Prévoir l’avenir technologique dans le domaine biomédical est bien plus accessible qu’il n’y paraît. Contrairement à d’autres disciplines, la recherche scientifique procède de manière méthodique, avec des objectifs publiquement affichés par les laboratoires. Fort de son expérience au sein de la CIA et dans l’enseignement des études de sécurité nationale à l’université de New Haven aux États-Unis, le Dr Charles Morgan expose comment des innovations médicales conçues pour réparer le corps humain sont détournées ou adaptées à des fins militaires, de renseignement et d’opérations psychologiques.
Des interfaces cerveau-machine à la prise de contrôle corporel
Bien que l’être humain perçoive son esprit et son corps comme un système unique et intégré, la science parvient désormais à les dissocier. Dès 2008, les travaux d’Andy Schwartz à l’université de Pittsburgh ont démontré que des singes munis de microélectrodes implantées dans le cortex moteur pouvaient commander un bras robotique par la seule pensée pour se nourrir. Quatre ans plus tard, cette technologie a été appliquée avec succès à des patients humains tétraplégiques. L’étape suivante a consisté à affranchir ces dispositifs de la proximité physique : une expérience a permis à un primate marchant sur un tapis roulant aux États-Unis d’actionner simultanément, par ses signaux cérébraux transmis via Internet, un robot situé au Japon.
Pour la communauté du renseignement, la question logique qui en découle est celle du transfert direct d’un être humain à un autre. À l’université de Washington, le chercheur Andrea Stocco a réalisé ce que le Dr Morgan qualifie d’« expérience de possession ». Un premier sujet, coiffé d’un casque d’électroencéphalographie (EEG), regarde un jeu vidéo et pense à bouger sa main pour tirer sur une cible. L’ordinateur décode cette intention et l’envoie via Internet à un second appareil, qui active une bobine de stimulation magnétique transcrânienne placée sur le crâne d’une deuxième personne dans une autre pièce. Le champ magnétique excite les neurones correspondants et la main du second sujet s’actionne d’elle-même. Si l’application médicale vise à permettre à un chirurgien de guider à distance les mains d’un non-initié sur un champ de bataille, le résultat concret demeure la prise de contrôle physique du corps d’autrui par l’esprit d’un autre individu.
Transfert sensoriel, sixième sens et drones biologiques
Au-delà de la fonction motrice, les scientifiques ont réussi à transmettre des informations sensorielles et cognitives. En reliant les cerveaux de deux rats placés dans des boîtes distinctes, un premier rongeur (« l’encodeur ») analyse son environnement pour actionner le bon levier, tandis que son activité cérébrale est envoyée en temps réel dans le cortex sensoriel du second (« le décodeur »). Après 75 essais d’apprentissage, le second rat parvient à résoudre la tâche qu’il n’a jamais vue avec un taux de réussite supérieur à 85 %. Ce transfert sensoriel de cerveau à cerveau a également été reproduit chez l’humain de manière non invasive par stimulation rétinienne, atteignant ce même taux de précision de 85 %. Parallèlement, la DARPA (l’agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense) a obtenu l’autorisation de pratiquer 500 opérations d’implantation d’électrodes cérébrales profondes, ouvrant la voie au transfert de pensée humain et à la création de « cerveaux-ruches » capables de connecter plusieurs esprits pour décupler la vitesse de résolution de problèmes.
L’augmentation des capacités humaines échappe d’ailleurs au seul cadre institutionnel. Une communauté de « biohackers » expérimente en dehors de toute réglementation fédérale américaine : l’utilisation de gouttes oculaires à base de chlorine e6 (Ce6) permet déjà d’offrir une vision nocturne temporaire sur près de 50 mètres. En laboratoire, à l’université Duke, des chercheurs ont doté des rats d’un « sixième sens » en connectant des détecteurs infrarouges à leur cortex tactile. Appliqué au domaine militaire, ce principe permettrait à un agent de percevoir des radiations ou de visualiser les battements cardiaques d’individus à travers les murs grâce à des détecteurs à micro-ondes de 18 gigahertz directement interfacés avec son cerveau. De plus, la connexion d’un cerveau humain au système moteur d’un animal permet désormais de transformer des rats ou des cafards en véritables drones vivants infiltrables partout.
