Depuis sa sortie, le film HIM n’a clairement pas été à la hauteur de l’engouement qu’il avait suscité. Avant son arrivée dans les salles, la présence du nom de Jordan Peele laissait espérer une œuvre fascinante, dotée de multiples niveaux de lecture et d’un message profond. Au lieu de cela, le public s’est retrouvé face à un désastre au rythme mal géré et à l’exécution chaotique, décevant à la fois les spectateurs et les critiques sur presque tous les plans. Ce rejet massif s’est traduit par un score catastrophique de 31 % sur Rotten Tomatoes, beaucoup qualifiant l’œuvre de creuse et dénuée de sens.
Pourtant, malgré ses défauts d’exécution évidents, ce film renferme un message crypté d’une importance capitale, dissimulé au cœur de son intrigue. HIM lève le rideau et révèle les rouages internes de la célébrité au sein de la NFL. Il expose le véritable prix à payer pour devenir le « GOAT » (le meilleur de tous les temps) et la forme terrifiante que prend ce sacrifice. Bien qu’imparfait, ce long-métrage est le Eyes Wide Shut des temps modernes. Il offre un regard brut sur la part d’ombre de la gloire dans le sport et l’industrie du divertissement, posant une question glaçante : pour devenir une star, que sommes-nous prêts à sacrifier ?
L’illusion du mérite et le piège de l’élite
Si la majorité du public n’a pas apprécié ce film, c’est précisément parce qu’il dévoile une facette inédite et dérangeante d’un sport adulé par des millions de personnes. Avant même sa sortie officielle, les critiques avaient collectivement détruit les attentes, pointant du doigt un rythme désastreux qui condense toute l’intrigue dans les quinze dernières minutes. Mais cette précipitation cache une vérité que peu de gens ont su décrypter.
L’histoire suit Cameron, un athlète qui a grandi en admirant la star du football Isaiah White, considéré comme le GOAT. Poussé et conditionné par son père depuis l’enfance, Cameron est perçu comme la prochaine grande légende du sport. Alors que la ligue commence à s’intéresser à lui en vue du repêchage, les événements prennent une tournure sombre. La veille de son audition, il est violemment attaqué par un individu portant un masque de bouc (goat en anglais). Frappé à l’arrière de la tête, il subit une commotion cérébrale, ce qui compromet ses chances. C’est à ce moment que son agent, Tom, lui obtient un essai exclusif avec les Saviors, l’équipe de son idole Isaiah. La condition ? S’entraîner avec Isaiah pendant une semaine dans son complexe privé.
Le sang, les rituels et le conditionnement
Dès son arrivée, Cameron est plongé dans un univers étrange. Après un entraînement où Isaiah se montre impressionné, Cameron prend un bain de glace et observe Isaiah se faire prélever du sang. Ce dernier prétend stocker son sang lorsqu’il est au sommet de sa forme pour l’utiliser plus tard et propose à Cameron d’en recevoir. Face à son refus, un employé d’Isaiah injecte le sang à Cameron de force quelques instants plus tard. C’est le début d’une descente aux enfers.
Le film expose ensuite les méthodes cruelles et déshumanisantes de l’élite. Lors d’un entraînement, Isaiah force Cameron à battre un chronomètre de deux secondes. À chaque échec, une machine projette violemment un ballon au visage d’un autre athlète, jusqu’à ce que Cameron réussisse. Peu après, Elsie, la femme d’Isaiah, entre en scène. Elle agit comme un agent de liaison, une « honeypot » chargée de manipuler Cameron. Elle l’invite à une fête prétendument pour rencontrer le propriétaire de l’équipe. Lorsqu’il s’interroge sur le lieu sordide de la soirée, Elsie lui avoue sans détour qu’ils utilisent des endroits discrets pour cacher leurs rituels étranges.
À l’intérieur, un employé tente de prévenir Cameron du danger imminent, le suppliant de fuir. Ignorant l’avertissement, Cameron retrouve son agent et le propriétaire de l’équipe. Il accepte de franchir « l’étape suivante » et boit un vin infusé avec le sang d’Isaiah. Pendant qu’il fait la fête, Elsie sacrifie l’employé qui avait tenté de l’aider. Cameron finit par découvrir le masque de bouc porté par son agresseur, dissimulant la tête décapitée de l’homme sacrifié.
