Imaginez une main-d’œuvre qui ne s’arrête jamais, qui ne ressent aucune fatigue et qui peut enchaîner les heures de travail de jour comme de nuit. Ce scénario, qui ressemble à s’y méprendre à de la science-fiction, vient de prendre vie sous les yeux de centaines de milliers de spectateurs. Récemment, l’entreprise américaine Figure AI a organisé une démonstration en direct qui a autant fasciné qu’inquiété les internautes : faire travailler ses robots humanoïdes sans aucune interruption pendant plus d’une semaine.
Un défi né d’un scepticisme industriel
Tout a commencé par une provocation sur les réseaux sociaux. Début mai, Scott Walter, un expert reconnu dans le domaine de l’automatisation industrielle, a exprimé de sérieux doutes quant à la capacité d’un robot humanoïde à assurer une journée complète de travail en usine sans nécessiter d’assistance humaine ou sans rencontrer de bugs majeurs. Il n’en fallait pas plus pour piquer au vif Brett Hadcock, le fondateur et PDG de Figure AI, une start-up californienne spécialisée dans la robotique dotée d’intelligence artificielle.
Pour prouver l’efficacité de sa technologie, l’entreprise a mis en place un dispositif simple mais impitoyable au sein de son laboratoire : un tapis roulant formant une boucle continue sur lequel défilent des colis à l’infini. Face à ce tapis, le Figure 03, le tout dernier modèle de la firme, animé par une intelligence artificielle maison baptisée Helix 02.
Le marathon logistique : 200 heures sous l’œil des caméras
Le 13 mai, le coup d’envoi de l’expérience a été donné. La mission assignée au robot était basique mais exigeante en termes de concentration et de répétition : inspecter chaque colis pour s’assurer que l’étiquette comportant le code-barres soit positionnée sur la face inférieure. Si ce n’était pas le cas, la machine devait manipuler le paquet pour le retourner.
Pour maintenir une cadence ininterrompue, Figure AI a mis en place un système de relais. Au bout d’environ quatre heures d’activité, lorsque sa batterie faiblissait, le robot quittait son poste pour se recharger, immédiatement remplacé par un autre exemplaire du Figure 03. Très vite, les spectateurs du direct se sont pris au jeu, attribuant des surnoms affectueux à cette petite équipe mécanique : Bob, Rose, Gary, Frank et Jim.
Le défi initial de huit heures a été relevé haut la main. Fort de ce succès, l’entreprise a décidé de pousser l’expérience à l’extrême en prolongeant le direct pour atteindre un total de 200 heures, soit un peu plus de huit jours complets sans la moindre pause. Le bilan communiqué par la start-up est impressionnant :
- 249 560 colis ont été triés et manipulés.
- 200 heures de travail continu ont été effectuées.
- Aucune panne mécanique majeure n’a été signalée.
Malgré ce succès, certains observateurs attentifs ont relevé quelques imperfections, comme des colis posés à l’envers, des paquets tombés au sol, ou encore de brefs moments d’hésitation des machines. Des rumeurs ont même circulé, suggérant que les robots étaient téléopérés par des humains équipés de casques de réalité virtuelle en raison de gestes jugés trop « humains », une théorie fermement démentie par la direction.
L’humain contre la machine : une victoire au goût amer
Pour ajouter un peu de piment à la démonstration, Figure AI a organisé au cinquième jour une compétition directe entre ses robots et un humain. Aimé Gérard, un stagiaire de l’entreprise, a été mis au défi d’effectuer exactement la même tâche de tri pendant 10 heures d’affilée.
Si l’humain s’est montré initialement beaucoup plus rapide et agile que ses homologues de métal, la fatigue a fini par s’installer. Contrairement aux robots qui se relayaient inlassablement, Aimé a dû prendre des pauses pour se reposer, manger et satisfaire des besoins naturels. Au terme de l’épreuve, l’humain a remporté le match de justesse avec 12 924 colis triés contre 12 732 pour les machines. Cependant, cette victoire a eu un prix physique : des cloques aux mains et de vives douleurs aux avant-bras.
La conclusion de cet affrontement a été résumée par une déclaration glaçante du PDG Brett Hadcock :
« Félicitations à Aimé, c’est la dernière fois qu’un humain gagnera. »
Une stratégie d’expansion colossale
Derrière cette démonstration de force diffusée en direct se cachent des enjeux financiers et industriels majeurs. Bien qu’elle n’existe que depuis quatre ans, Figure AI est déjà valorisée à hauteur de 39 milliards de dollars, soutenue par des géants de la technologie tels que Jeff Bezos, Microsoft et Nvidia.
L’entreprise dispose d’ores et déjà d’une usine capable d’assembler un robot par heure. Ses ambitions sont claires : vendre plusieurs milliers d’unités d’ici la fin de l’année et atteindre le cap des 100 000 robots déployés d’ici 2030. Le constructeur automobile BMW teste déjà ces machines pour le montage de véhicules, et des géants de la logistique comme UPS sont sur les rangs pour intégrer ces travailleurs infatigables dans leurs entrepôts.
Capitalisant sur le buzz généré par l’événement, Figure AI n’a pas manqué l’occasion de commercialiser des produits dérivés à l’effigie de Bob, Rose ou Gary. Des t-shirts et des casquettes ont été mis en vente au prix très symbolique de 24,70 $, un clin d’œil assumé à ces nouvelles machines conçues pour travailler 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Source : Le Parisien



























































