Le 6 février 2024, le journaliste américain Tucker Carlson s’est entretenu pendant plus de deux heures avec le président russe Vladimir Poutine au cœur du Kremlin. Cette entrevue fleuve, dominée par la vision historique du dirigeant russe, aborde en profondeur les racines du conflit en Ukraine, les relations tumultueuses avec l’Occident, l’expansion de l’OTAN et les perspectives de paix. Voici une synthèse des points majeurs abordés lors de cet échange.
Une justification ancrée dans l’histoire
Dès les premières minutes de l’interview, interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à déclencher l’offensive en Ukraine, Vladimir Poutine surprend en se lançant dans un long monologue historique. Remontant à l’an 862 et à la fondation de l’État russe, il détaille l’évolution de la Rus’ de Kiev, l’influence de l’Empire mongol, puis celle de l’union polono-lituanienne.
Selon le président russe, l’Ukraine moderne est une construction politique récente. Il affirme que de vastes territoires du sud et de l’est de l’Ukraine ont été historiquement russes, rattachés à l’Empire sous Catherine la Grande. Il va plus loin en qualifiant l’Ukraine d’État artificiel, façonné par Lénine et Staline lors de la création de l’Union soviétique, en y intégrant des territoires qui n’avaient, selon lui, aucune connexion historique avec l’identité ukrainienne.
L’expansion de l’OTAN et les espoirs déçus de la Russie
Au-delà de l’histoire ancienne, Vladimir Poutine pointe du doigt la fin de la guerre froide et les promesses occidentales prétendument non tenues. Il rappelle que les dirigeants russes des années 1990 s’attendaient à être intégrés dans la famille des nations civilisées après la chute de l’URSS. Au lieu de cela, il dénonce les cinq vagues d’expansion de l’OTAN vers l’est.
Le dirigeant russe partage deux anecdotes révélatrices sur ses tentatives de rapprochement avec les États-Unis :
- La demande d’adhésion à l’OTAN : Poutine affirme avoir demandé à Bill Clinton en l’an 2000 s’il serait possible pour la Russie de rejoindre l’Alliance atlantique. Après une réponse initiale positive, le président américain se serait rétracté le soir même après avoir consulté son équipe.
- Le bouclier antimissile conjoint : Sous la présidence de George W. Bush, Poutine aurait proposé de créer un système de défense antimissile conjoint entre les États-Unis, la Russie et l’Europe. Bien que la proposition ait suscité l’intérêt des secrétaires d’État américains, elle a finalement été rejetée, poussant la Russie à développer ses propres armes hypersoniques.
Les origines du conflit ukrainien selon le Kremlin
Pour Vladimir Poutine, le véritable point de bascule n’est pas février 2022, mais l’année 2014. Il décrit la révolution de Maïdan comme un coup d’État illégal, financé et soutenu par la CIA. Ce renversement du président Viktor Ianoukovitch aurait forcé la Russie à intervenir pour protéger la Crimée et les populations russophones du Donbass face à ce qu’il qualifie de machine de guerre ukrainienne.
Le président russe justifie l’opération militaire actuelle par deux objectifs principaux :
- L’arrêt de la guerre : Il affirme que l’Ukraine et ses alliés occidentaux ont refusé d’appliquer les accords de Minsk, préférant une résolution par la force militaire.
- La dénazification : Poutine insiste sur la nécessité d’éradiquer l’idéologie néonazie en Ukraine. Il dénonce la glorification de figures historiques comme Stepan Bandera, qui ont collaboré avec l’Allemagne nazie, soulignant l’ovation récente d’un vétéran de la division SS Galicie par le parlement canadien en présence de Volodymyr Zelensky.
Négociations de paix : la Russie se dit prête
À la question de savoir si le conflit pourrait dégénérer en guerre mondiale ou nucléaire, Vladimir Poutine rejette fermement l’idée d’une menace russe sur le reste de l’Europe, affirmant n’avoir aucune revendication territoriale sur la Pologne ou la Lettonie. Il qualifie ces craintes de pure provocation destinée à extorquer de l’argent aux contribuables américains et européens.
Concernant la paix, le président russe révèle que des négociations avancées ont eu lieu à Istanbul au début du conflit. Un accord aurait même été paraphé par la délégation ukrainienne. Cependant, selon Poutine, l’intervention de l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson aurait convaincu Kiev de rejeter l’accord et de poursuivre les combats avec le soutien militaire de l’Occident. Poutine souligne que la Russie n’a jamais fermé la porte aux discussions, rappelant que c’est le président Zelensky qui a signé un décret interdisant toute négociation avec Moscou.
Géopolitique, dollar et sabotage de Nord Stream
L’interview aborde également les bouleversements de l’ordre mondial. Interrogé sur le sabotage des gazoducs Nord Stream, Vladimir Poutine pointe implicitement vers la CIA, soulignant qu’il faut chercher à la fois celui qui a un intérêt et celui qui en a la capacité. Il s’étonne du silence des dirigeants allemands, qui semblent selon lui privilégier les intérêts de l’Occident collectif au détriment de leur propre économie.
Sur le plan économique, Poutine qualifie l’utilisation du dollar américain comme arme politique de grave erreur stratégique. En sanctionnant la Russie, les États-Unis auraient accéléré la dédollarisation mondiale. Le président russe note que les transactions russes en dollars et en euros ont drastiquement chuté, remplacées massivement par le rouble et le yuan, tandis que les pays des BRICS dépassent désormais le G7 en termes de part dans l’économie mondiale.
Le sort du journaliste Evan Gershkovich
En fin d’entretien, Tucker Carlson évoque le cas d’Evan Gershkovich, le journaliste du Wall Street Journal emprisonné en Russie depuis près d’un an. Tout en affirmant que le journaliste a été pris en flagrant délit d’espionnage en recevant des informations classifiées de manière secrète, Vladimir Poutine laisse la porte ouverte à sa libération.
Il indique que des discussions sont en cours via les canaux des services de renseignement et qu’un accord est possible en échange d’actions réciproques de la part des partenaires occidentaux, évoquant à demi-mot le cas d’un citoyen russe emprisonné en Europe.
L’interview se conclut sur une note inattendue. Malgré la violence des combats actuels qu’il apparente à une guerre civile, Vladimir Poutine exprime sa conviction que les relations entre les peuples russe et ukrainien finiront par se rétablir. Personne ne pourra séparer notre âme, conclut-il, affirmant que la réunification spirituelle et culturelle est inévitable.
Ep. 73 The Vladimir Putin Interview pic.twitter.com/67YuZRkfLL
— Tucker Carlson (@TuckerCarlson) February 8, 2024
Source : Tucker Carlson





























































