Vous pensez être à l’abri de la surveillance de masse en utilisant un simple VPN ? La réalité technologique est bien plus complexe et inquiétante. Emmanuelle Darles, experte indépendante auprès de la Commission européenne, lève le voile sur les mécanismes de traçage numérique qui se déploient actuellement, notamment sous couvert de la vérification d’âge et de la facturation électronique. Face à cette immixtion grandissante dans notre vie privée, des solutions concrètes de résistance s’organisent.
Le piège de France Identité et la fausse promesse des VPN
En ayant accès aux codes sources développés pour les institutions européennes, Emmanuelle Darles a pu analyser le fonctionnement du système de vérification d’âge qui se met en place en France sous la bannière France Identité. Le constat est sans appel : ce code a été conçu par T-Systems, une filiale de Deutsche Telekom. Cette même entreprise, qui possède par ailleurs une succursale en Chine, est celle qui avait déjà implémenté le passe sanitaire. La vérification d’âge n’est en réalité qu’une simple fonctionnalité d’un projet bien plus vaste : le portefeuille d’identité numérique (e-ID wallet).
Pour échapper à ce maillage, beaucoup pensent qu’un VPN classique (comme NordVPN ou ProtonVPN) suffit. C’est une erreur fondamentale. La navigation sur mobile ou ordinateur laisse une empreinte numérique (fingerprinting). La résolution de votre écran, la fréquence de votre carte son ou la configuration de votre système créent une signature unique qui permet à n’importe quel site de vous identifier formellement, même si votre adresse IP est masquée.
De plus, les VPN commerciaux s’appuient massivement sur le protocole de chiffrement militaire WireGuard. Bien qu’efficace, ce protocole est facilement identifiable par les autorités. Si un gouvernement décide d’exiger une vérification d’âge ou d’identité pour toute connexion utilisant un VPN, l’anonymat s’effondrera instantanément.
Delyrium : l’arme de l’obfuscation contre le traçage
Face à ce constat, Emmanuelle Darles et Vincent Pavan ont fondé le 5 juillet l’Alliance pour les libertés numériques. Loin d’être une énième association de contestation stérile, cette structure a développé une parade technologique concrète : l’application Delyrium.
Déployée au 1er septembre, cette solution gratuite pour mobiles repose sur deux piliers fondamentaux pour casser le matraquage numérique :
- L’obfuscation : Une technique utilisée dans des pays sous forte censure comme l’Iran ou la Chine. Elle consiste à masquer la nature réelle de votre trafic internet. Pour les systèmes de surveillance, votre navigation ressemblera à un simple flux de streaming vidéo sur Netflix.
- Un navigateur anti-fingerprinting : L’application intègre un navigateur spécifique qui neutralise la collecte des données matérielles, empêchant la création de votre empreinte numérique sur les réseaux sociaux et les sites web.
L’infrastructure de Delyrium est hébergée par 1984 en Islande, la plaçant ainsi hors de la juridiction de l’Union européenne. Le système ne conserve aucun journal de connexion (no log), garantissant un anonymat total. Le projet, accessible via le site de l’association (libertenumerique.fr) ou directement sur delyrium.com, fonctionne sur un modèle de financement solidaire : l’outil est gratuit pour tous, soutenu financièrement par ceux qui en ont les moyens.
Pour les utilisateurs sur ordinateur portable, le navigateur Opera constitue également une alternative intéressante, car il embarque nativement un VPN gratuit et une technologie limitant l’empreinte numérique.
Recréer l’armée des soldats numériques
Le développement de Delyrium s’inscrit dans une philosophie de résistance profonde. Vincent Pavan rappelle que la protection de la vie privée n’est pas un droit accessoire : c’est le rempart ultime contre le totalitarisme. En s’appuyant sur les travaux de la philosophe Hannah Arendt, il souligne que les régimes totalitaires se caractérisent toujours par l’immixtion du public dans la sphère privée. Les récentes volontés politiques de traquer les opinions dissidentes sous couvert de lutte contre « l’ingérence intérieure » illustrent parfaitement cette dérive.
L’objectif n’est pas de protéger les enfants. Ce qu’ils veulent, c’est capter les opinions des gens, pouvoir censurer et bâillonner ceux qui ne pensent pas comme eux.
Pour Emmanuelle Darles, il est vital de ressusciter l’esprit de l’underground des années 2000. À l’époque, une véritable armée de hackers (chapeaux blancs, gris et noirs) luttait collectivement contre les dérives sécuritaires. Aujourd’hui, face à la récupération politique et à l’individualisme des réseaux sociaux, il faut recréer des espaces de résistance technique et physique, à l’image des initiatives comme Crowd Bunker ou les rencontres citoyennes locales.
La facturation électronique : l’autre visage du contrôle total
La surveillance ne se limite pas à la navigation web. L’obligation de la facturation électronique s’inscrit dans la même logique de flicage généralisé. Sous prétexte de lutter contre le blanchiment d’argent ou le narcotrafic, l’État met en place un système capable de siphonner les fichiers clients des indépendants et des petits patrons.
L’outil Tracfin, utilisé par l’administration fiscale, s’appuie désormais sur l’intelligence artificielle pour scruter la moindre opération bancaire, y compris sur des comptes en ligne domiciliés hors d’Europe. Face à cette tenaille administrative et fiscale, la résistance passe par des gestes simples et ancestraux : privilégier les paiements en espèces et les transactions de main à main pour échapper à la numérisation forcée des échanges économiques.
L’heure n’est plus aux simples recours juridiques, qui ont prouvé leur inefficacité cuisante lors de la crise sanitaire. Il s’agit désormais d’exiger des preuves scientifiques de l’efficacité des mesures coercitives imposées par le gouvernement, et surtout, de s’armer technologiquement pour préserver notre souveraineté individuelle.
Source : Magazine Nexus





























































