L’année 1972 a été le théâtre d’un événement qui défie toutes les lois de la physique, de la biologie et du bon sens. Au cœur de cette histoire se trouve une femme qui n’aurait jamais dû se trouver à bord de ce vol. L’hôtesse de l’air Vesna Vulović n’était présente sur le vol JAT 367 que parce que la compagnie aérienne l’avait confondue avec une autre employée portant le même prénom. Même après avoir remarqué l’erreur sur le registre, elle a insisté pour effectuer le vol. L’avion se rendait à Belgrade avec des escales à Copenhague et Zagreb, et la jeune femme était particulièrement enthousiaste à l’idée de visiter le Danemark pour la première fois.
En acceptant cette mission, elle ignorait qu’elle allait accomplir deux miracles. Premièrement, elle a sauvé par inadvertance la vie de son homonyme. Deuxièmement, elle est devenue la première personne à survivre à une chute de plus de 10 000 mètres sans parachute. Aujourd’hui encore, elle détient le record du monde Guinness de la plus haute chute à laquelle un être humain ait survécu sans équipement. Mais comment un tel exploit est-il possible ?
Un vol de routine qui vire au cauchemar
Née à Belgrade en 1950, Vesna Vulović était une grande fan des Beatles. Son amour pour le groupe britannique l’a poussée à devenir hôtesse de l’air à l’âge de 21 ans pour la compagnie nationale yougoslave, JAT Airlines, dans l’espoir de voyager fréquemment à Londres. Un an seulement après ses débuts, elle se retrouve sur ce fameux vol à bord d’un McDonnell Douglas DC-9.
Parti de Stockholm, l’avion atteint Copenhague sans encombre. Cependant, lors du débarquement au Danemark, un détail attire l’attention de l’équipage et des passagers : un homme au comportement erratique, particulièrement pressé et irrité de quitter l’appareil. Ce n’est qu’une fois l’avion reparti en direction de Zagreb que la raison de sa précipitation est devenue évidente. Il avait enregistré une valise piégée dans la soute de l’appareil depuis Stockholm.
Quarante-cinq minutes après le décollage de Copenhague, une explosion d’une violence inouïe déchire la soute à bagages. Le DC-9 se brise en deux au-dessus de la frontière montagneuse de la Tchécoslovaquie, près du village de Srpská Kamenice. À plus de 10 000 mètres d’altitude, la dépressurisation aspire 19 passagers hors de la carlingue. Les autres périssent des suites du déchirement de l’avion ou de l’impact final avec le sol. Sur les 28 personnes à bord, 27 perdent la vie. Contre toute attente, Vesna Vulović est l’unique survivante.
Quatre facteurs pour un miracle
Pour comprendre l’ampleur de ce miracle, il faut rappeler qu’une chute de quatre étages (environ 12 mètres) est souvent fatale, et qu’une chute de huit étages présente un taux de mortalité de 100 %. Au-delà de 450 mètres, un corps humain en chute libre atteint sa vitesse terminale, soit environ 190 km/h. Vesna Vulović est tombée de 10 160 mètres. Sa survie repose sur un alignement parfait de quatre facteurs cruciaux.
- Le chariot de nourriture : Au moment de l’explosion, un chariot de service a violemment heurté la jeune femme, la repoussant au fond du fuselage et la bloquant fermement. Contrairement aux autres passagers, elle n’a pas été aspirée dans le vide et est restée confinée dans la carcasse de l’avion.
- Une tension artérielle anormalement basse : Vesna souffrait d’hypotension chronique. Ce problème médical aurait dû l’empêcher de devenir hôtesse de l’air, mais elle avait avoué avoir bu une quantité excessive de café pour fausser son examen médical. Lors de l’explosion, cette faible tension a provoqué un évanouissement immédiat. Son corps inconscient et complètement relâché a protégé ses organes vitaux, et son cœur n’a pas explosé sous l’effet du choc à l’atterrissage.
- Le terrain d’atterrissage : Le morceau de fuselage dans lequel elle était coincée s’est écrasé sur le versant abrupt d’une montagne recouverte d’une forêt dense et d’une épaisse couche de neige poudreuse. En glissant le long de la pente, les branches et la neige ont progressivement dissipé et amorti la violence de l’impact.
