Le ministère américain de la Justice a clairement indiqué à ses homologues français qu’il ne coopérerait pas à leur enquête sur la plateforme X d’Elon Musk. Cette position ferme fait suite à une perquisition menée dans les locaux parisiens de l’entreprise au début de l’année.
Dans une lettre de deux pages datée de vendredi, le Bureau des affaires internationales du ministère de la Justice accuse les autorités françaises d’utiliser de manière inappropriée leur système pénal pour tenter de réguler une entreprise américaine. Le document, consulté par le Wall Street Journal, affirme que cette enquête vise à employer le droit pénal français pour contrôler une « place publique » d’expression des idées, en contradiction avec le Premier Amendement de la Constitution des États-Unis.
Les responsables américains estiment également que les demandes françaises représentent une tentative d’impliquer les États-Unis dans une procédure pénale à caractère politique, destinée à réguler par la voie judiciaire les activités d’une plateforme de réseaux sociaux. La lettre a été adressée à un service de coopération internationale du ministère français de la Justice.
Le parquet de Paris, en charge de l’enquête, a indiqué ne pas être au courant de cette correspondance. Il a rappelé que la Constitution française garantit l’indépendance du pouvoir judiciaire et que les magistrats du parquet disposent de l’autorité exclusive sur les investigations pénales.
Une perquisition qualifiée de « théâtre judiciaire »
X avait qualifié la perquisition de février de « acte abusif de théâtre judiciaire ». La plateforme fait désormais partie de l’entreprise d’intelligence artificielle xAI d’Elon Musk, récemment acquise par sa société de fusées SpaceX.
Un responsable de xAI a salué la décision du ministère américain de la Justice, exprimant sa gratitude pour le rejet de cette tentative de contraindre le PDG et plusieurs employés à des entretiens. Il a exprimé l’espoir que les autorités parisiennes « reviennent à la raison », reconnaissent l’absence d’infraction et mettent fin à une enquête jugée sans fondement.
Les enquêteurs français ont convoqué Elon Musk, l’ancienne directrice générale de X Linda Yaccarino ainsi que d’autres employés pour des auditions présentées comme volontaires. L’audition d’Elon Musk était initialement prévue le lundi suivant. Les procureurs français ont le pouvoir de délivrer un mandat d’arrêt en cas de non-présentation.
Le parquet de Paris a cependant assuré que la présence ou l’absence des personnes convoquées n’entraverait pas la progression de l’enquête. Des documents liés à l’affaire ont été transmis aux autorités judiciaires américaines, ainsi qu’aux procureurs généraux des États de Californie et de New York.
Une enquête élargie aux contenus sensibles
L’investigation française porte sur plusieurs aspects sensibles. Elle examine le rôle de X dans la diffusion d’images deepfakes, un éventuel biais de son algorithme de recommandation de contenus, la diffusion de pornographie infantile et la négation de l’Holocauste, qui constitue un délit en France.
L’enquête a débuté en janvier 2025 suite à des plaintes déposées par un parlementaire et un autre responsable. Ces derniers estimaient que l’algorithme de sélection de contenus de X, perçu comme favorable aux opinions d’Elon Musk, constituait une ingérence étrangère dans les affaires françaises.
En juillet, les procureurs ont demandé l’accès à l’algorithme pour vérifier un possible biais. L’enquête s’est élargie en novembre après des signalements de publications antisémites et de contenus niant l’Holocauste. En janvier, les investigations ont intégré la création et la diffusion de pornographie infantile ainsi que de deepfakes non consentis.
Tensions transatlantiques sur la régulation d’internet
Cette affaire illustre les tensions croissantes entre les deux rives de l’Atlantique concernant la modération des contenus en ligne. Les régulateurs européens renforcent l’application de nouvelles règles strictes en matière de contenus, tandis que l’administration Trump et d’autres responsables américains accusent les Européens de chercher à faire taire les voix dissidentes, non seulement sur leur territoire mais à l’échelle mondiale.
Les plateformes comme X, TikTok ou Instagram se retrouvent au cœur de ce débat sur la manière dont les géants technologiques doivent, ou ne doivent pas, contrôler les discours en ligne. La réponse du ministère américain de la Justice marque un refus net de voir les autorités françaises étendre leur vision réglementaire à une entreprise américaine protégée par les principes constitutionnels de liberté d’expression.
Source : wsj.com



























































