La mécanique de la faillite budgétaire française est désormais enclenchée et inarrêtable. Dans son ouvrage L’Étrange Faillite : comment ruiner un pays en prétendant le sauver, publié aux éditions Idées en liberté en clin d’œil à L’Étrange Défaite de Marc Bloch, Charles Gave dresse le constat implacable d’un effondrement annoncé depuis plus d’une décennie. Dès lors que l’endettement d’un pays atteint ou dépasse 100 % du PIB et que les taux d’intérêt deviennent supérieurs au taux de croissance, le mur devient inévitable.
L’équation est purement mathématique : emprunter à 5 % tout en ne produisant que 2 % de croissance génère une perte annuelle sèche de 3 %. Comme la moitié de la dette française est détenue par des créanciers étrangers — investisseurs chinois et japonais, fonds de pension américains et néerlandais ou encore capitaux qataris —, cette richesse quitte directement le territoire. En conséquence, le niveau de vie des Français est condamné à baisser de 1 à 3 % par an à perte de vue. Les débats actuels sur les coupes budgétaires ou les hausses d’impôts sont totalement vains : le problème n’est plus budgétaire, c’est une question de souveraineté nationale.
Le piège de la « cavalerie » budgétaire et le mur de la dette
Les chiffres témoignent d’un emballement critique. Le taux d’emprunt de la France à 10 ans frôle désormais les 5 %, atteignant 4,93 % selon l’Agence France Trésor, tandis que le taux moyen des emprunts levés à moyen et long terme est passé de 3,14 % en 2025 à 3,64 % fin octobre. La charge annuelle de la dette, estimée à 62,6 milliards d’euros cette année, bondit à 72,9 milliards dans le projet de budget pour 2027, et pourrait même atteindre 80 milliards.
Contrairement à l’Italie qui dégage un excédent budgétaire primaire avant paiement des intérêts, la France accuse un déficit primaire de 2 à 3 % du PIB. Les recettes fiscales couvrent à peine 60 % des dépenses de l’État. Le pays emprunte donc aujourd’hui uniquement pour payer les intérêts de sa dette passée : une pratique qui s’appelle de la cavalerie. Les obligations françaises s’apparentent désormais aux titres pourris de la crise des subprimes de 2008.
Sur un stock total de 3500 à 3600 milliards d’euros de dette, l’État doit lever 340 milliards d’euros l’an prochain pour financer son déficit et renouveler les emprunts arrivant à échéance. Or, si les créanciers internationaux refusent de rouler cette dette et exigent leur remboursement — à l’image du grand groupe japonais Mitsui qui a réclamé 60 milliards d’euros d’un seul coup à l’automne —, la France ne pourra plus faire face. Faire défaut directement est impossible, car la dette publique constitue l’actif principal des banques et des compagnies d’assurance françaises, qui perdraient instantanément tous leurs fonds propres et devraient être nationalisées.
Deux seules voies s’offrent alors au pays :
- La dévaluation interne : appliquer le scénario grec en réduisant les salaires et les dépenses, au prix d’un effondrement de 25 % du PIB et d’une explosion sociale et budgétaire.
- La dévaluation externe par la sortie de l’euro : invoquer la lex monetae, la plus ancienne clause du droit international qui permet à un État souverain de définir sa monnaie, pour libeller la dette en francs. Une dépréciation du franc de 30 à 40 % imposerait la perte aux créanciers étrangers et relancerait la compétitivité, faisant repasser le taux de croissance au-dessus des taux d’intérêt, comme l’avait réussi le général de Gaulle en 1958.
L’euro, une aubaine pour la haute fonction publique qui a ruiné les entrepreneurs
Pourquoi l’économie française a-t-elle été ainsi asphyxiée ? La France compte 70 % de fonctionnaires de plus pour 10 000 habitants que l’Allemagne, et 70 % du déficit des retraites provient de la fonction publique, faute d’avoir instauré un système par capitalisation comme l’a fait la Suède dès 1992. Or, seul le secteur privé crée la richesse qui finance l’État : l’embauche d’un fonctionnaire détruit en moyenne trois emplois privés.
Avant la monnaie unique, la France compensait ce surcoût administratif en dévaluant régulièrement le franc face au mark. L’adoption de l’euro — qui n’est qu’un Deutsche Mark déguisé sous une peau de mouton — a instauré un taux de change fixe entre des économies aux productivités divergentes. Bloquer un prix par décision politique est une aberration anti-libérale qui a profité à une caste bien précise : toute la haute fonction publique, de la direction du Trésor à la Banque de France et à la Banque centrale européenne. Payés en « Deutsche Mark » sans avoir la productivité correspondante, ces hauts fonctionnaires ont vu leur niveau de vie croître prodigieusement.
Dans ce jeu à somme nulle, l’entrepreneur a servi de variable d’ajustement. Depuis près de quarante ans, la France gouverne contre ses créateurs de richesse, considérant par idéologie marxiste que tout bénéfice est volé aux salariés. Résultat : la marge brute d’autofinancement des entreprises françaises s’écroule structurellement et la rentabilité d’une société industrielle dans l’Hexagone est moitié moindre qu’en Allemagne ou en Suisse.
Les industriels ne délocalisent pas par appât du gain, mais pour survivre. Dans l’indice boursier MSCI regroupant les valeurs industrielles européennes, les entreprises françaises pèsent 28 % contre 21 % pour les allemandes, mais elles n’ont quasiment plus aucune usine sur le sol national. Fuyant l’oppression fiscale et réglementaire, les entrepreneurs s’exilent en masse à Londres, en Floride, en Californie ou à New York ; à Hong Kong, où Charles Gave a vécu dix ans, la communauté française est passée de 5000 à 20 000 personnes, composées exclusivement d’entrepreneurs.
Millefeuille administratif, crise démographique et impunité des élites
Cette impasse financière s’ajoute à un bouleversement civilisationnel profond : effondrement démographique lié au fait que la moitié des femmes choisissent désormais de ne plus avoir d’enfants, féminisation à 90 % de l’Éducation nationale privant les jeunes garçons de cadre d’autorité masculine, flux migratoires massifs et démantèlement des États-nations par des dirigeants européens comme Jacques Delors et François Mitterrand, qui ont substitué le risque de guerre civile à celui des conflits entre pays.
Sur le plan intérieur, la bureaucratie paralyse toute initiative au profit du contrôle. Alors que l’Allemagne compte 11 000 communes dans un cadre décentralisé, la France en maintient 36 000 tout en dépossédant les maires de leurs prérogatives au profit d’intercommunalités dépensières, obligeant les citoyens à solliciter trois administrations distinctes pour une même démarche. Comme a pu l’observer Charles Gave lorsqu’il siégeait au conseil d’administration du réassureur Scor, le ministère des Finances va jusqu’à dicter aux grands patrons les opérations qu’ils ont le droit de mener ou non.
Aux États-Unis, la société valorise la prise de risque et accepte l’échec entrepreneurial comme un apprentissage indispensable, à l’image du parcours de Steve Jobs. En France, l’entrepreneur qui échoue est immédiatement fiché à la Banque de France et banni de la vie économique, tandis que les hauts responsables politiques et administratifs qui ont conduit le pays au désastre ne sont jamais sanctionnés et continuent d’être promus. Face à une telle faillite, l’histoire n’offre que trois issues à une nation : changer ses élites comme en 1958, changer de régime politique comme en 1789, ou disparaître.
Source : Sud Radio




























































