Lorsque l’on se penche sur les mythes du monde entier, une tendance fascinante émerge : l’existence quasi universelle de récits relatant un grand déluge. Les traditions orales et les textes anciens semblent décrire non pas un, mais deux types de catastrophes diluviennes. La recherche moderne, mêlant géologie, climatologie et archéologie, commence aujourd’hui à mettre en lumière des données scientifiques troublantes qui pourraient bien donner raison à ces légendes ancestrales.
Le mythe universel du Déluge et les sept sages
Dans la première grande tradition narrative, le mythe évoque un monde plongé dans l’obscurité, marquant la fin d’une ère. Un cataclysme survient, suivi d’une inondation massive. Un individu parvient à échapper à ce désastre, souvent accompagné de sept sages. Après la décrue, une nouvelle période commence, souvent décrite comme un âge d’or, où la civilisation est rebâtie.
La seconde tradition, plus familière en Occident, s’apparente au récit de Noé. Dans cette version, le déluge est provoqué par une volonté divine d’effacer la méchanceté de la surface de la Terre. Noé survit pour perpétuer l’humanité, mais il n’est fait aucune mention des sept sages.
Pourtant, la figure de ces experts fondateurs est omniprésente ailleurs. En Amérique du Sud, par exemple, la tradition parle de Viracocha, un dieu bâtisseur qui apparaît mystérieusement après qu’une inondation mondiale a tout dévasté. Il se présente dans des lieux spécifiques, toujours accompagné d’un groupe de sept spécialistes, des experts dans leurs domaines respectifs. Partout où la civilisation semble renaître après le déluge, on retrouve ce schéma : un leader charismatique guidant sept artisans ou maîtres du savoir.
Une vision cyclique de l’histoire humaine
Ces mythes partagent un thème central : la civilisation ne serait pas linéaire, mais cyclique. Les anciens textes suggèrent que des civilisations antérieures ont existé, prospérant pendant des cycles d’environ 5 000 ans avant qu’un événement majeur ne vienne y mettre un terme, laissant place à un nouveau commencement.
Le calendrier maya illustre parfaitement cette conception. Il divise la précession des équinoxes (un cycle d’environ 26 000 ans) en cinq périodes de 5 125 ans. À chaque début de cycle, un bouleversement majeur frappe la civilisation. Les historiens et les scientifiques se posent aujourd’hui une question légitime : un phénomène cosmologique, climatique ou géologique régulier pourrait-il dicter ces cycles ?
Si l’on considère l’année 2012 comme la fin de l’un de ces cycles de 5 125 ans et que l’on remonte le temps, on atterrit il y a environ 5 500 ans. De manière intrigante, c’est exactement la période que l’histoire classique désigne comme le berceau de la civilisation humaine. Cependant, de nouvelles découvertes archéologiques révèlent aujourd’hui les vestiges de civilisations bien plus anciennes, repoussant cette chronologie de plusieurs millénaires.
Traces de destruction : quand la pierre fond
Les récits anciens, qu’il s’agisse de Platon décrivant l’Atlantide ou des inscriptions du temple égyptien de Saïs, affirment que les mondes passés n’ont pas été détruits uniquement par l’eau. Ils parlent d’une combinaison d’inondations catastrophiques et d’événements liés à une chaleur extrême et au feu.
Les preuves physiques de ces cataclysmes pré-diluviens pourraient se trouver sous nos yeux, sur les anciennes structures mégalithiques d’Égypte, du Pérou ou de Turquie. Les chercheurs y observent un phénomène appelé vitrification. Sur certains blocs de granit, le quartz a littéralement fondu. Pour obtenir un tel résultat sur la pierre, la surface a dû être exposée à des températures dépassant les 2 000 degrés.
Les carottes de glace révèlent les secrets du climat
Pour comprendre ce qui a pu se passer, les scientifiques se tournent vers les glaces éternelles. Depuis la fin du XXe siècle, de vastes projets de forage ont été menés pour extraire des carottes de glace des régions polaires :
- Groenland (1989-1995) : Données climatiques couvrant les 100 000 dernières années.
- Station Vostok, Antarctique (1998) : Données remontant à environ 420 000 ans.
- Allan Hills, Antarctique (2017) : Glace datant de près de 2,7 millions d’années.
Ces archives climatiques confirment la nature cyclique du climat terrestre. Les géologues divisent notre passé récent en deux époques principales. Le Pléistocène, qui a débuté il y a 2,8 millions d’années, était caractérisé par d’immenses calottes glaciaires recouvrant l’Amérique du Nord et le nord de l’Europe. Cette époque s’est achevée il y a environ 11 500 ans pour laisser place à l’Holocène, notre époque actuelle.
L’énigme du Dryas récent et l’hypothèse cométaire
Le passage d’une époque à l’autre ne s’est pas fait en douceur. Il existe une période de transition mystérieuse, située entre 12 800 et 11 600 ans avant notre ère, connue sous le nom de Dryas récent (nommé d’après une fleur alpine qui ne pousse que dans le froid et dont on a retrouvé le pollen dans des sédiments inattendus).
À la fin du Pléistocène, les températures avaient commencé à se réchauffer, faisant fondre les glaces. Puis, de manière brutale et inexpliquée, le réchauffement s’est arrêté. Les températures ont chuté d’environ 5 °C dans tout l’hémisphère nord, plongeant la Terre dans un refroidissement sévère qui a duré près de 1 200 ans.
Parmi les théories expliquant ce dérèglement soudain, l’hypothèse de la comète de Clovis gagne du terrain. Elle suggère que les fragments d’une grosse comète ont percuté notre planète. Les preuves s’accumulent : la découverte d’un grand cratère d’impact au Groenland datant de cette époque, et la présence d’anomalies de platine (un minéral rare sur Terre mais commun dans les comètes) réparties sur plusieurs continents, de l’Europe du Nord jusqu’à l’Afrique du Sud. La fragmentation de l’objet céleste expliquerait pourquoi les impacts ont été multiples et mondiaux plutôt que localisés.
D’autres théories, faisant écho aux textes cunéiformes babyloniens comme l’Enuma Elish, évoquent la destruction d’une ancienne planète aquatique nommée Tiamat (ou Phaéton), dont les débris formeraient l’actuelle ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter, et dont certains fragments auraient pu frapper la Terre.
La montée des eaux et l’engloutissement du monde antique
L’impact cométaire et la chaleur inouïe générée lors de l’entrée dans l’atmosphère auraient provoqué une fonte extrêmement rapide des calottes glaciaires nord-américaines et européennes. Des quantités phénoménales d’eau douce et glaciale se sont déversées dans l’océan Atlantique Nord.
Cet afflux massif a perturbé ce que l’on appelle le tapis roulant océanique, ou la circulation thermohaline, un système vital qui distribue la chaleur à travers le globe. Ce dérèglement climatique majeur a entraîné une élévation spectaculaire du niveau des océans. Les données géologiques indiquent que le niveau de la mer est monté d’environ 120 mètres (400 pieds).
Face à un tel déluge provoqué par la fonte des glaces et des pluies diluviennes, d’anciennes cités côtières et des structures mégalithiques ont été irrémédiablement englouties. Aujourd’hui, les anomalies géologiques et les ruines sous-marines nous invitent à reconsidérer sérieusement ce que les mythes tentent de nous transmettre depuis des millénaires : notre civilisation n’est peut-être pas la première à avoir bâti un monde complexe, ni la première à l’avoir vu disparaître sous les flots.
Source : Gaia






























































