Invité par Florian Philippot, Me Di Vizio livre une analyse tranchante des dernières années du macronisme. Pour l’avocat, Emmanuel Macron se retrouve au terme d’une décennie de pouvoir dans une situation d’impopularité et d’illégitimité profonde. Le président, désormais rattrapé par le peuple qu’il n’avait pas intégré à ses calculs politiques, accélère son calendrier alors que son départ approche.
Un pouvoir qui ne parvient plus à convaincre
Selon Me Di Vizio, le gouvernement commence à comprendre qu’il ne dispose plus d’aucune légitimité. Après près de dix années de macronisme, Emmanuel Macron ne conserverait autour de lui que les fidèles parmi les fidèles, y compris au sein de son propre camp. Peu de présidents ont suscité un tel niveau de rejet.
Lorsque le pouvoir ne parvient plus à obtenir l’adhésion de la population, il ne lui reste plus qu’à la contenir et à la contrôler. Cette évolution explique la place prise par la force dans la dernière partie du mandat. L’impopularité n’est plus un accident temporaire : elle constitue désormais le cadre politique dans lequel Emmanuel Macron doit agir.
« À ce niveau d’illégitimité, tout est possible. »
Me Di Vizio relie cette situation à plusieurs mouvements qui ont marqué la présidence : la contestation de la réforme des retraites, les manifestations contre le passe sanitaire et, surtout, la révolte des Gilets jaunes. Tous ont rappelé au chef de l’État l’existence d’une population capable de sortir du cadre institutionnel pour exprimer directement son opposition.
La découverte brutale du peuple avec les Gilets jaunes
Les Gilets jaunes ont représenté une véritable claque pour celui qui se présentait comme Jupiter. Installé au sommet du pouvoir, Emmanuel Macron a soudainement été ramené sur le terrain populaire. La formule lancée pendant l’affaire Benalla, lorsqu’il invitait ceux qui le défiaient à venir le chercher, a alors pris une dimension concrète.
Pour Me Di Vizio, cet épisode a profondément traumatisé le président. Emmanuel Macron a découvert que le peuple existait réellement et qu’il pouvait échapper à la maîtrise de l’exécutif. Lors de sa campagne de 2017, la notion de peuple n’occupait aucune place dans sa conception du pouvoir.
Son élection avait d’ailleurs donné naissance à un pouvoir sans véritable corps politique. Il ne disposait pas initialement d’un parti traditionnel, avec son histoire, ses courants et ses militants. La République en marche s’est ensuite structurée autour d’une forme d’obéissance militaire au chef, sans retrouver la vie interne caractéristique des anciens partis.
Dix ans plus tard, ce pouvoir vertical est rattrapé par ce qu’il avait laissé de côté. Les retraites, les Gilets jaunes, les manifestations contre le passe et l’accumulation des mécontentements ont progressivement réduit sa capacité à redevenir légitime. Dès lors, la force apparaît comme son dernier levier.
Une accélération avant le début de la campagne
La fin du mandat provoque une accélération générale, aussi bien sociale que politique. Me Di Vizio cite notamment les déclarations d’Emmanuel Macron sur la loi relative à la fin de vie. En affirmant vouloir aller vite, le président montre qu’il connaît parfaitement l’étroitesse de la fenêtre dont il dispose encore.
Dans quelques mois, la campagne présidentielle commencera réellement. À partir de ce moment, les ambitions personnelles prendront le dessus et les soutiens actuels commenceront à se détacher. Emmanuel Macron cherche donc à faire adopter rapidement les dernières mesures de son programme avant que son autorité ne se dissolve dans la préparation de l’élection de 2027.
Cette précipitation se retrouve également dans la transformation du 14 Juillet. Reprenant une expression de Philippe de Villiers, Florian Philippot évoque des Champs-Élysées transformés en champ de bataille métaphorique contre la Russie. Le défilé doit mettre en avant les armées européennes de la coalition des volontaires ainsi que l’armée ukrainienne, autour du thème officiel du réveil stratégique de l’Europe.