Ingénierie génétique, télécommande cellulaire et cryptage ADN
Les travaux du Dr Craig Venter, qui a créé une cellule synthétique vivante dès 2010, combinés à l’outil d’édition génétique CRISPR, représentent l’équivalent biologique de l’arme nucléaire. En programmant des plasmides d’ADN insérés dans des cellules, il devient possible de fabriquer n’importe quelle substance directement dans l’organisme, qu’il s’agisse d’un traitement médical ciblé ou d’un agent pathogène conçu pour ne tuer qu’une seule personne au monde selon son profil génétique. Sur le plan militaire, CRISPR offre la possibilité de reproduire des mutations génétiques spécifiques pour créer des soldats capables d’opérer en très haute altitude avec peu d’oxygène, de rester plus longtemps sous l’eau ou de bénéficier d’une force musculaire accrue.
Cette programmation cellulaire s’accompagne de la technologie DREADD (des récepteurs exclusivement activés par des drogues de synthèse), qui permet de contrôler des cellules à distance. Pour atteindre le cerveau sans chirurgie, il suffit d’utiliser des cellules souches programmées qui, une fois injectées par perfusion, migrent d’elles-mêmes vers la zone cérébrale ciblée pour y libérer une substance sur commande.
L’ADN s’impose également comme le support ultime de dissimulation d’informations, ou stéganographie ADN. Comme l’a démontré le Dr George Church à Harvard, un seul gramme d’ADN peut stocker à température ambiante l’équivalent d’innombrables tablettes numériques. Des chercheurs ont déjà encodé des images et même une séquence vidéo animée (GIF) dans l’ADN de bactéries ; lorsque celles-ci se reproduisent, leurs descendantes conservent le fichier intact. Indétectables aux contrôles de sécurité, quelques bactéries déposées sur la peau suffisent à transporter des données ultrasecrètes, tandis que la Chine publie activement sur le croisement entre le cryptage ADN et l’informatique quantique.
Effacement, modification et implantation des souvenirs
La mémoire humaine n’est pas un enregistrement immuable, ce qui en fait une cible privilégiée. À l’université Duke, des expériences sur la protéine PKM-zêta ont prouvé qu’il est possible d’effacer totalement de l’hippocampe d’une souris le souvenir d’un labyrinthe appris, au point que l’animal doit tout réapprendre à zéro. Couplée à des cellules souches programmées pour libérer cet inhibiteur dans l’hippocampe, cette méthode permettrait d’effacer de la mémoire d’un individu une réunion secrète venant d’avoir lieu.
Sans même recourir à la chimie, la création de faux souvenirs chez l’humain affiche une efficacité redoutable. En collaboration avec la chercheuse Elizabeth Loftus, le Dr Charles Morgan a mené une étude auprès de 900 militaires américains soumis au stress de l’école de survie SERE. Par de simples questions orientées ou la présentation d’une photographie truquée après un interrogatoire, la quasi-totalité des soldats ont adopté de faux souvenirs, affirmant avec une certitude de 8 sur 10 avoir vu un autre interrogateur ou la présence d’armes à feu pourtant inexistantes. Elizabeth Loftus a également prouvé qu’implanter le faux souvenir d’une intoxication alimentaire ou d’une violente gueule de bois à la tequila modifie durablement le comportement futur des sujets, qui refusent ensuite ces aliments ou boissons. Modifier la mémoire permet ainsi de contrôler les motivations d’une personne sans avoir à la persuader, ou de protéger un agent en remplaçant dans son esprit les vrais visages et plans d’une planque par de fausses informations auxquelles il croira sincèrement en cas de capture.
Enfin, des travaux menés en France ont démontré qu’il est possible de sonder les connaissances d’une personne endormie et de lui inculquer de nouvelles informations durant son sommeil, sans qu’elle ait conscience de cet apprentissage à son réveil. Cette percée ouvre la porte à l’extraction d’informations sensibles ou d’aveux directement depuis le cerveau d’un sujet endormi, contournant ainsi toute résistance consciente.
Source : David George




























































