Notre système solaire reçoit la visite régulière d’objets extraterrestres, mais il ne s’agit ni de soucoupes volantes ni de vaisseaux aliens. Ces visiteurs sont des comètes et astéroïdes venus d’autres systèmes stellaires, des objets inanimés qui dérivent dans l’espace interstellaire depuis des millions, voire des milliards d’années.
Oumuamua : le premier découvert
Le 19 octobre 2017, le télescope Pan-STARRS de l’observatoire de Mauna Kea à Hawaii détecte un objet inhabituel survolant la Terre à environ 30 millions de kilomètres. D’abord classifié comme comète, puis comme astéroïde en l’absence de queue de poussière, cet objet révèle rapidement sa nature exceptionnelle.
Sa vitesse excessive pour une orbite elliptique autour du Soleil et sa forme étrange – 400 mètres de long pour 50 mètres de large, lui valant le surnom de « cigare géant » – trahissent son origine extrasolaire. L’objet est baptisé Oumuamua, « éclaireur » en langue hawaïenne, et reçoit la désignation administrative 1I pour « premier objet interstellaire ».
Les observatoires mondiaux scrutent Oumuamua pendant plusieurs semaines avant qu’il ne reparte vers le système solaire extérieur, trop rapide pour être retenu par la gravité solaire. Sa forme bizarre alimente les théories sur une possible origine artificielle, notamment défendues par l’astrophysicien Abraham Loeb qui suggère qu’il pourrait s’agir d’une sonde extraterrestre.
Aujourd’hui, la théorie principale explique qu’Oumuamua serait le fragment du manteau d’une planète de type Pluton, violemment éjecté de son système stellaire d’origine il y a des milliards d’années suite à une collision. En 2025, il s’éloigne du système solaire à plus de 140 000 km/h et se trouve déjà à plus de 8 milliards de kilomètres.
2I/Borisov : la deuxième visite confirmée
Le 30 août 2019, l’astronome amateur ukrainien Gennady Vladimirovich Borisov découvre une comète de 2 à 16 kilomètres de diamètre. Comme Oumuamua, sa vitesse et sa trajectoire révèlent une origine interstellaire, avec une excentricité orbitale de 3 – bien au-delà de 1, seuil où l’orbite devient un simple survol.
Cette comète, surnommée 2I/Borisov, provient du plan galactique et sa vitesse indique qu’elle a survolé plusieurs étoiles voisines il y a des centaines de milliers d’années. Sa découverte confirme que ces visites interstellaires peuvent survenir relativement fréquemment.
3I/ATLAS : le dernier visiteur en date
Le 1er juillet 2024, l’observatoire El Sauce au Chili détecte un nouvel objet dans le cadre du réseau de surveillance ATLAS. D’abord classé comme astéroïde, une queue de poussière découverte le lendemain confirme sa nature cométaire. Sa trajectoire révèle une excentricité de 6,15, confirmant son origine interstellaire.
3I/ATLAS présente des caractéristiques remarquables : 20 kilomètres de diamètre selon les estimations les plus favorables, ce qui en fait l’une des plus grosses comètes jamais découvertes. Sa trajectoire indique qu’elle provient du disque épais de la Voie lactée, une région peuplée d’étoiles anciennes âgées de 10 milliards d’années.
Cette comète pourrait être vieille de plus de 7 milliards d’années, soit 2,5 milliards d’années de plus que l’âge du système solaire. Sa couleur rougeâtre mystérieuse résulte probablement de l’exposition prolongée aux rayons cosmiques durant cette immense période. Elle s’approchera au plus près du Soleil le 30 octobre 2024 et passera au plus près de la Terre le 19 décembre, à environ 250 millions de kilomètres.
Les théories controversées
Abraham Loeb continue de défendre la possibilité que ces objets soient d’origine artificielle. Concernant 3I/ATLAS, il évoque même des « intentions hostiles », arguant que sa trajectoire la faisant passer derrière le Soleil pourrait témoigner d’une volonté de se dissimuler. Cependant, lui-même admet que ces chances restent minimes et que l’hypothèse d’une simple comète demeure plus probable.
Une fréquence révélatrice
Ces trois découvertes en moins de huit ans confirment que notre système solaire reçoit régulièrement la visite d’objets interstellaires. La Voie lactée contiendrait plusieurs centaines de millions de trous noirs errants et des milliards de milliards d’astéroïdes et comètes vagabonds. Si la probabilité individuelle de visite reste faible, leur nombre considérable rend ces rencontres statistiquement probables.
Contrairement aux objets intergalactiques qui mettraient des dizaines de milliards d’années à nous atteindre depuis Andromède, ces visiteurs interstellaires proviennent de notre propre galaxie. Certains pourraient même provenir des galaxies satellites de la Voie lactée, comme les Nuages de Magellan, situées à quelques dizaines d’années-lumière seulement.
Ces découvertes ouvrent une nouvelle fenêtre sur la compréhension de notre galaxie et des processus qui éjectent des objets de leur système stellaire d’origine, nous offrant des échantillons naturels d’autres mondes stellaires.
Source : Grand Angle