L’alchimie occulte et le « Grand Œuvre »
Le lendemain, Cameron se réveille dans un bain de glace, relié à une intraveineuse de sang d’Isaiah. Il est allongé sur une machine, positionnée au-dessus d’un symbole ésotérique précis. Lorsqu’il retrouve Isaiah dans une salle de cinéma, ce même symbole orne la porte qui se referme derrière lui. Isaiah lui dévoile alors la terrifiante vérité : le GOAT n’est pas simplement un excellent joueur. Il est choisi par l’élite, et il ne peut y en avoir qu’un seul à la fois.
Cameron a été sélectionné à la suite d’un pacte conclu des années plus tôt par son père, un militaire lié au propriétaire de la ligue. Son père l’a offert en sacrifice pour qu’il devienne le prochain GOAT, le conditionnant toute sa vie. Les transfusions sanguines font partie d’un rituel occulte : chaque GOAT reçoit le sang de son prédécesseur pour maintenir « l’esprit du bouc » en vie. Ce sang confère un talent surnaturel à celui qui le reçoit. Pour prendre la place d’Isaiah, Cameron doit l’assassiner.
Cette dynamique est directement liée à un concept alchimique fondamental : le Grand Œuvre. L’alchimie est une pratique spirituelle ancienne, pilier de nombreuses sociétés secrètes, visant à transformer de simples humains en dieux transcendés. Dans le film, le terme GOAT (le bouc) représente l’accomplissement de ce Grand Œuvre. Le rituel alchimique nécessite sept étapes, ce qui correspond exactement aux sept jours sur lesquels se déroule l’intrigue du film. Le bouc est la figure de Baphomet, une entité démoniaque qui prend possession du joueur imprégné du sang rituel. Le symbole omniprésent dans le film — un cercle dans un carré, lui-même dans un triangle, entouré d’un grand cercle — est le symbole authentique du Grand Œuvre alchimique.
La franc-maçonnerie et les jeux de gladiateurs modernes
Après avoir tué Isaiah, accomplissant ainsi l’étape de la mort et de la renaissance inhérente au Grand Œuvre, Cameron sort de la pièce et marche sur un sol en damier noir et blanc. Ce motif, déjà aperçu lors de l’invitation d’Elsie, est le symbole maçonnique par excellence, présent dans chaque loge. Le film indique clairement que les propriétaires des équipes appartiennent à la franc-maçonnerie.
Cette connexion n’a rien d’une fiction. Walter Camp, considéré comme le père du football américain, était membre de la société secrète des Skull and Bones, une organisation fondée par des francs-maçons à l’Université de Yale. La franc-maçonnerie tire les ficelles du football depuis sa création. Ce sport n’est rien d’autre qu’une version moderne des jeux de gladiateurs, conçue par l’élite pour distraire les masses et les maintenir occupées. Le combat à mort entre Cameron et Isaiah illustre parfaitement cette réalité : des gladiateurs sacrifiant leur vie pour le divertissement du public.
Le refus de vendre son âme
L’une des scènes les plus révélatrices se déroule dans le désert, lorsqu’Isaiah propose à Cameron de lui offrir tout ce qu’il désire s’il réussit un tir. Cette séquence fait directement écho à la tentation du Christ, lorsque Satan lui offre le monde en échange de son allégeance. Tout comme Jésus, Cameron refuse la proposition, affirmant ne pas vouloir de faveurs.
Ce refus culmine à la fin du film. Sur le terrain, entouré des propriétaires et d’Elsie tenant son contrat de la NFL, Cameron est sommé de signer pour recevoir le « don ». Son agent lui avoue que tout a été orchestré — y compris la mort de son père et l’agression initiale — pour s’assurer que les Saviors soient la seule équipe à pouvoir le recruter. Les propriétaires menacent de tuer sa famille s’il refuse de signer le pacte qui scellera sa possession démoniaque. Mais Cameron choisit de ne pas céder. Il élimine les propriétaires et conserve son âme. L’agent Tom, tentant de fuir, est finalement tué par la force démoniaque qui devait posséder Cameron.
HIM fonctionne comme une véritable confession cachée à la vue de tous. Il est évident que les critiques ont volontairement détruit l’image du film et que les studios ont intentionnellement saboté son montage pour s’assurer qu’il soit mal reçu par le grand public. Malgré cette exécution laborieuse, le message résonne avec une clarté absolue : pour devenir le GOAT, il faut payer un prix d’une noirceur insondable. Un prix que Cameron a eu le courage de refuser.

























































