Le 17 octobre a vu l’éclatement simultané de violentes émeutes dans plusieurs villes européennes, de Paris à Milan, Bruxelles, Liège, Barcelone et jusqu’au Portugal. Nées de manifestations contre la vie chère, ces mobilisations ont viré au chaos sous l’action de groupes vêtus de noir multipliant incendies, pillages et affrontements avec la police. En France, Sébastien Lecornu a instauré des couvre-feux partiels avec les préfets et les élus locaux pour protéger les commerces, tandis que Gabriel Attal a réclamé le blocage ciblé des réseaux sociaux ainsi que l’usage de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance faciale. Des réponses techniques qui masquent l’incapacité des dirigeants à saisir les racines de cet embrasement.
Un demi-siècle de désarmement policier face aux zones hors contrôle
L’apparition de pillards lors des troubles sociaux n’a rien d’inédit : dès le XIXe siècle, Karl Marx décrivait ce lumpenproletariat — le prolétariat en haillons — comme une écume de voleurs et de racailles, pire ennemie des travailleurs. Si ce phénomène prend aujourd’hui une telle gravité, c’est qu’il se conjugue à un affaiblissement méthodique des forces de sécurité françaises depuis cinquante ans.
En 1945, pour 38 millions d’habitants, la France comptait 15 000 CRS répartis en compagnies de 217 hommes. En 2025, avec 20 millions d’habitants de plus, les effectifs ont fondu à 13 500 CRS dans des compagnies de 120 agents, après être tombés à 11 000 sous Nicolas Sarkozy avec la fermeture de 15 escadrons de gendarmerie. Malgré quelques unités vitrines comme la CRS 8, la disponibilité immédiate des forces a chuté de 5 % en 2010 à 2 % en 2017 selon la Cour des comptes : la moitié des escadrons de gendarmerie sont immobilisés outre-mer — dont 20 en Nouvelle-Calédonie —, la logistique faillit et la préfecture de police doit rappeler d’anciens réservistes.
Parallèlement, les foyers de délinquance ont métastasé. Le 17 juillet 1983, une note du secrétaire général de l’Élysée Jean-Louis Bianco à François Mitterrand recensait 22 cités agitées autour de Paris et de Lyon ; fin 2025, l’État dénombrait 1400 zones hors contrôle, une dérive aggravée sous François Hollande et Emmanuel Macron. Or, 90 % des pillards viennent de ces périphéries, à rebours des Black Blocs issus des classes aisées en quête d’adrénaline. Habitués dès l’adolescence à affronter la police, ces éléments aguerris savent décrocher à temps : les arrestations ne touchent que des suiveurs imprudents ou des touristes piégés sur place.
Crise finale du néolibéralisme et « guerre en réseau »
Une grille de lecture militaire éclaire cette simultanéité européenne à trois niveaux. À l’échelle stratégique, l’Occident subit la crise finale du néolibéralisme : l’appauvrissement généralisé engendre une grande dépression qui s’exprime par des fusillades quotidiennes aux États-Unis et par une culture de l’émeute en Europe, comparable aux jacqueries médiévales ou à la révolte des Ciompi à Florence. S’installe ainsi le schéma belligène décrit par l’historien Gabriel Martinez-Gros, opposant des marges en révolte à une masse laborieuse pacifiée.
Au niveau opératif, cette dynamique valide les travaux des chercheurs américains John Arquilla et David Ronfeldt (Networks and Netwars, 2001). La société de l’information fusionne la terreur, le crime et le militantisme en substituant aux hiérarchies pyramidales des « essaims » décentralisés. Grâce aux smartphones et aux réseaux sociaux, des groupes sans chef s’agrègent instantanément, portant à maturité les théories de la guérilla urbaine du Brésilien Carlos Marighella. Aucun complot n’est nécessaire pour embraser Bruxelles, Milan et Barcelone le même jour : la contagion numérique et la précarité suffisent, même si des réseaux transnationaux comme Stop the War ou Socialist Students — recensés avec des syndicats classiques parmi 54 organisations cartographiées par Fox News — tentent de mobiliser.
Militarisation de la rue et maintien de l’ordre européen
Sur le plan tactique, la frontière entre maintien de l’ordre et guerre s’efface. Certains radicaux déploient dans la rue des techniques militaires acquises sur des fronts étrangers : en Syrie contre Daech pour l’ultragauche — brigade Krasucki — ou en Ukraine et en Russie pour l’extrême droite, tandis que les narco-gangs latino-américains forment leurs membres aux drones en Ukraine. Comme l’a constaté l’ancien policier du renseignement Alexandre Langlois, ces combattants revenus du front n’ont même pas été débriefés par les services français.
Face à des groupes violents qui voient la France et l’arc méditerranéen comme des terrains de jeu à la justice laxiste et au maintien de l’ordre défaillant — comme lors du G8 de Gênes en 2001, de l’Euro 2016 ou du G20 de Hambourg en 2017 —, une réponse supranationale se profile. Au-delà d’Eurogendfor, dédiée aux crises extérieures, la décision de Prüm de 2008 autorise l’engagement de policiers européens dans un autre État membre : ne parlant pas la langue locale, ces forces pourraient réprimer les manifestants sans retenue ni dialogue.
Faillite du commandement et deux poids, deux mesures
En France, cette déroute résulte d’une crise de commandement nourrie par l’aveuglement idéologique des élites. Ces derniers mois, le renseignement intérieur a détourné ses moyens vers la menace imaginaire du « masculinisme », lui consacrant une heure lors de formations de deux heures pour les magistrats, contre dix minutes sur l’islamisme.
Pendant que le préfet de police de Paris envoie des lettres courtoises aux mères des émeutiers, la caste dirigeante jouit d’une impunité totale : un ancien patron de l’Institut Montaigne, jugé pour tentative de viol par soumission chimique sur sa belle-sœur, a avoué consommer 4 grammes de cocaïne par jour, soit 90 000 euros annuels en espèces, sans jamais alerter sa banque. Le même deux poids, deux mesures s’applique aux biens : le 17 octobre, six cars de CRS protégeaient la chocolaterie Trogneux à Amiens pendant que les boutiques parisiennes étaient pillées. Dans la France de 2026, qui subit un cambriolage par minute élucidé dans 6 à 7 % des cas, la police ne retrouve les voleurs en 48 heures que lorsqu’il s’agit du domicile de François Hollande.
Source : Tocsin




























































