Une nouvelle audition publique consacrée aux phénomènes anomaux non identifiés (UAP, anciennement appelés OVNIs) s’est tenue devant le Congrès des États-Unis. Présidée par la représentante Anna Paulina Luna, cette session a réuni d’anciens militaires, un journaliste d’investigation chevronné et un spécialiste de la protection des lanceurs d’alerte. Tous sont venus livrer, sous serment, des témoignages qui ébranlent le récit officiel maintenu depuis des décennies par le gouvernement américain.
Au-delà du caractère spectaculaire des observations rapportées, cette audition met en lumière une problématique de fond : le manque de transparence des agences fédérales, l’absence de protections suffisantes pour les témoins militaires, et le rôle prépondérant de contractants privés dans la dissimulation présumée d’informations sensibles.
Une audition au ton bipartisan
Fait notable dans un Congrès profondément divisé, l’audition s’est déroulée dans un climat de coopération entre républicains et démocrates. La présidente Luna comme la membre de rang Jasmine Crockett ont insisté sur la dimension non partisane du sujet. « Le courage est contagieux », a souligné Crockett, rappelant que la transparence gouvernementale est une question constitutionnelle qui dépasse les clivages politiques.
Le représentant Andy Biggs a abondé dans ce sens : « Cela ne concerne pas seulement les UAP. Il s’agit de l’intégrité du gouvernement, de l’utilisation responsable des fonds des contribuables et du devoir constitutionnel du Congrès de superviser le pouvoir exécutif. »
Jeffrey Nucatelli : cinq incidents à la base de Vandenberg
Ancien policier militaire ayant servi seize ans dans l’US Air Force, Jeffrey Nucatelli a décrit cinq incidents survenus entre 2003 et 2005 à la base de Vandenberg, en Californie, alors épicentre du programme national de défense antimissile. À cette époque, l’Office national de reconnaissance qualifiait les lancements en cours de « plus importants depuis 25 ans ».
Le 14 octobre 2003, des sous-traitants de Boeing ont signalé un immense carré rouge lumineux survolant silencieusement deux sites de défense antimissile. Cet épisode, désormais connu sous le nom de « Vandenberg Red Square », a été suivi la même nuit par une autre observation : un objet triangulaire massif, plus grand qu’un terrain de football, est resté en vol stationnaire pendant environ 45 secondes au-dessus d’un point de contrôle, avant de disparaître à une vitesse jugée impossible.
Une semaine plus tard, un autre engin lumineux est descendu jusqu’à se poser ou rester en vol stationnaire au-dessus d’une piste, avant de repartir tout aussi rapidement. Les témoins, selon Nucatelli, ont été « menacés et intimidés » et sommés de garder le silence. En 2005, alors qu’il se trouvait dans son jardin avec deux autres policiers, Nucatelli a lui-même observé une sphère lumineuse de neuf mètres de diamètre stationner à environ 60 mètres au-dessus de sa maison avant de filer vers les étoiles.
Selon le témoin, les enregistrements officiels de l’Air Force concernant ces événements ont été détruits selon un calendrier de trois ans, ce qui a été confirmé par une réponse à une demande FOIA (Freedom of Information Act).
Le chef Alexander Wiggins : une rencontre en mer en 2023
Premier maître principal en service actif dans l’US Navy, Alexander Wiggins est venu témoigner « à titre personnel » d’un événement survenu le 15 février 2023 à environ 19h15, au large de la Californie du Sud, alors qu’il servait à bord de l’USS Jackson.
Selon son récit, un objet auto-lumineux en forme de Tic Tac a émergé de l’océan avant de rejoindre trois autres objets similaires. Les quatre engins ont ensuite disparu simultanément, après une accélération synchronisée quasi instantanée. Aucun bang supersonique, aucune trace de propulsion conventionnelle, aucun panache d’échappement n’ont été détectés. Les pistes radar ont disparu peu après.
« Ce que j’ai observé et ce que notre équipage a enregistré n’était pas compatible avec des aéronefs ou des drones conventionnels », a déclaré Wiggins. L’objet a été repéré à environ sept ou huit milles nautiques du navire. La séquence vidéo, captée par le système Sapphire et déjà rendue publique par des journalistes, a été projetée pendant l’audition.
George Knapp : 38 ans d’enquête et des documents soviétiques
Journaliste d’investigation à KLAS-TV à Las Vegas et figure incontournable du sujet depuis 1987, George Knapp a livré un témoignage particulièrement riche. Il a évoqué le programme AAWSAP (Advanced Aerospace Weapons Systems Application Program) de la DIA, présenté comme « le plus important programme officiel jamais financé par le gouvernement américain » sur les UAP. Selon lui, 95 % des documents produits par ce programme n’ont jamais été rendus publics.
