On nous répète sans cesse que la dette publique découle d’une mauvaise gestion des dépenses de l’État, d’un manque de compétitivité ou de transferts sociaux excessifs, et que la seule issue réside dans l’austérité, les privatisations et l’alourdissement des impôts. Cette fable occulte la véritable racine du problème : la création monétaire par le crédit privé avec intérêt. L’endettement perpétuel des nations résulte en réalité d’une trahison politique qui a livré le financement des États aux banques commerciales, transformant l’impôt sur le revenu en un simple outil de collecte au profit des créanciers.
L’angle mort de l’enseignement économique et le coup de force de 1913
Le fonctionnement de la monnaie est pourtant enseigné dès la première année d’université, mais sans aucun recul critique. Après avoir enseigné le droit et l’économie pendant dix ans, Étienne Chouard raconte avoir longtemps décrit ce mécanisme à ses étudiants comme une simple donnée technique parmi d’autres, entre le chômage et l’inflation : les banques privées créent la monnaie, puis se refinancent auprès de la banque centrale selon leurs parts de marché. Lorsqu’il a fini par s’indigner de ce système, son ami l’économiste Frédéric Lordon lui a rappelé que tout le monde apprend cela en faculté. Mais l’université présente cette mécanique comme normale et souhaitable, sans jamais inviter les citoyens à contester la privatisation de la monnaie.
Le cas d’école de cette confiscation est celui des États-Unis en 1913. Avant cette date fatidique, les Américains disposaient d’une banque centrale plus ou moins contrôlée par les citoyens, leur État n’était pas endetté et l’impôt sur le revenu n’existait pas. La population refusant catégoriquement la domination de Wall Street et l’idée d’une banque centrale privée, une poignée de banquiers a manœuvré pour faire voter à la hâte, au moment de Noël, la création de la « Federal Reserve » (Réserve fédérale), un nom trompeur choisi pour donner l’illusion d’une institution publique.
Derrière la fondation de la FED figuraient de grandes dynasties bancaires : les banques Rothschild de Londres et de Berlin, Lazard Frères de Paris, Israel Moses Sieff d’Italie, Warburg de Hambourg et d’Amsterdam, ainsi que les banques new-yorkaises Kuhn Loeb, Chase Manhattan et Goldman Sachs. Elles ont obtenu le privilège exorbitant de prêter à l’État américain l’argent dont il a besoin moyennant un intérêt de 6 %. La même année, en 1913, le président Wilson a instauré l’impôt sur le revenu. Le piège s’est ainsi refermé : dans un premier temps, les banquiers endettent l’État à leur égard ; dans un second temps, un nouvel impôt est créé pour prélever sur le travail des citoyens de quoi payer la rente de ces mêmes banquiers.
L’impôt sur le revenu : une ponction intégralement dédiée au service de la dette
Ce mécanisme s’applique exactement de la même manière en France, où toute la masse monétaire n’est aujourd’hui constituée que de dettes, publiques ou bancaires. Contrairement au discours officiel invoquant le « devoir citoyen », 100 % des sommes payées au titre de l’impôt sur le revenu ne servent nullement à faire fonctionner les hôpitaux, les écoles ou les services publics. Cet argent part intégralement dans le service de la dette, c’est-à-dire dans les poches de créanciers fortunés qui prêtent à l’État, uniquement parce que nos représentants ont renoncé au droit régalien de créer la monnaie nationale.
Depuis 1973, le poids de ces intérêts n’a cessé d’enfler, au point que les déficits annuels correspondent grosso modo au seul service de la dette. Sans cette charge artificielle, le budget de l’État serait resté à peu près à l’équilibre. Il ne s’agit même plus de rembourser le capital — devenu mathématiquement inaccessible tant les sommes sont colossales —, mais uniquement d’acquitter les intérêts. Les milliards présentés comme introuvables pour financer la Sécurité sociale, les retraites, EDF, GDF et l’ensemble des services publics existent bel et bien : ils sont tout simplement absorbés par cette rente financière.
De la loi de 1973 à l’article 123 du traité européen
Face à la crise de la zone euro, François Hollande avançait que les crises sont cycliques dans le capitalisme et qu’il suffit d’attendre la relance. Or, entre 1945 et 1973, soit pendant près de trente ans, il n’y a eu aucune crise financière grâce à des régulateurs efficaces qui ont été méthodiquement détruits depuis. De sa création en 1801 jusqu’en 1973, la Banque de France finançait l’État sans intérêt. Mais la loi dite Giscard-Pompidou-Rothschild de 1973 (appliquée en 1974) a interdit ce financement gratuit, obligeant la France à emprunter sur les marchés financiers privés à des taux de 4 ou 5 %.
Les données chiffrées démontrent l’ampleur de cette spoliation :
- La dette publique française est passée de 21 % du PIB en 1979 à 78 % en 2009, avant de franchir le cap des 80 %, puis des 90 à 91 %.
- Si la France avait continué d’emprunter les mêmes montants sans intérêt auprès de la Banque de France comme avant 1973, la dette plafonnerait entre 9 % et 17 % du PIB selon les calculs.
- Comme le souligne un ancien directeur de cabinet ministériel, quinze ans de coupes budgétaires sévères, de non-remplacement des fonctionnaires et de transferts de charges vers les collectivités locales ont laissé aux ministères « la peau sur les os » : l’explosion de la dette ne provient donc pas d’un train de vie excessif de l’État, mais du cumul des intérêts siphonnés par les banques privées.
Il est mathématiquement impossible de résorber les dettes publiques et privées sans remettre en cause la création monétaire par le crédit avec intérêt. Pour remplir la baignoire de l’économie, les États ont fermé il y a une quarantaine d’années le premier robinet — celui de la monnaie centrale sans dette — pour laisser couler le second, celui du crédit bancaire privé qui autoalimente l’endettement au profit des grandes banques.
Ce système a ensuite été verrouillé par l’article 123 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Ce texte interdit à la Banque centrale européenne (BCE) et aux banques centrales nationales des 27 États membres d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux administrations et collectivités publiques, ou d’acheter directement leurs titres de dette. Pour mettre fin à cet endettement perpétuel, la véritable solution consiste à abroger l’article 25 de la loi de 1973 ainsi que l’article 123 du TFUE — ce qui constitue un motif majeur de sortie de l’Union européenne —, afin de restituer à la Banque de France son pouvoir régalien de financement sans intérêt de l’État et des collectivités publiques.
Source : Artémisia Collège




























































