Devon Larratt est mondialement reconnu comme une véritable légende du bras de fer, mais pendant près de deux décennies, il a mené une existence radicalement différente et tenue secrète. Lors de son passage dans le podcast de Joe Rogan, l’athlète s’est confié sur ses années passées au sein des forces spéciales canadiennes et sur les mécanismes psychologiques extrêmes qu’il a dû développer pour affronter la réalité brutale de la guerre.
Une double vie au sein de l’unité la plus secrète du Canada
Pendant 16 de ses 20 années de service militaire, Devon Larratt a opéré au sein de la JTF2 (Deuxième Force opérationnelle interarmées), l’une des unités de forces spéciales les plus secrètes au monde. Spécialisée dans l’antiterrorisme, son équipe menait principalement des assauts nocturnes, notamment lors de nombreux déploiements en Afghanistan, dans la région de Kandahar.
Pour protéger la sécurité des opérations, il devait maintenir un anonymat strict. Aux yeux du grand public et de ses adversaires dans les tournois de bras de fer, il n’était qu’un simple agriculteur. Il raconte avec amusement que certains compétiteurs pensaient qu’il avait peur de se présenter à certains tournois, alors qu’il se trouvait en réalité en pleine zone de guerre, engagé dans des combats armés.
Créer un alter ego pour survivre au combat
Contrairement à certains soldats qui ne ressentent aucune appréhension avant une mission, Devon Larratt admet qu’il était terrifié. Pour surmonter cette peur paralysante et accomplir son devoir, il a développé une technique mentale redoutable : la séparation de sa propre identité.
« Je transformais complètement mon personnage. Vous n’êtes pas la même personne sur le terrain et de retour à la base. J’ai créé un personnage qui adorait ça, qui l’attendait avec impatience, qui avait soif de tuer. »
Ce « déclic » psychologique est essentiel pour atteindre le niveau de performance requis sur le champ de bataille. Selon lui, la psychologie nécessaire pour dîner avec sa mère est fondamentalement différente de celle requise pour mener un assaut sur les lignes de front. En endossant ce rôle de manière répétée, le soldat finit par s’y habituer, jusqu’à en tirer une forme d’excitation.
La méthode brutale de désensibilisation
Pour maîtriser ses peurs, Devon Larratt appliquait une méthode consistant à affronter mentalement les pires scénarios possibles. Il cite l’exemple de son appréhension des sauts en parachute. Pour s’en débarrasser, il a regardé des vidéos d’accidents et de défaillances de parachutes en boucle, jusqu’à ce que son cerveau soit totalement désensibilisé à cette angoisse. Aujourd’hui, il compte des centaines de sauts à son actif.
Il a appliqué cette même logique à la guerre, en acceptant purement et simplement l’idée qu’il allait mourir. Une fois la mort acceptée, l’esprit est libéré et peut se concentrer exclusivement sur l’exécution parfaite de la mission.
Joe Rogan souligne d’ailleurs qu’aucun psychologue classique ne pourrait enseigner ou même comprendre ce niveau de préparation mentale. Il existe un gouffre immense entre la théorie enseignée dans les livres et l’application concrète lorsqu’un individu saute d’un avion en pleine nuit pour abattre des cibles ennemies.
L’ultimatum décisif : choisir entre l’armée et le sport
La carrière militaire de Devon Larratt a pris un tournant inattendu en 2014. À cette époque, le bras de fer gagnait en popularité et les compétitions commençaient à être diffusées sur la chaîne sportive ESPN. L’anonymat absolu exigé par la JTF2 devenait incompatible avec son statut de champion du monde en titre et son exposition télévisuelle grandissante.
Sa hiérarchie lui a posé un ultimatum clair : arrêter le bras de fer ou quitter l’unité. Refusant d’abandonner le sport qu’il pratiquait depuis l’enfance, il a accepté une année de congé sans solde. À 39 ans, père de famille, il s’est retrouvé sans revenu, contraint de tout miser sur les compétitions de bras de fer pour survivre financièrement.
La pression a culminé lors des finales de la WAL (World Armwrestling League), où le vainqueur remportait 20 000 dollars et le perdant repartait les mains vides. S’il perdait, il risquait de devoir vendre sa maison. Malgré un stress immense, il a remporté la victoire, assurant ainsi l’avenir de sa famille.
À son retour de congé, l’armée l’a affecté au recrutement pour sa vingtième et dernière année de service, lui permettant de valider sa pension militaire avant de se consacrer définitivement et à plein temps à sa carrière de bras de fer, fort d’une discipline et d’une résilience forgées dans les conditions les plus extrêmes.
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