Plus de trente-six ans de vie brisée, des traumatismes indélébiles et un sentiment amer d’abandon par l’institution judiciaire. Témoin clé du documentaire Sex Connection : de l’Empire TF1 au système Canal+, Olivier Agredano, neveu de l’ancien producteur vedette de TF1 Gérard Louvin, brise une nouvelle fois le silence lors d’un entretien accordé à Off Investigation. Face caméra, il livre des éléments inédits sur l’engrenage d’abus, de manipulation et de prédation dont il a été la victime dès l’enfance au sein même de son cercle familial.
Un système d’emprise et de prédation mis en place dès l’enfance
Les faits débutent alors qu’Olivier Agredano n’a que 10 ou 11 ans. Invité pour de longs week-ends ou des vacances d’été à Saint-Tropez qui s’étirent sur des semaines, l’enfant se retrouve rapidement pris au piège. Les premiers gestes s’installent sous couvert d’attentions bienveillantes : Daniel Moyne, compagnon de Gérard Louvin, vient le border dans son lit avant d’instaurer une contrainte physique et sexuelle quotidienne. Olivier Agredano explique avoir été transformé en pur objet, conditionné à obéir mécaniquement pour satisfaire les pulsions de Moyne.
Cette emprise se déroule au vu et au su de Gérard Louvin. Olivier Agredano rapporte qu’après chaque agression nocturne, Daniel Moyne lui ordonnait d’aller souhaiter une bonne nuit à son oncle. Plus tard, vers l’âge de 12 ou 13 ans, l’adolescent se voit même assigner un rôle sordide de rabatteur, incité à inviter des camarades de son village pour les week-ends organisés par le couple. Une entreprise de colonisation mentale et d’asservissement que la victime décrit comme un véritable formatage.
Les coulisses de la télévision et l’anesthésie par la drogue
Alors qu’il n’est encore qu’un jeune adolescent, Olivier Agredano gravite dans les coulisses des grandes productions de TF1, notamment l’émission emblématique Sacrée Soirée. Mentionné au générique comme garçon d’orchestre, il reçoit chaque mercredi un billet de 200 francs. Mais l’envers du décor se révèle sinistre : après les tournages, les soirées se prolongent dans la demeure du couple à Sèvres-Ville-d’Avray. De jeunes hommes gravitant autour de la production et rêvant d’une carrière dans le spectacle s’y retrouvent sous la houlette des producteurs.
Olivier Agredano se rappelle y avoir été jeté en pâture au milieu d’adultes, sous le regard complice et satisfait de Gérard Louvin. Pour maintenir le secret et asservir durablement l’enfant, la drogue est introduite très tôt. Dès l’âge de 12 ans, Daniel Moyne et Gérard Louvin lui fournissent ses premiers joints de cannabis, avant de le laisser s’enfoncer pendant des décennies dans la dépendance à toutes sortes de stupéfiants. Cette toxicomanie permettait d’anesthésier sa souffrance psychologique tout en garantissant qu’un drogué ne serait jamais pris au sérieux s’il venait à parler.
Argent et silence : la complicité du milieu familial
Le témoignage d’Olivier Agredano met également en cause son propre environnement familial. Il dénonce une complicité passive entretenue par les flux financiers émanant de son oncle fortuné. Ses parents recevaient régulièrement de l’argent en liquide versé par Gérard Louvin, fermant les yeux en contrepartie sur ce qui se passait. L’agression pouvait survenir à n’importe quel instant, y compris au sous-sol du pavillon familial lors d’un déjeuner de famille, pendant que les proches dégustaient le dessert à l’étage supérieur.
Une justice à l’arrêt malgré des éléments accablants
En 2014, la brigade de protection des mineurs frappe à la porte d’Olivier Agredano. L’enquête préliminaire ciblait initialement l’arrivée dans les années 1990 de Kevin Fromont, le fils adoptif de Gérard Louvin, à propos duquel des soupçons d’agressions avaient émergé. C’est en auditionnant l’entourage que le nom du neveu est revenu avec insistance sur les procès-verbaux. Entendu pendant des heures et placé sur écoute téléphonique durant deux années par les enquêteurs, Olivier Agredano se voit signifier par les policiers que son récit résonne d’une vérité indiscutable. Pourtant, le dossier est classé sans suite pour cause de prescription.
Après la lecture de l’ouvrage La Familia Grande en 2020, Olivier Agredano tente d’obtenir un règlement à l’amiable et une reconnaissance de son préjudice. Lors d’une confrontation dans leur propriété du sud de la France, Gérard Louvin esquive violemment toute responsabilité directe dans les actes de son conjoint. Une lettre écrite par le neveu pour apaiser ce lourd passé et demander réparation financière est aussitôt récupérée par le producteur lors d’un rendez-vous à Paris pour crier au chantage via ses avocats.
Après le rejet d’une nouvelle plainte en 2021, une plainte avec constitution de partie civile est déposée fin 2022. Convoqué chez le juge d’instruction parisien David Gorecki le 8 janvier 2024, le plaignant voit son rendez-vous annulé à la dernière minute pour cause de maladie du magistrat. Depuis cette date, aucune nouvelle convocation n’a été émise, laissant la victime dans une profonde détresse face à l’inertie du système judiciaire.
La plainte du fils adoptif et la ligne de défense du producteur
Un nouvel élément de taille est apparu dans ce dossier : la plainte déposée pour agression sexuelle par Kevin Fromont, le fils adoptif de Gérard Louvin. En vertu de la jurisprudence sur la connexité des infractions impliquant des mineurs, cette plainte non prescrite est susceptible de faire sauter le verrou de la prescription pour l’ensemble des victimes du tandem.
Contactés par Off Investigation, Gérard Louvin et Daniel Moyne ont refusé de répondre face caméra. Par l’intermédiaire de son avocat, Gérard Louvin maintient sa position : il affirme n’avoir jamais agressé sexuellement son neveu, revendique faire chambre à part avec Daniel Moyne, accuse Olivier Agredano de tentative d’extorsion et assure ignorer l’existence de toute démarche judiciaire engagée par son fils adoptif avec lequel il prétend entretenir d’excellentes relations.
Source : Off Investigation

























