Knapp a confirmé que l’entrepreneur Robert Bigelow et un collègue de l’AAWSAP avaient négocié avec des cadres supérieurs de Lockheed Martin pour récupérer un matériau inhabituel stocké en Californie. « Ce matériau n’a pas été fabriqué ici », a-t-il affirmé.
L’élément le plus marquant de son intervention concerne les fichiers russes qu’il a sortis clandestinement de l’ex-URSS au début des années 1990. Ces documents, transmis à la commission, décrivent un vaste programme soviétique de collecte et d’analyse, dont une branche appelée « Thread 3 », destinée à étudier la technologie des UAP pour développer des engins similaires.
Knapp a notamment relaté un incident d’octobre 1982 au-dessus d’une base de missiles ICBM russes : pendant quatre heures, des UAP ont effectué des manœuvres impossibles, se séparant et fusionnant à volonté. À la fin de l’épisode, les codes de lancement des missiles intercontinentaux se seraient activés spontanément, sans que les officiers russes parviennent à arrêter le processus, jusqu’à ce que les UAP repartent. « Nous étions à quelques secondes du déclenchement de la Troisième Guerre mondiale », a-t-il commenté.
Selon Knapp, le colonel Boris Sokolov, qui dirigeait le programme russe, lui a également confié que sur 40 incidents où des avions de chasse soviétiques avaient été envoyés intercepter des UAP, trois pilotes ayant ouvert le feu ont vu leurs appareils tomber en panne et s’écraser. Deux sont morts. Moscou aurait alors changé sa doctrine : ne plus tirer sur ces objets.
Dylan Borland : représailles dans la communauté du renseignement
Ancien spécialiste 1N1 du renseignement géospatial dans l’US Air Force, puis analyste senior chez BAE Systems et Intrepid Solutions, Dylan Borland a livré un témoignage particulièrement personnel. À l’été 2012, alors qu’il était stationné à la base de Langley en Virginie, il affirme avoir observé un triangle équilatéral d’environ 30 mètres de côté, prenant son envol près du hangar de la NASA.
L’engin, selon lui, a immobilisé son téléphone, n’émettait aucun son et présentait une surface dont la matière semblait « fluide ou dynamique ». Quatre lumières – une à chaque coin et une plus grande au centre – étaient visibles. La structure était recouverte d’une sorte de « plasma de lave doré » s’écoulant autour d’elle. L’objet est resté en vol stationnaire à 30 mètres au-dessus de lui pendant deux à trois minutes avant de monter en quelques secondes à l’altitude des avions de ligne, sans bruit ni perturbation cinétique.
Devenu lanceur d’alerte fédéral en mars 2023, Borland a témoigné à la fois auprès d’AARO (All-domain Anomaly Resolution Office) et de l’Inspecteur général de la communauté du renseignement (ICIG). Depuis, il dit subir une série de représailles : malpractice médical des services aux anciens combattants, déni de son travail dans l’Air Force, falsification de documents d’emploi, harcèlement, et surtout manipulation de son habilitation de sécurité, l’empêchant désormais d’être employé dans la communauté du renseignement.
« Aujourd’hui, je n’ai aucune perspective d’emploi, aucun avenir professionnel envisageable dans la nation que je suis venu défendre », a-t-il déclaré, ajoutant être contraint de vivre des allocations chômage.
Une vidéo troublante au large du Yémen
Le représentant Eric Burlison a présenté une séquence vidéo datée du 30 octobre 2024, montrant un drone MQ-9 traquant un objet sphérique au large du Yémen. Sur les images, un missile Hellfire tiré par un autre drone semble traverser l’objet sans l’endommager, avant que celui-ci ne poursuive sa route.
Interrogé sur cette séquence, George Knapp a confirmé en avoir entendu parler et a souligné l’existence de banques entières de vidéos similaires auxquelles ni le Congrès ni le public n’ont accès. Aucun des militaires présents – Nucatelli, Wiggins, Borland – n’a identifié de technologie connue, américaine ou étrangère, capable d’un tel comportement.
AARO et l’érosion de la confiance
L’office AARO, créé par le Congrès pour traiter les signalements de UAP, a été particulièrement critiqué pendant l’audition. Selon Knapp, plusieurs témoins crédibles – dont l’ancien lieutenant Bob Jacobs et l’officier Bob Salas, témoin de désactivations de silos nucléaires – ont été « complètement écartés » par AARO. Knapp est allé jusqu’à comparer l’office à « une opération de contre-renseignement destinée à recueillir les témoignages pour mieux les discréditer ».
