Il y a près de 2 000 ans, Jules César mentionnait dans ses écrits l’existence d’une forteresse située sur les rives de la Seine. L’emplacement exact de ce lieu, qui a précédé la ville moderne de Paris, est resté un mystère pendant des siècles. Aujourd’hui, des archéologues ont enfin mis au jour ses vestiges, mettant un terme à un long débat historique sur la véritable position de la Lutèce gauloise.
Lors de fouilles menées dans la cour de l’hôpital universitaire de l’Hôtel-Dieu, situé sur l’île de la Cité juste en face de la rue d’Arcole et de Notre-Dame, les équipes ont exhumé un mur gallo-romain en pierre et en bois. Cette structure impressionnante mesure environ 20 mètres de long sur 1,8 mètre de haut. Les premières analyses au carbone 14 situent le bois entre 200 et 10 avant notre ère, ce qui correspond parfaitement à la période d’existence de Lutèce.
« Il se pourrait que nous soyons face à l’un des vestiges les plus importants jamais découverts pour comprendre la Lutèce gauloise », a déclaré la ministre de la Culture, Catherine Pégard, dans un communiqué. Bien que la prudence scientifique exige des vérifications supplémentaires quant à sa fonction et sa chronologie, la convergence des preuves actuelles est jugée particulièrement remarquable.
Les fouilles, entamées en février dernier en prévision du réaménagement du site hospitalier, étaient dirigées par David Couturier du Département d’Histoire de l’Architecture et de l’Archéologie de la ville, en collaboration avec l’Institut national de recherches archéologiques préventives. L’objectif était de trouver les traces d’une ancienne colonie. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a confié au journal Le Monde que c’était « vertigineux de se retrouver ici et de découvrir ce qui est probablement l’origine de la ville de Paris ».
La seule description écrite contemporaine de l’ancienne Lutèce se trouve dans La Guerre des Gaules, l’ouvrage rédigé par Jules César lors de son passage en Gaule. Il y raconte s’être rendu à Lutèce en 53 avant notre ère pour une assemblée. L’année suivante, lors de la bataille de Lutèce, il note que les Parisii ont préféré incendier leur propre fortification plutôt que de la céder à Rome. Le général romain précisait seulement que la colonie se trouvait sur une île dans une boucle de la Seine, reliée aux berges par des ponts.
Les découvertes archéologiques corroborent ce récit. Autour du mur, enfoui à près de 3,6 mètres sous la cour du plus vieil hôpital de la ville, les chercheurs ont relevé les traces évidentes d’un violent incendie. Les restes carbonisés d’un bâtiment en bois jouxtent la structure défensive.
Dorothée Chaoui-Derieux, conservatrice du patrimoine au Service régional de l’archéologie d’Île-de-France, souligne que l’architecture du mur, avec ses gros blocs et son système de poutres entrecroisées, rappelle immédiatement la tradition de construction gauloise. La présence de traces de feu et de poteries datant de l’époque de César vient conforter l’hypothèse de la fortification décrite dans les textes anciens. Fait particulièrement troublant, une pointe de lance gauloise a également été retrouvée à la base de l’édifice.
Cette trouvaille vient combler un vide archéologique et clore un débat vieux de plusieurs siècles. Comme l’explique Stéphane Deschamps, conservateur régional de l’archéologie pour la DRAC Île-de-France, le manque de preuves tangibles sur l’île de la Cité avait poussé certains historiens à supposer que Lutèce se trouvait en réalité à Nanterre. Ce mur historique offre aujourd’hui la clé de ce mystère.
Source : sott.net




























































