Il est parfaitement évident que l’univers est un système conscient de lui-même. En tant qu’organismes vivants, nous sommes des formes de l’énergie de l’univers, au même titre que les étoiles, les planètes et les galaxies. À travers nos organes sensoriels, ce gigantesque système énergétique s’éveille et devient conscient de sa propre existence. La vérité fondamentale de notre réalité se résume ainsi : nous ne sommes pas des êtres humains faisant l’expérience de l’univers, nous sommes l’univers faisant l’expérience de l’être humain.
Pourtant, notre monde actuel repose sur un postulat totalement erroné : l’individualisme. Depuis notre naissance, nous évoluons avec la conviction profonde que chaque individu est une entité isolée, possédant un esprit propre, confiné à l’intérieur de son corps physique. Nous appliquons cette même logique de séparation aux animaux, aux végétaux, et même aux forces invisibles qui nous entourent. Mais comme l’a brillamment démontré le philosophe Alan Watts, rien n’est plus éloigné de la véritable nature de la réalité.
L’illusion fondamentale du monde physique
Nous passons notre vie à tenter de comprendre le monde en analysant notre environnement à travers nos sens. Nous observons avec nos yeux, nous écoutons les autres, nous manipulons la matière lors d’expériences scientifiques. Mais qu’est-ce qui interprète réellement ces signaux pour leur donner un sens ? C’est notre esprit.
La physique quantique l’a mis en évidence avec une clarté absolue : rien de ce qui existe n’est autre que des signaux électriques et des vibrations. L’univers tout entier, y compris les personnes avec qui vous interagissez au quotidien, n’est qu’un immense champ vibratoire d’énergie. Ce sont des fréquences qui se propagent dans l’espace. Le rôle de notre esprit, agissant à travers le filtre de notre corps, est de décoder ces fréquences pour créer une image cohérente de la réalité. En d’autres termes, il n’existe rien d’autre qu’un vaste océan d’énergie dans lequel baigne notre conscience, et c’est l’interprétation qu’en fait notre esprit qui donne forme au monde matériel que nous connaissons.
Le paradoxe de l’observateur et l’énigme du vide
Il existe cependant une énigme fascinante au cœur de notre existence, qui nous ramène à l’opposition fondamentale entre le fait qu’il y ait quelque chose et le fait qu’il n’y ait rien. L’aspect de l’univers qui accomplit la prise de conscience ne peut pas s’observer lui-même. C’est une impossibilité physique et métaphysique.
- Vous ne pouvez pas regarder vos propres yeux avec vos propres yeux.
- Vous ne pouvez pas embrasser vos propres lèvres.
- Vous ne pouvez pas mordre vos propres dents.
- Vous ne pouvez pas toucher l’extrémité de votre index avec ce même index.
De la même manière, vous ne pouvez pas vous observer en train d’observer. Les neurologues et les physiciens se heurtent constamment à ce mur : en examinant le cerveau humain, ils n’observent jamais que le cerveau de quelqu’un d’autre. Ils ne peuvent jamais regarder leur propre cerveau au moment exact où se produit la conscience.
Cette impossibilité crée, à l’arrière-plan de toute observation, une immense zone de vide. Derrière vos yeux, du point de vue de votre propre regard, il n’y a que le néant. C’est la partie de l’univers qui ne se voit pas elle-même, précisément parce que c’est elle qui voit. Notre expérience de la réalité est donc perpétuellement divisée en deux : une moitié connue (ce que nous observons) et une moitié inconnue (le vide depuis lequel nous observons).
Vouloir étudier le monde physique de manière purement physique est une erreur monumentale, car cela revient à étudier la structure d’un rêve en oubliant que c’est nous-mêmes qui le créons et le déformons en permanence. L’univers n’a jamais été strictement physique. C’est notre esprit qui attribue une forme humaine, animale ou minérale aux signaux qu’il perçoit. Le seul moyen véritable de connaître l’univers est donc de l’explorer de l’intérieur.
Le néant comme source de toute création
Cette phase vide de l’expérience entretient avec la phase consciente le même rapport que le silence avec le son, ou que l’espace avec la matière. Les traditions orientales appellent ces deux aspects le Yin et le Yang. Dans notre langage moderne, cela correspond à l’arithmétique binaire des ordinateurs : le 0 et le 1. Tout dans l’univers est constitué de cette alternance entre l’arrêt et la marche, entre l’inconscient et le conscient.
