Il y a peu, Oracle a annoncé un accord historique avec OpenAI portant sur 300 milliards de dollars sur cinq ans. Les marchés ont immédiatement explosé, l’action d’Oracle bondissant de 25 % en une seule journée. Pourtant, OpenAI ne prévoit d’être rentable qu’en 2030 et ne génère actuellement que 12 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. De son côté, Oracle ne possède même pas encore les centres de données nécessaires et devra emprunter massivement pour les construire. En résumé, une entreprise qui ne peut pas payer promet des sommes astronomiques à une autre qui n’a pas encore construit ce qu’elle vend. Et Wall Street applaudit à tout rompre.
Le grand mirage du financement croisé
Pour comprendre la frénésie actuelle, il faut se pencher sur le concept de vendor financing. Il s’agit d’un système où une entreprise prête de l’argent à son propre client pour que ce dernier achète ses produits. Les ventes explosent sur le papier, les investisseurs se réjouissent, mais aucun argent réel n’est véritablement entré dans les caisses. C’est exactement la dynamique qui s’est mise en place dans le secteur de l’intelligence artificielle.
Nvidia investit 100 milliards de dollars dans OpenAI, qui utilise ensuite ces fonds pour acheter des puces Nvidia. Les deux entreprises voient leurs valorisations s’envoler, alors que l’argent tourne simplement en boucle. AMD va encore plus loin en permettant à OpenAI d’acquérir gratuitement jusqu’à 10 % de ses actions, qu’elle pourra revendre plus tard pour acheter des puces AMD. Amazon finance Anthropic, qui utilise les serveurs AWS, qui eux-mêmes tournent avec des puces Nvidia. Meta et Google dépensent des dizaines de milliards qui finissent inévitablement dans les poches de Nvidia, faisant de cette dernière l’entreprise la plus valorisée au monde avec plus de 4 500 milliards de dollars de capitalisation boursière.
Des obstacles physiques et financiers colossaux
Au-delà des montages financiers, l’industrie se heurte à des limites physiques tangibles, à commencer par l’énergie. L’accord entre OpenAI et Oracle nécessitera à lui seul 20 gigawatts de puissance électrique, soit l’équivalent de vingt centrales nucléaires. Or, le réseau électrique américain est déjà saturé, subissant des délestages en été. Construire de nouvelles centrales prend au minimum dix ans, posant la question évidente de l’alimentation des centres de données prévus pour l’année prochaine.
Le deuxième mur est financier. Selon Morgan Stanley, il faudra investir 2 900 milliards de dollars d’ici 2028 dans les infrastructures mondiales liées à l’IA. Les géants de la technologie peuvent en financer une partie, mais il manque environ 1 500 milliards de dollars. Près de 800 milliards devront provenir du crédit privé, un secteur déjà fragilisé par son exposition aux consommateurs surendettés et aux entreprises en difficulté. Le Fonds monétaire international s’inquiète d’ailleurs ouvertement de la formation d’une bulle dans ce secteur précis du crédit.
Un retour sur investissement quasi inexistant
Tous ces investissements colossaux reposent sur la promesse que l’IA générera des milliers de milliards de profits à l’avenir. Pourtant, une étude récente du MIT révèle que 95 % des entreprises ne constatent aucun retour sur investissement mesurable après avoir intégré l’IA dans leurs processus. Si certains usages spécifiques comme le service client automatisé ou l’aide à la rédaction fonctionnent, ils ne justifient en rien les 300 milliards de dollars de dépenses annuelles actuelles.
Aujourd’hui, 40 % de la croissance économique américaine dépend uniquement des investissements dans l’IA, et non des revenus générés. Les sept plus grandes entreprises technologiques pèsent désormais 36 % du S&P 500 et ont généré 75 % de la hausse totale de l’indice depuis le lancement de ChatGPT fin 2022.
Le spectre des années 2000 : sommes-nous dans une bulle ?
La situation rappelle inévitablement la bulle Internet. À l’époque, des entreprises levaient des fortunes sans jamais faire de profit, à l’image de Global Crossing, valorisée à 47 milliards avant de faire faillite deux ans plus tard. Si la bulle actuelle explose, les conséquences seront dévastatrices pour l’économie mondiale, touchant les fonds de pension, les assurances-vie et le système bancaire, avec des banques centrales qui ont aujourd’hui beaucoup moins de marge de manœuvre qu’en 2008.
Cependant, des arguments très solides s’opposent à la théorie du krach imminent. Selon Goldman Sachs, les valorisations sont tendues mais n’atteignent pas les niveaux d’exubérance de l’an 2000. Le S&P 500 se négocie à 23 fois les bénéfices attendus, contre 44 fois avant le krach des dot-com. Des géants comme Microsoft, Apple ou Nvidia se négocient autour de 32 fois leurs bénéfices futurs, bien loin des multiples délirants de 1999 où Cisco s’échangeait à 97 fois ses bénéfices et eBay à 352 fois.
De plus, contrairement aux start-ups des années 2000, les leaders technologiques d’aujourd’hui sont des machines à cash ultra-rentables. Microsoft génère 245 milliards de chiffre d’affaires, Meta 165 milliards, et Nvidia affiche une marge opérationnelle impressionnante de 62 % sur ses 60 milliards de revenus. Leurs bilans sont exceptionnellement solides, avec des réserves de liquidités gigantesques (162 milliards pour Apple, 80 milliards pour Microsoft).
Trois stratégies pour faire face à l’incertitude
Face à cette situation complexe où les signaux d’alarme côtoient des fondamentaux solides, trois profils d’investisseurs se dessinent sur les marchés :
- Les prudents : Ils estiment que le risque est trop élevé. Ils réduisent progressivement leur exposition aux valeurs technologiques, se couvrent avec des valeurs refuges comme l’or, diversifient leurs portefeuilles vers l’Europe ou le Japon, et conservent beaucoup de liquidités pour acheter en cas de baisse marquée.
- Les opportunistes : Ils continuent de surfer sur la tendance haussière en partant du principe que « la tendance est leur amie ». Ils se protègent toutefois avec des ordres de vente stricts (stop-loss) et surveillent de près les signaux d’alerte macroéconomiques.
- Les contrariants : Convaincus d’être face à une bulle irrationnelle, ils parient à la baisse sur les valorisations les plus extrêmes et se positionnent sur les fabricants d’équipements indispensables (comme ASML ou TSMC) plutôt que sur les développeurs d’IA.
Quelle que soit l’issue, l’histoire financière montre que les marchés peuvent rester irrationnels bien plus longtemps qu’on ne le pense. L’essentiel n’est pas de prédire l’avenir avec une certitude absolue, mais d’établir une stratégie claire pour protéger et faire fructifier son capital, que le marché poursuive son ascension fulgurante ou qu’il finisse par corriger violemment.
Source : MoneyRadar

































![[Vidéo] 45 moments où Dame Nature s’est déchainée, capturés par caméra](https://cdn-0.buzzpanda.fr/wp-content/uploads/2024/10/45-fois-o-650-360x180.jpg)



























