La météo martienne réserve parfois des surprises spectaculaires. La sonde européenne Mars Express a récemment photographié le système de canyons Mamers Valles, révélant une scène hors du commun : plus de trente tourbillons de poussière s’y activaient en même temps sur une seule et unique prise de vue. Cette observation exceptionnelle, partagée par l’Agence spatiale européenne (ESA), met en lumière la dynamique atmosphérique particulièrement active de la planète rouge.
Ces clichés saisissants ont été réalisés grâce à la caméra haute résolution HRSC (High Resolution Stereo Camera), un instrument développé et piloté par le Centre aérospatial allemand (DLR), dont les données ont été traitées par l’équipe de sciences planétaires de la Freie Universität Berlin. Loin d’être un coup de chance isolé, cette découverte s’inscrit dans le cadre d’une campagne d’observation continue, documentant une concentration de phénomènes météorologiques tout à fait inédite dans une même région et au même instant.
Une technologie de pointe pour capturer le mouvement
Pour réussir à immortaliser ces tourbillons en pleine action, la caméra HRSC utilise une méthode ingénieuse. Elle combine jusqu’à neuf canaux séquentiels qui balaient la surface de Mars sous des angles et dans des couleurs différents. Lorsque la surface reste parfaitement immobile entre chaque passage, les images se superposent sans défaut. En revanche, si un élément se déplace, un décalage visuel apparaît immédiatement.
C’est précisément ce phénomène qui a permis de traquer les tourbillons. Sur l’image finale, chacun d’eux se manifeste sous la forme d’un petit point jaune suivi d’une traînée rosée. En combinant les données de Mars Express avec celles de l’orbiteur ExoMars Trace Gas Orbiter, les scientifiques ont déjà pu reconstituer la trajectoire et la vitesse de plus de 1 000 tourbillons martiens, dressant ainsi une véritable carte des vents à l’échelle planétaire.
Bien qu’ils ressemblent aux tourbillons de poussière que l’on observe dans les déserts terrestres, les monstres martiens jouent dans une tout autre catégorie. Ils peuvent s’élever jusqu’à 8 kilomètres de hauteur, parcourir des distances considérables et générer des vents soufflant à 45 mètres par seconde. Ils naissent lorsque le soleil réchauffe le sol, provoquant la montée rapide de l’air chaud en spirale, qui entraîne la poussière avec lui. Ce mécanisme joue un rôle majeur dans le transport des sédiments à l’échelle globale de la planète.
Mamers Valles : un canyon aux secrets géologiques fascinants
Le théâtre de ce ballet atmosphérique, Mamers Valles, est un gigantesque réseau de canyons qui s’étire sur environ 1 000 kilomètres. Il fait office de frontière naturelle en reliant les hauts plateaux du sud aux plaines basses du nord. Par endroits, ses gorges atteignent 25 kilomètres de large et s’enfoncent jusqu’à 1,2 kilomètre de profondeur. Son nom, attribué en 1976, provient de la langue osque (parlée jadis en Italie centrale) et signifie littéralement « Vallée de Mars ».
Le paysage environnant est un chaos spectaculaire de mesas, de falaises abruptes et de glaciers recouverts de débris rocheux. Ces glaciers abritent d’importantes quantités de glace d’eau, protégées de l’évaporation par une épaisse couche de roche et de poussière. Sans ce bouclier protecteur, la glace se sublimerait instantanément dans l’atmosphère martienne, devenue trop ténue pour maintenir l’eau stable en surface.
Les fonds de vallée portent également les stigmates d’anciennes activités glaciaires, matérialisées par de longues crêtes sinueuses formées lorsque deux coulées de glace issues des flancs opposés se rejoignaient au centre. De plus, de sombres dépôts de sable volcanique, transportés par les vents, s’accumulent le long des parois du canyon.
Un témoin de l’histoire primitive de Mars
La région de Mamers Valles s’est formée durant le Noachien tardif, une période charnière de l’histoire martienne située il y a environ 3,8 milliards d’années. C’est à cette époque que Mars a commencé sa lente transition, passant d’un monde chaud, humide et géologiquement actif au désert glacé et stérile que nous connaissons aujourd’hui.
En orbite depuis 2003, la sonde Mars Express continue de cartographier la surface de la planète en couleur et en relief. Ces nouvelles observations démontrent que Mamers Valles est un laboratoire naturel exceptionnel pour étudier la dynamique de l’atmosphère martienne. Ces données s’avèrent cruciales pour la préparation des futures missions d’exploration humaine, car ces redoutables tourbillons de poussière représentent une menace constante pour la survie des instruments et des équipements technologiques au sol.
Source : science-et-vie.com






























