L’inconscient, ce vide impénétrable, est en réalité la partie de l’expérience qui accomplit la conscience. Tout comme le creux d’une vague permet à la crête d’exister, et tout comme l’espace vide permet aux objets solides de se manifester, cet arrière-plan inconnu est ce que vous êtes au plus profond de vous-même. Votre véritable nature correspond à ce néant.
Dans notre société, les gens sont terrifiés par le néant. Ils redoutent la mort, considèrent le sommeil comme une perte de temps, et craignent que l’univers ne finisse par s’éteindre dans l’oubli total. Pourtant, cette peur est totalement irrationnelle. Le néant est précisément la source de toute chose. Pensez à l’expression « clair comme du cristal » : c’est l’absence de couleur, le néant du cristal, qui lui permet de laisser passer la lumière avec une telle netteté. Ce néant absolu est votre propre conscience, l’espace limpide dans lequel toutes les étoiles et toutes les expériences sont libres d’exister.
Le septième état de conscience
Depuis notre arrivée dans ce monde, nous nous sommes enfermés dans une conception limitée de nous-mêmes. Nous nous sommes identifiés à un corps physique et avons commencé à diviser le monde : « moi », « lui », « ceci », « cela ». Notre cerveau filtre plus de 99 % des informations vibratoires qui nous entourent. Le 1 % que nous percevons réellement est uniquement ce que nous croyons déjà vrai. C’est le biais de confirmation absolu : notre esprit projette et confirme en permanence l’illusion de notre séparation.
Mais au-delà de cette illusion, nous sommes une présence immense et infinie. C’est ce que le célèbre penseur Michio Kushi appelait le septième état de conscience. Il s’agit de la conscience fondamentale, l’espace absolu au sein duquel tout se crée. Dans nos vies modernes, nous sommes coincés dans les premiers niveaux de conscience, réagissant aveuglément à nos sens. Pour atteindre ce septième état, il faut fermer les yeux, méditer, et faire abstraction du monde extérieur. Puisque l’univers est de nature mentale, il ne peut être compris que par l’esprit. Lorsque votre conscience cesse de s’interpréter elle-même et de projeter des images, vous touchez votre véritable nature pure. Vous redevenez le un.
Le grand jeu cosmique de cache-cache
Ce flux éternel d’énergie dans lequel nous baignons est ce que l’on peut appeler Dieu, non pas au sens religieux d’un patriarche jugeant le bien et le mal, mais au sens où l’entendaient Spinoza ou Einstein : la totalité unique de l’existence, l’énergie absolue qui est pur amour et pure unité.
Mais si nous sommes tous cette conscience unique, pourquoi nous prenons-nous pour des individus isolés ? La réponse se trouve dans une métaphore fascinante : Dieu joue à cache-cache avec lui-même. Puisqu’il n’existe rien en dehors de la totalité, la conscience absolue n’a personne avec qui jouer. Pour rendre l’existence intéressante, elle doit faire semblant de ne pas être elle-même. Elle s’immerge dans le jeu en prétendant être des milliards d’êtres humains, d’animaux, de planètes et de galaxies.
Pour qu’un jeu soit captivant, il faut que l’enjeu paraisse réel. C’est pourquoi nous sommes si profondément convaincus de notre individualité et de notre mortalité. Lorsque ce jeu cosmique se sera prolongé suffisamment longtemps, nous nous réveillerons de ce rêve d’individualisation et nous nous reconnaîtrons de nouveau comme une seule et même entité.
Retrouver l’unité originelle
Les conflits, les guerres, et les destructions qui ravagent notre monde ne sont pas l’œuvre de l’univers. Comme l’enseignent les textes anciens tels que les Upanishads ou la Bhagavad Gita, il ne faut pas imputer à la conscience universelle les distorsions que nous créons nous-mêmes.
L’univers dans son état pur (le septième état de conscience) est l’absence totale de projection. C’est l’unité parfaite. Lorsque nous nous éloignons de cette vision pour sombrer dans l’individualisme, nous inventons des concepts de division : le patriotisme, les frontières, les ennemis. La souffrance et la guerre découlent exclusivement de notre mauvaise interprétation du néant et de notre oubli de qui nous sommes vraiment.
Créer une expérience de vie qui ressemble au paradis ne demande qu’une seule chose : ré-adopter cette vision d’unité. Il s’agit de construire sa réalité depuis ce plus haut niveau de conscience, en reconnaissant que chaque personne, chaque arbre et chaque étoile n’est que le même être infini, s’exprimant sous une forme différente. La vérité est d’une simplicité absolue : nous sommes l’univers tout entier.



























