Cette orientation fait naître une interrogation : Emmanuel Macron accélère-t-il aussi le calendrier de la guerre afin de ne pas avoir à se soumettre au choix du peuple en 2027 ? Me Di Vizio ne pense pas qu’il puisse aller jusqu’à reproduire la situation de Volodymyr Zelensky, car les candidats à sa succession ne le laisseront pas faire.
Des contre-pouvoirs fragilisés
Le risque devient néanmoins plus sérieux lorsqu’on examine les nominations réalisées dans les institutions de contrôle. Le Conseil constitutionnel et la Cour de cassation sont notamment évoqués. La manière dont le procureur général près la Cour de cassation a été nommé alimente les interrogations, tout comme les conséquences de l’affaire Benalla et de son coffre-fort.
Me Di Vizio espère que le danger restera théorique, mais rappelle une distinction fondamentale : ce n’est pas l’existence du pouvoir qui définit une démocratie. Toutes les formes de régime possèdent un pouvoir. La démocratie repose sur les contre-pouvoirs et sur leur capacité à exercer pleinement leur contrôle.
- Le contrôle démocratique doit pouvoir fonctionner sans dépendre de l’exécutif.
- Le contrôle juridique doit conserver son autonomie.
- Le contrôle politique doit empêcher le pouvoir de devenir sans limites.
Lorsque les principales instances de contrôle sont occupées par des personnalités nommées dans les dernières années d’un mandat, la question de leur indépendance devient centrale. C’est à cet endroit précis que les inquiétudes exprimées sur l’avenir institutionnel peuvent prendre une dimension concrète.
Le sentiment qu’Emmanuel Macron ne veut pas partir
La situation actuelle se distingue nettement des fins de mandat précédentes. Avec Nicolas Sarkozy, chacun savait que le président pouvait être battu et quitter le pouvoir. Avec François Hollande, la possibilité d’un départ ou d’une nouvelle candidature s’inscrivait également dans un fonctionnement politique ordinaire.
Avec Emmanuel Macron, le sentiment est différent. Une partie des Français a l’impression qu’il ne veut pas partir et qu’il prépare les conditions lui permettant de prolonger son influence. Les discussions sur une éventuelle modification institutionnelle, une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale ou la nomination de proches dans certaines institutions nourrissent cette perception.
Le président donne l’image d’un dirigeant qui a découvert l’existence du peuple pendant la crise des Gilets jaunes, sans pour autant accepter de modifier sa manière de gouverner. Il continue d’avancer selon sa propre volonté, comme un enfant gâté habitué à obtenir ce qu’il veut. La contestation populaire lui a montré les limites de son pouvoir, mais elle n’a pas changé sa relation à la décision.
Un personnage toujours aussi difficile à saisir
Après dix années passées au sommet de l’État, Emmanuel Macron reste pourtant un personnage largement inconnu. Les questions demeurent sur ses origines politiques, ses véritables objectifs et son rôle au service de l’oligarchie. Son parcours, son avenir après l’Élysée et même sa vie personnelle continuent d’entretenir une impression d’opacité.
À l’approche de son départ, plusieurs scandales apparaissent autour de lui, tandis que personne ne sait réellement vers quelle fonction il pourrait se diriger ensuite. Cette absence de perspective claire renforce le sentiment qu’il ne quittera jamais complètement le pouvoir.
Pour Kentra Actu, c’est bien cette étrangeté qui domine : contrairement à ses prédécesseurs, Emmanuel Macron semble impossible à imaginer en ancien président. Une grande partie de la population ne sait ni ce qu’il prépare ni jusqu’où il compte aller pendant les derniers mois de son mandat. Entre accélération législative, tensions internationales, nominations institutionnelles et rejet populaire, sa fin de règne apparaît ainsi particulièrement imprévisible.
Source : Kentra Actu































































