Trente ans après les faits, les fantômes du siège de Sarajevo refont surface en Europe. Récemment, le parquet de Milan a ouvert une enquête stupéfiante sur des allégations de « safaris humains » survenus dans les années 90 en ex-Yougoslavie. De riches ressortissants européens sont aujourd’hui soupçonnés d’avoir payé pour tirer sur des civils bosniaques depuis les collines surplombant la ville.
Des safaris macabres pour de riches amateurs d’armes
Les investigations menées par la justice italienne font suite à la plainte d’un journaliste transalpin qui traque ces hommes depuis de nombreuses années. Selon ses découvertes, des individus fortunés — parmi lesquels des notaires, des avocats et d’autres personnes disposant de revenus très confortables — auraient profité du chaos du conflit pour assouvir leur passion morbide pour les armes.
Le principe de ce tourisme d’un genre effroyable était simple : ces riches étrangers payaient pour avoir le droit de se poster sur les hauteurs environnantes et de faire feu, en toute impunité, sur la population civile de Sarajevo. Ces exactions auraient été largement facilitées par les forces serbes présentes sur place.
Un réseau international de « touristes de guerre »
D’après les éléments apportés par le journaliste à l’origine de la plainte, une centaine d’hommes auraient participé à ces actes barbares. Ces tireurs d’élite improvisés ne venaient pas seulement d’Italie, mais également de divers pays occidentaux, dont la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis.
Actuellement, la justice italienne concentre ses efforts sur trois ressortissants originaires de Turin, Milan et Trieste. Leurs parcours macabres auraient suivi une logistique bien rodée : ils prenaient l’avion en direction de Belgrade, en Serbie, avant d’être pris en charge et escortés par les milices serbes jusqu’aux collines encerclant la capitale bosniaque.
Des témoignages accablants
Ces accusations terrifiantes avaient déjà été mises en lumière dans un documentaire diffusé en 2022, recueillant les confidences d’anciens membres des services de renseignement bosniaques et slovènes. L’un d’eux racontait notamment avoir assisté à sept tirs distincts, décrivant sa stupeur face à ces individus allongés, l’arme au poing, prêts à abattre des innocents. Il évoquait alors un « nouveau genre de sniper encore plus morbide qui payait pour tuer ».
Un autre journaliste, ayant lui-même couvert le conflit sur le terrain à l’époque, confirme avoir observé ce phénomène de civils s’improvisant francs-tireurs. Toutefois, il précise qu’à ce moment-là, il pensait que l’intégralité de ces tireurs étaient des civils serbes locaux, ignorant l’implication d’étrangers fortunés venus s’offrir des cibles humaines.
La réouverture d’une plaie historique
Cette nouvelle procédure judiciaire vient raviver les traumatismes laissés par le siège de Sarajevo. Cet encerclement, tristement célèbre pour être le plus long de l’histoire moderne, a coûté la vie à plus de 11 000 civils au cœur même de l’Europe. En jetant une lumière crue sur ces « touristes » venus tuer par divertissement, l’enquête milanaise espère enfin apporter des réponses, voire une forme de justice, aux victimes de ces atrocités.




























































