Une étude fascinante publiée dans la revue scientifique Scientific Reports lève le voile sur des pratiques funéraires pour le moins déroutantes en Chine ancienne. Des archéologues ont mis au jour un cimetière antique appartenant à la culture Liangzhu, une importante civilisation néolithique qui s’est développée entre 3 000 et 2 500 avant notre ère. Pour la première fois sur un site associé à cette culture, les chercheurs ont découvert des crânes humains délibérément façonnés et sculptés pour servir d’objets rituels et utilitaires au quotidien.
Des gobelets et des masques façonnés dans l’os humain
Sur la cinquantaine de restes osseux individuels analysés par les scientifiques, plusieurs pièces ont particulièrement attiré l’attention. Quatre crânes ont été minutieusement tranchés ou fendus afin d’être transformés en récipients, s’apparentant à de véritables gobelets. D’autres ossements crâniens ont subi une découpe verticale pour devenir des masques squelettiques, dont l’aspect rappelle étrangement les représentations traditionnelles de la fête des Morts au Mexique.
Les fouilles ont également révélé un artefact encore plus mystérieux : un crâne dont la partie postérieure est perforée de plusieurs trous, et dont la mâchoire inférieure a été volontairement aplatie. Les archéologues s’interrogent encore sur la fonction exacte de cet objet singulier.
Selon Elizabeth Berger, bio-archéologue à l’Université de Californie à Riverside, ces découvertes témoignent d’un rapport très particulier à la mort. Elle explique que les membres de la culture Liangzhu en étaient arrivés à percevoir certains corps humains comme une simple matière première inerte. Cette approche pragmatique et utilitaire du cadavre bouscule nos conceptions habituelles des rites funéraires anciens, souvent empreints de sacralité.
Une pratique éphémère et dénuée de violence
Les analyses au radiocarbone et l’examen détaillé des squelettes ont permis d’établir plusieurs faits marquants sur cette étonnante tradition :
- La modification des ossements post-mortem s’est étalée sur une période relativement courte d’environ 200 ans.
- De nombreux objets en os sculptés ont été retrouvés dans un état inachevé.
- Certains de ces restes travaillés ont été tout simplement jetés dans des canaux de drainage.
- Aucune trace de traumatisme ou de mort violente n’a été identifiée sur les squelettes étudiés.
Ce dernier point s’avère capital pour les chercheurs. L’absence de marques de violence indique que le façonnage des crânes n’était pas consécutif à des sacrifices humains ou à des meurtres. Les artisans intervenaient bien après le décès, une fois la décomposition naturelle du corps finalisée.
Pour expliquer l’apparition de cette pratique, Junmei Sawada, anthropologue biologique à l’université de la santé et du bien-être de Niigata au Japon et auteur principal de l’étude, avance une explication sociologique. Le développement d’une société plus urbaine à cette époque aurait favorisé les interactions entre des individus n’appartenant pas aux mêmes cercles familiaux. Cette absence de liens de parenté étroits aurait pu atténuer le respect traditionnel accordé aux dépouilles des personnes étrangères à la communauté.
Cependant, le mystère reste entier quant à la disparition soudaine de cette coutume après seulement deux siècles d’existence. Les scientifiques espèrent que de futures analyses génétiques sur les ossements permettront de comprendre qui étaient ces individus et d’expliquer pourquoi cette tradition a été abandonnée.
Cette utilisation des restes humains à des fins utilitaires ou artisanales n’est d’ailleurs pas un cas unique dans l’histoire de l’humanité. À titre d’exemple, des fouilles menées en 2023 près de Cambridge, en Angleterre, ont permis de découvrir un peigne à cheveux façonné à partir d’un morceau de crâne humain. Ces découvertes archéologiques nous rappellent que notre perception contemporaine du respect absolu dû aux morts est une construction culturelle qui varie grandement selon les époques et les civilisations.
Source : futura-sciences.com





























































