Washington vient tout juste de déclassifier une nouvelle tranche de dossiers relatifs aux OVNIs (ou PANs – Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés), suscitant immédiatement de vives réactions. Entre l’excitation initiale et la déception palpable qui a suivi au sein de la communauté ufologique, beaucoup se demandent ce que cache réellement cette publication. Loin des spéculations hâtives, une analyse minutieuse de ces 161 fichiers permet de dresser un portrait précis de ce que le gouvernement américain a choisi de rendre public sur le portail war.gov/UFO.
Une collection hétéroclite plus qu’une révélation explosive
La première chose à comprendre face à cette déclassification est qu’il ne s’agit pas d’une catégorie unique et cohérente de documents. Ceux qui s’attendaient à une série de rapports militaires modernes ultra-secrets risquent d’être déçus. Il s’agit plutôt d’une collection soigneusement sélectionnée, une sorte de fourre-tout institutionnel où se côtoient des documents d’époques et de natures très différentes. Fait marquant : une grande majorité de ces informations est déjà accessible au public depuis des décennies via la loi sur la liberté de l’information (FOIA).
Les archives historiques : des années 40 aux années 60
En explorant les dossiers les plus anciens, on découvre de nombreux rapports du FBI datant de 1947 et des années 1950. La procédure y est toujours la même : un citoyen signale une observation, le FBI l’enregistre, puis transfère le dossier à l’armée de l’air, sans jamais proposer d’analyse approfondie ou de conclusion.
Parmi ces archives, on trouve un dossier consacré aux célèbres boules de feu vertes observées au Nouveau-Mexique en 1950. Bien que ces événements soient considérés comme authentiquement anormaux par les historiens du phénomène, leur présence ici n’apporte aucune information inédite. Le lot contient également des coupures de presse des années 50 et 60, évoquant par exemple l’intérêt du psychiatre Carl Jung pour les OVNIs, ou relatant des observations de pilotes immédiatement suivies de tentatives d’explications officielles (mirages, ballons météorologiques).
L’ère spatiale : quand les astronautes observent l’inconnu
La section consacrée aux missions spatiales des années 1960 est sans doute l’une des plus fascinantes, car elle implique des observateurs hautement qualifiés évoluant dans un environnement extrême.
Le dossier inclut les transcriptions de la mission Gemini 7 de 1965, où l’équipage signale un « bogey » (un contact radar ou visuel non identifié) à 10 heures. Bien que ces transcriptions soient connues depuis longtemps, leur inclusion officielle reste notable.
Plus captivant encore, un document de 11 pages datant de fin juillet 1969 détaille une observation faite par l’équipage d’Apollo 11 en route vers la Lune. Les astronautes (dont Buzz Aldrin, qui en parlera publiquement en 2005) y décrivent non pas un simple point lumineux, mais un objet structuré. Selon l’angle d’observation à travers leur monoculaire, l’objet paraissait cylindrique, ressemblait à deux anneaux connectés, ou semblait même creux. La transcription révèle leur perplexité en temps réel : ils tentent d’identifier l’objet en le comparant aux composants de leur propre fusée. Ils concluront finalement qu’il s’agissait très probablement d’un panneau de leur propulseur reflétant la lumière du soleil, tout en laissant une part de doute. L’observation n’avait donc rien de trivial.
Des incongruités géopolitiques et internationales
L’analyse détaillée des dossiers met en lumière des éléments pour le moins inattendus dans une publication du gouvernement américain :
- Le rapport COMETA (1999) : Ce célèbre document français, rédigé par d’anciens militaires et ingénieurs, conclut que l’hypothèse extraterrestre est la plus plausible pour expliquer certains cas. Sa présence s’explique par une lettre d’accompagnement de la chercheuse américaine Carol Rosin datée d’avril 2001. Il a probablement été inséré dans les circuits gouvernementaux américains juste avant la grande conférence sur la Divulgation du Dr Steven Greer en mai 2001, puis simplement conservé dans les archives.
- Un groupe d’OVNIs au Turkménistan (2004) : Un document surprenant détaille le financement par les États-Unis d’une association ufologique turkmène. Replacé dans le contexte géopolitique des années 2000 (l’ère des « révolutions de couleur » en ex-URSS), il apparaît que le gouvernement américain utilisait probablement cette association inoffensive comme couverture pour financer des ONG locales et exercer une influence politique dans la région.
Les observations militaires modernes (2020s)
La publication contient également des rapports récents issus de missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR). Un détail technique important échappe souvent au public : les vidéos et les rapports PDF correspondants sont fournis sous forme de fichiers séparés, nécessitant un effort de croisement pour comprendre le contexte.
Deux cas récents se détachent, bien qu’ils soient classés comme « bénins » par l’armée :
- Grèce (9 janvier 2024) : Une vidéo infrarouge d’environ une minute montre un objet en forme de losange capté par un avion en mission. L’objet se déplace régulièrement, avec de légères manœuvres, sans aucune interaction avec l’avion. Il s’agit très probablement d’un drone.
- Émirats Arabes Unis (2024) : Une courte vidéo de 20 secondes montre une forme sphérique très brillante se déplaçant au-dessus de l’eau à environ 140 nœuds (environ 260 km/h). L’objet semble posséder une extension verticale (ou un reflet) et maintient une trajectoire linéaire sans manœuvre extrême.
Le maintien du statu quo
En prenant du recul sur ces 161 fichiers, un schéma institutionnel clair se dessine, identique depuis les années 1940. Le système collecte des données, enregistre des observations, les catégorise sommairement, mais s’arrête systématiquement avant de formuler la moindre conclusion définitive.
Cette nouvelle déclassification n’est en aucun cas la « Divulgation » tant attendue. Il n’y a aucune révélation fracassante, aucune identification confirmée de technologie non humaine, ni aucune explication cohérente fournie pour les cas les plus complexes. Il s’agit plutôt d’une libération contrôlée d’informations concernant des événements non résolus. Si cette transparence minimaliste peut frustrer ceux qui espèrent des réponses claires, elle confirme au moins une chose : au sein des archives gouvernementales, le mystère, lui, reste officiellement entier.
Source : Richard Dolan Intelligent Disclosure



























