Borland a confirmé que sa propre expérience avec AARO l’avait conduit à dissimuler ses sources et méthodes par crainte que ses collègues ne subissent des représailles supplémentaires. L’ancien sous-secrétaire adjoint à la Défense pour le renseignement, Chris Mellon, est cité dans la déclaration liminaire de Luna : il aurait qualifié un rapport d’AARO de « rapport gouvernemental le plus erroné et insatisfaisant qu’il ait lu en plusieurs décennies de service ».
Joe Spielberger : protéger les lanceurs d’alerte
Conseiller politique senior au Project on Government Oversight (POGO), Joe Spielberger a rappelé le rôle historique des lanceurs d’alerte aux États-Unis : des Pentagon Papers au Watergate, en passant par les programmes de torture et le scandale de 2014 sur les listes d’attente de l’Administration des anciens combattants (VA).
Il a alerté sur les risques actuels : licenciements massifs d’inspecteurs généraux, affaiblissement du Conseil de protection des systèmes de mérite (MSPB) et du Bureau du conseil spécial. « Lorsqu’on érode ces entités censées faire respecter les protections des lanceurs d’alerte, on remet en cause l’intégrité même de leurs enquêtes », a-t-il souligné.
Le représentant Tim Burchett a profité de l’audition pour rappeler son projet de loi, le UAP Whistleblower Protection Act, destiné à protéger les agents fédéraux qui divulguent l’utilisation de fonds publics dans des programmes liés aux UAP. Burlison a, de son côté, plaidé pour l’adoption du UAP Disclosure Act, soutenu côté Sénat par Chuck Schumer.
Des programmes hors du contrôle du Congrès
Plusieurs témoins ont décrit un système où les informations les plus sensibles auraient été transférées à des contractants privés – Lockheed Martin étant nommément cité par Knapp – afin d’échapper aux demandes FOIA et au contrôle parlementaire. La représentante Nancy Mace a évoqué le caractère cloisonné de ces « programmes à accès spécial » (SAP), dont les budgets sont classifiés et dont seuls quelques élus des commissions des forces armées et des appropriations peuvent prendre connaissance.
Selon le journaliste Richard D’Amato, ancien enquêteur du Congrès cité par Knapp, lorsque la vérité sortira, « des gens iront en prison » pour avoir détourné des fonds légitimement attribués à la sécurité nationale, à hauteur de « dizaines de milliards de dollars ».
34 hauts responsables ont brisé le silence
Dans sa déclaration liminaire, la présidente Luna a rappelé que 34 hauts responsables militaires, gouvernementaux et du renseignement ont publiquement témoigné sur ces sujets. Parmi eux figurent l’actuel secrétaire d’État Marco Rubio, les sénateurs Mike Rounds et Kirsten Gillibrand, l’ancien directeur du renseignement national James Clapper, ainsi que d’anciens responsables de la sécurité aérienne du Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche.
Citant Gillibrand : « Il n’est pas acceptable d’avoir des parties secrètes de ce gouvernement que personne ne voit jamais. » Et Rubio, dans le documentaire à venir The Age of Disclosure : « Même les présidents fonctionnent désormais sur la base du besoin d’en savoir, ce qui commence à devenir incontrôlable. »
Vers une nouvelle étape
La présidente Luna a annoncé son intention de demander une réunion en SCIF (salle sécurisée) avec immunité légale pour Borland et d’autres témoins, afin qu’ils puissent partager des informations classifiées sans risquer des poursuites au titre de l’Espionage Act. Elle a également laissé entendre qu’une assignation à comparaître pourrait être envoyée à l’ancien directeur d’AARO, Sean Kirkpatrick, qualifié par elle de « menteur documenté ».
Pour Burlison, le temps des seules auditions est révolu : « Il est temps d’agir. Il est temps de voter le UAP Whistleblower Protection Act de Tim Burchett. Il est temps de voter le UAP Disclosure Act. » Une volonté partagée par la présidente, qui a conclu : « Les générations futures se demanderont ce que nous avons fait face à l’inconnu. Avons-nous détourné le regard, gênés ou effrayés, ou avons-nous poursuivi la vérité avec courage ? »
Source : MIRROR NOW



























