- L’ange gardien de la forêt : Malgré cet amorti, le corps de la jeune femme de 22 ans était brisé. Ses jambes, son bassin et ses côtes étaient fracturés, tout comme son crâne. Sans soins immédiats, elle aurait succombé. Par un hasard inouï, le premier villageois à découvrir l’épave fut Bruno Honke, un ancien médecin de terrain de la Seconde Guerre mondiale. Habitué aux traumatismes lourds, il a immédiatement dégagé ses voies respiratoires et stoppé les hémorragies, la maintenant en vie jusqu’à l’arrivée des secours.
Terrorisme ou complot militaire ?
Après le crash, Vesna Vulović a passé 27 jours dans le coma. Pendant ce temps, les gouvernements yougoslave et tchécoslovaque ont officiellement pointé du doigt les Ustaše, un groupe d’extrémistes nationalistes croates responsable de plusieurs attentats à l’époque. Cependant, aucune preuve tangible n’a jamais permis de relier formellement ce groupe à la destruction du vol JAT 367.
Ce vide de preuves a laissé place à une théorie controversée, mise en lumière en 2009 par des journalistes d’investigation basés à Prague. Selon eux, l’avion n’aurait pas été victime d’une bombe, mais d’une erreur militaire. Le DC-9 aurait rencontré des problèmes techniques, le forçant à descendre d’urgence à une altitude de 800 mètres, pénétrant ainsi dans un espace aérien militaire tchécoslovaque hautement sensible.
Ce jour-là, le dirigeant soviétique Léonid Brejnev volait dans le même secteur. Les forces aériennes tchécoslovaques, en état d’alerte maximale, auraient pris le vol commercial pour un appareil ennemi et l’auraient abattu par erreur avec un avion de chasse MiG. Plusieurs témoins locaux ont affirmé avoir vu l’avion voler sous les nuages, suivi par le bruit de moteurs à réaction. Si cette théorie explique comment Vesna a pu survivre — une chute de 800 mètres étant légèrement plus réaliste à survivre qu’une chute de 10 000 mètres —, elle a été fermement rejetée par les experts militaires tchèques. Ces derniers ont souligné qu’une telle opération aurait impliqué au moins 150 personnes, rendant un secret d’État impossible à maintenir.
Le Guinness des records a pris cette enquête au sérieux, admettant avoir peut-être été trompé, mais n’a jamais retiré son titre à Vesna Vulović faute de preuves irréfutables. Ironie du sort, c’est son idole, Paul McCartney, qui lui avait remis son certificat et sa médaille dans les années 80.
Une vie loin des projecteurs
Pour Vesna Vulović, les circonstances exactes du crash importaient peu. À son réveil, elle souffrait d’une amnésie totale de l’événement et s’est même évanouie lorsque les médecins lui ont montré les gros titres des journaux. Après neuf mois d’hospitalisation, elle a réappris à marcher, gardant une légère boiterie pour le reste de sa vie.
Faisant preuve d’un courage hors du commun, elle a demandé à la compagnie JAT de reprendre son poste d’hôtesse de l’air. La compagnie, craignant une publicité négative, a refusé et l’a reléguée à un travail de bureau. Elle a fini par être licenciée en 1990 après avoir participé à des manifestations antigouvernementales. Elle a passé les dernières décennies de sa vie dans un petit appartement de Belgrade, vivant avec une maigre pension.
Vesna est décédée en décembre 2016, à l’âge de 66 ans, d’une insuffisance cardiaque. Elle n’a jamais cherché la célébrité que ce drame lui a imposée, refusant les invitations de la BBC ou d’Oprah Winfrey. À la fin de sa vie, elle s’était isolée, allant jusqu’à se couper les cheveux elle-même pour éviter de sortir et d’attirer l’attention. Tout ce qu’elle désirait, c’était voyager et découvrir le monde. Bien que ce rêve ait été brutalement interrompu, elle laisse derrière elle l’un des récits de survie les plus fascinants et improbables de l’histoire humaine.
Source : Thoughty2






























































