule assassine, comme lorsque l’autrice écrit : « Le reptile qui sommeille en toi s’est au fil des ans désquamé. Ce n’est plus qu’un bout de corde à l’abandon se tortillant sur les graviers de l’Élysée. » Une image forte qui résume la chute d’un homme autrefois présenté comme un « cobra charmeur ».
Les citations politiques sont également passées au crible. L’autrice rappelle par exemple cette déclaration de 2017 : « Vous êtes ici des dépositaires de ce désir de changement qui nous est interdit de trahir. Ce changement doit porter sur les comportements. » Une phrase prononcée peu avant le mouvement des Gilets jaunes, alors que la crise sociale faisait rage. Quelques mois plus tard, Macron reconnaissait lui-même l’échec de sa méthode : « Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies comme trop souvent dans le passé sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé. »
L’ouvrage cite également des intellectuels critiques du macronisme, comme Natacha Polony, qui dès 2016 dénonçait « l’éloge de cette fiction qu’est l’individu libéral détaché de toutes les anciennes solidarités ». Une analyse qui résonne avec le portrait dressé par Aphrodite : celui d’un président obsédé par l’image, le marché et les droits individuels, au détriment du collectif.
Une conclusion sans pitié
La fin du livre est sans appel. L’autrice annonce avoir vidé les placards de l’Élysée et confié les affaires d’Emmanuel Macron à un certain Fabien. Costumes sur mesure, chemises, Ray-Ban aviateur, blouson et casquette Top Gun : tout y passe, jusqu’aux t-shirts défraîchis donnés à Emmaüs. Une manière de souligner l’absence de contribution sociale marquante durant huit années de présidence, tout en moquant le style « startupeur » du président.
« Ce sera ta contribution sociale la plus marquante au cours de tes 8 ans de présidence », écrit-elle, avant de conclure avec une pointe de sarcasme : « J’ai cru me souvenir que tu ne portais plus de ceinture parce que ça fait pecno, comme tu dis. »
Un livre qui dérange, mais séduit
Disponible uniquement sur Amazon au prix de 12 euros, Tchao Manu a visiblement effrayé les éditeurs traditionnels. Son ton sans concession, son humour noir et ses révélations sur les coulisses du pouvoir en font un ouvrage à part, qui ne laisse personne indifférent. Richard de Seze, visiblement conquis, avoue regretter de ne pas l’avoir écrit lui-même : « C’est patent, c’est brillant, percutant, et rempli d’anecdotes absolument délicieuses. »
Que l’on soit pour ou contre Emmanuel Macron, ce livre offre une plongée sans filtre dans les travers d’un homme et d’un système, avec une verve qui rappelle les meilleurs pamphlets politiques. Un règlement de comptes littéraire qui, s’il n’a pas trouvé d’éditeur, a déjà trouvé son public.
Source : Ligne Droite • La matinale de Radio Courtoisie





























































