Les gouvernements peuvent toujours triompher en manipulant les chiffres du chômage ou de l’inflation, mais un indicateur économique reste impossible à maquiller : l’activité des tribunaux de commerce. C’est là que s’accumulent les faillites, les redressements et les liquidations judiciaires qui dessinent l’avenir réel d’un pays. Invité dans la matinale de GPTV, le journaliste et essayiste Pierre Jovanovic dresse un constat alarmant : en ce mois d’octobre 2026, l’intensité des licenciements a pris une tournure vertigineuse qui colle exactement à celle de la récession de 2008-2009, tant en France qu’en Allemagne, en Espagne et aux États-Unis.
Le démantèlement mécanique de l’industrie française
La métallurgie et l’acier, piliers de toute souveraineté nationale, subissent une hécatombe silencieuse. En tête de liste figurent les Forges de Tarbes, l’unique usine produisant les fûts de canons de 155 millimètres pour le César. Alors que ce fleuron de l’artillerie vend habituellement toute sa production deux à trois ans à l’avance, à l’image du champagne, l’entreprise se retrouve en cessation de paiement et la fabrication même du canon César est menacée.
L’effondrement frappe l’ensemble du tissu industriel et ferroviaire sur tout le territoire :
- La Fonderie de Bretagne, active depuis 60 ans dans le Morbihan, est placée en liquidation judiciaire, laissant 244 salariés sans emploi.
- La Métallerie Breuil, à Charnay-lès-Mâcon en Saône-et-Loire, subit elle aussi une liquidation judiciaire.
- Transvéga, société ferroviaire installée à Salses dans les Pyrénées-Orientales, cesse son activité en fin d’année, tandis que le fabricant français de roues et de rails pour les TGV est lui aussi frappé de plein fouet.
- Sanofi fait face à des annonces internes prévoyant 850 licenciements ainsi que la vente de son site de Montpellier.
Cette destruction mécanique de l’industrie française rappelle les origines mêmes de la construction européenne : la Communauté européenne du charbon et de l’acier voulue par Jean Monnet visait déjà à priver la France de ses ressources et de sa capacité à fabriquer ses propres chars et canons. Le pays retrouve la situation des années 1940, lorsque les États-Unis voulaient empêcher la France de se défendre par elle-même, un dessein alors déjoué par le général de Gaulle. Sur le terrain, ces liquidations dévastent des villes entières : lors d’une dédicace à Vichy il y a quelques années, après la fermeture d’une usine d’armement locale, Pierre Jovanovic avait constaté que des maisons se vendaient à seulement 30 000 euros dans les agences immobilières.
Faillites record chez les PME et panne de la consommation
Du côté des petites structures, un record absolu est tombé cette année avec la liquidation de 72 000 entreprises en France, principalement des PME et des restaurants. Avec une moyenne prudente de dix salariés par structure — entre les petits restaurants de deux à cinq personnes et les PME plus étoffées —, ce carnage économique jette 720 000 chômeurs supplémentaires sur le pavé.
Cet appauvrissement généralisé plombe directement la grande distribution. Le géant du meuble IKEA licencie 303 salariés face à la chute de ses ventes. Au-delà du recul commercial, ce signal révèle que les jeunes générations de 21 ou 22 ans n’ont plus les moyens de quitter le domicile parental pour s’installer en couple et meubler un premier studio. Plus révélateur encore, l’enseigne Gifi, qui compte 513 magasins et 6000 salariés en France, a demandé son placement en redressement. Alors que ces magasins vendent des articles pour la maison ou le jardin à deux ou trois euros, les Français n’ont même plus l’argent nécessaire pour consommer à très bas prix. À six mois de la fin du mandat d’Emmanuel Macron, le pays ressemble à un magasin en liquidation totale avant fermeture.
De Microsoft à Volkswagen : une onde de choc mondiale
La vague de licenciements frappe également les géants mondiaux. Microsoft a décidé de supprimer un poste sur quatre dans le monde, soit 60 000 personnes poussées vers la sortie par des licenciements, des retraites forcées ou des chèques de départ de 10 000 dollars aux États-Unis. Du jamais vu dans le secteur technologique depuis la purge d’IBM en 1998-1999. Mais contrairement à IBM qui n’avait pas su se renouveler, Microsoft est aujourd’hui très dynamique : cette coupe sombre vise uniquement à faire bondir son action en Bourse de 5 à 10 % pour réjouir ses actionnaires.
En Europe, l’Allemagne donne le la de la crise depuis un an avec une hausse dramatique de 85 % des faillites par rapport à la moyenne pré-pandémique de 2015-2019. Berlin paie comptant son tournant écologique radical et son refus de l’énergie russe bon marché. Conséquence directe : le géant automobile Volkswagen a décidé de geler les salaires de ses 660 000 salariés dans le monde entier jusqu’en 2030.
Une crise plus brutale qu’en 2008 et l’urgence d’une troisième voie
La crise qui s’amorce sera bien plus violente que celle de 2008, car les économies européennes se sont fortement affaiblies tandis que les dettes publiques, surtout celle de la France, ont explosé. L’État ne pourra plus sauver les banques avec l’argent public comme l’avait fait Nicolas Sarkozy en 2008, manquant alors l’occasion historique de reprendre la main sur le système bancaire.
À cela s’ajoutent une inflation lourde, l’explosion du prix de l’essence, un chômage élevé, 35 % de faillites parmi les TPE et PME qui forment le poumon économique français, ainsi qu’une crise politique profonde dans une société polarisée où la violence n’est plus taboue. Si les Français s’étaient montrés dociles envers les banques en 2008, la souffrance à venir déclenchera cette fois une colère générale et légitime, de droite comme de gauche. Pour sortir de ce capitalisme prédateur qui étouffe la majorité, les États doivent reprendre le contrôle et renouer avec une troisième voie : celle de la participation voulue par le général de Gaulle, qu’il appartient désormais aux générations actuelles de mettre en œuvre.
Source : Teddy Le Réveil Français



























































