La publication massive des dossiers judiciaires liés à Jeffrey Epstein a focalisé l’attention mondiale sur le financier déchu et ses crimes. Pourtant, cette montagne de documents met en lumière un écosystème bien plus vaste, au sein duquel gravitent d’autres figures richissimes menant une existence étrangement similaire. Parmi elles, Richard Branson, le fondateur du groupe Virgin, apparaît au cœur d’un ensemble de faits troublants : une île privée ultrasécurisée située à quelques encablures de celle d’Epstein, des échanges directs compromettants et des réceptions organisées pour des réseaux d’influence particulièrement sombres.
Une enclave impénétrable à 34 milles de Little Saint James
À la tête d’un empire industriel allant des télécommunications au tourisme spatial, Richard Branson a fait de l’île Necker, située dans les îles Vierges britanniques, son quartier général caribéen. Cette propriété de 74 acres a été acquise en 1978 pour une bouchée de pain, environ 120 000 dollars, auprès d’un noble britannique ruiné. Aujourd’hui estimée à plus de 100 millions de dollars, l’île a été transformée en un complexe d’un luxe inouï.
Ce sanctuaire n’accueille qu’un nombre très restreint de résidents, environ 48 invités au maximum, encadrés par 130 employés soumis à de stricts accords de confidentialité et protégés par un service de sécurité privée. Avec des tarifs oscillant entre 6 000 et plus de 10 000 dollars la nuitée par chambre, ou un demi-million de dollars la semaine pour privatiser le domaine, Necker Island reste exclusivement réservée aux 0,1 % les plus fortunés de la planète. Plus encore que le faste, c’est l’isolement total qui en fait l’attrait : entourée par les flots, l’île échappe à tout regard extérieur.
La proximité géographique avec le repaire d’Epstein interpelle immédiatement. Necker Island ne se trouve qu’à 34 milles nautiques de Little Saint James, soit un trajet de douze minutes en hélicoptère. Cette proximité a facilité des contacts constants entre les deux hommes et leurs entourages respectifs.
Des incidents et des décès entourés de mystère
L’ambiance régnant sur cette île privée a fait l’objet de plusieurs révélations inquiétantes. Une choriste de la chanteuse Joss Stone a notamment dénoncé le comportement prédateur de Branson lors d’une fête sur place, rapportant des attouchements et des remarques insistantes, faits pour lesquels le milliardaire s’est borné à déclarer qu’il ne se souvenait de rien tout en présentant de vagues excuses.
Un événement bien plus grave et opaque a secoué Necker Island en décembre 2025. Sihle Ndlovu, un chef cuisinier sud-africain de renom embauché pour servir Branson et ses convives, a trouvé la mort dans des circonstances inexplicables. Après avoir quitté précipitamment une fête privée où très peu d’employés étaient admis, sa voiturette de golf aurait basculé d’une falaise, lui causant un traumatisme crânien fatal. Dans ce même incident, une seconde personne a été grièvement blessée sans qu’aucune précision ne soit apportée sur son identité ou son état.
Les choix logistiques entourant le drame soulèvent de lourdes interrogations : au lieu d’utiliser un hélicoptère d’évacuation d’urgence pour transporter un blessé cérébral en état critique, l’administration de l’île a opté pour un transfert par bateau vers l’hôpital Dr. D. Orlando Smith, une embarcation lente et soumise aux vagues qui a compromis toute chance de survie. Malgré les déclarations officielles affirmant l’absence de piste criminelle et l’absence supposée de Branson sur les lieux cette nuit-là, le silence imposé à l’équipe et aux proches du défunt renforce le malaise.
695 mentions dans les dossiers Epstein et des courriels accablants
Alors que Richard Branson affirmait publiquement n’avoir que très peu connu Jeffrey Epstein, les documents judiciaires racontent une réalité totalement opposée. Le nom du magnat britannique apparaît pas moins de 695 fois dans les archives déclassifiées.
Les échanges de courriels révèlent des visites réciproques assidues et une familiarité déconcertante :
- En avril 2013, Epstein et Branson planifient des déjeuners conjoints entre leurs îles, Epstein prévenant qu’il viendra accompagné de Boris Nikolic, alors conseiller de Bill Gates, ainsi que de deux jeunes femmes russes dépourvues de visas pour le Royaume-Uni, ce qui n’a suscité aucune objection de la part de son hôte.
- Branson a invité Epstein à des événements exclusifs sur son île, notamment la Necker Cup, un tournoi de tennis pour célébrités et personnalités influentes.
- Plusieurs rappels d’agendas et courriers de Lesley Groff, l’assistante et complice d’Epstein, organisent les liaisons maritimes et aériennes régulières entre les deux domaines insulaires.
Le message le plus compromettant date du 11 septembre 2013. Branson y écrit directement à Epstein :
« Cher Jeffrey, c’était vraiment super de te voir hier. Les gars des sports nautiques n’arrêtent pas d’en parler. Chaque fois que tu es dans le coin, j’adorerais te voir, à condition que tu amènes ton harem avec toi. »
Dans ce même message, Branson s’improvise conseiller en relations publiques pour le délinquant sexuel déjà condamné en Floride en 2008. Il suggère qu’Epstein pourrait redorer son blason si Bill Gates déclarait publiquement qu’il était un conseiller brillant, tout en minimisant ses actes criminels passés en les qualifiant de simple faux pas avec une « femme de 17 ans et demi » pour lequel il aurait payé sa dette, ajoutant qu’en tant qu’homme célibataire, son attirance pour les femmes n’avait rien de répréhensible. Cette tentative flagrante de banaliser l’exploitation de mineures démontre une complicité morale et une connaissance intime des agissements d’Epstein.
Outre ces liens personnels, Branson a également soutenu le projet TerraMar de Ghislaine Maxwell, une initiative présentée sous couvert d’écologie marine mais servant de façade à des réseaux d’influence internationaux.
L’accueil de la secte de trafic sexuel NXIVM
L’île Necker n’a pas seulement servi de refuge pour Epstein. Elle a également été le théâtre d’activités liées à la secte NXIVM, dirigée par le gourou Keith Raniere, condamné depuis à 120 ans de prison pour trafic sexuel, extorsion et travail forcé. Derrière un vernis de développement personnel et de marketing multiniveau, NXIVM maintenait un cercle interne d’esclaves sexuelles marquées au fer rouge.
Cette organisation s’est financée grâce aux héritières du groupe Seagram, Clare et Sara Bronfman, qui ont injecté des dizaines de millions de dollars dans les opérations de Raniere. À deux reprises, les sœurs Bronfman ont déboursé des centaines de milliers de dollars pour louer l’intégralité de Necker Island afin d’y organiser des séminaires intensifs de NXIVM et d’y introduire de nouveaux adeptes.
L’objectif visait notamment à recruter Richard Branson lui-même. Des photographies et des témoignages attestent que le milliardaire a participé aux festivités en compagnie des membres de la secte et a publiquement loué les concepts de Raniere, bien que ses services de communication aient plus tard exercé des pressions médiatiques pour faire croire à une banale transaction de location. Les ramifications de ces affaires croisent les mêmes cercles d’avocats et de mécènes, d’Alan Dershowitz aux structures d’influence gravitant autour de Leslie Wexner et du père des sœurs Bronfman.
Ces éléments concordants dressent un portrait sans fard des coulisses de Necker Island : loin de la carte postale philanthropique, l’île a fonctionné comme un point névralgique pour des réseaux d’élites impliqués dans les abus les plus sombres de notre époque.
Source : Coop

























































