Lors d’un déplacement à Marseille le 26 octobre, Emmanuel Macron a feint l’étonnement avec un air faussement naïf : « Je ne comprends pas, le pays ne devrait pas être dans cet état d’ébullition à six mois d’une élection présidentielle. » Lors d’un entretien mené par Florian Philippot, la psychologue clinicienne Marion Saint-Michel, auteure de l’ouvrage La gouvernance perverse, décrypte cette communication présidentielle qui souffle le chaud et le froid et feint de s’étonner des conséquences de causes qu’elle gère pourtant elle-même.
Manier la perversion exige de la délicatesse, car dès que les ficelles deviennent trop grosses, le mécanisme cesse de fonctionner. Or, le système oligarchique en fait désormais beaucoup trop. À l’image de l’allocution présidentielle creuse au lendemain du 17 octobre, où le chef de l’État surjouait l’autorité en répétant que l’intolérable n’aurait plus lieu avant que tout ne recommence la semaine suivante, le décalage avec les exigences de la fonction saute aux yeux. De plus en plus victimes des graves dysfonctionnements de la République, les Français ne sont pas dupes et perçoivent clairement cette insincérité.
Du 17 au 24 octobre : le dosage calculé du chaos
La comparaison entre les samedis 17 et 24 octobre illustre ce pilotage politique. Le 17 octobre, alors que 600 000 personnes défilaient pacifiquement, la journée s’est soldée par une sauvagerie inouïe : l’hôtel de ville de Limoges ravagé et brûlé, des saccages multiples et 3000 commerces pillés. La semaine suivante, malgré une mobilisation quasi équivalente, aucun débordement majeur n’a eu lieu.
Loin d’une simple erreur d’appréciation corrigée sept jours plus tard, cette différence révèle une gestion millimétrée du curseur de la tension. Le 17 octobre, les effectifs policiers déployés étaient dérisoires comparés aux dispositifs mis en place face aux Gilets jaunes. Au milieu de manifestants aux revendications légitimes ont déboulé 5000 black blocs pourtant fichés et connus des services, souvent issus de très bons milieux. Des témoins ont entendu ces individus vêtus de noir parler diverses langues étrangères, notamment le néerlandais, et certains les ont même vus repartir dans des cars de CRS. Face à la consternation unanime provoquée par le désastre du 17 octobre, le pouvoir a jugé urgent de reprendre les choses en main le 24. Ce dosage pervers consiste à pousser les feux, puis à envoyer les pompiers lorsque l’embrasement va trop loin.
Il n’existe en réalité pas d’autres émeutes en France que celles attisées par le pouvoir. Cette stratégie du choc poursuit deux objectifs : discréditer les revendications légitimes et gouverner par la peur en agitant le spectre d’une guerre civile pourtant infondée. Dans ce grand théâtre, tout l’échiquier des candidats officiels, de l’extrême gauche jusqu’au Rassemblement national, fait le jeu de l’exécutif. Emmanuel Macron n’aurait jamais été réélu sans la contribution des deux extrêmes, et aucune tentative réelle de destitution n’a été menée malgré l’épaisseur des dossiers. Si La France insoumise participe à cette agitation qui manipule la jeunesse, le désordre profite exclusivement au pouvoir en place.
Fatigue mentale, idiots utiles et hypercontrôle européen
Sur le plan psychologique, cette alternance permanente entre tension extrême et relâchement — déjà appliquée durant le Covid à coups de vagues successives — combinée au mantra présidentiel du « en même temps », provoque chez les citoyens de la dissociation et une profonde fatigue mentale. Comme 95 % de la population n’est ni perverse ni psychopathe, il est très difficile d’imaginer qu’un pouvoir puisse souhaiter le désordre à ce point. À chaque accalmie, beaucoup préfèrent croire à de l’incompétence corrigée. Or, l’ordonnancement global de ces crises n’a rien d’incompétent : il est pensé par de véritables stratèges, tant à l’échelle nationale que supranationale, les mêmes troubles s’observant ailleurs en Europe, notamment dans l’Italie de Giorgia Meloni.
Ces crises fabriquées servent à déplacer la fenêtre d’Overton pour faire accepter aux populations ce qu’elles auraient refusé en temps normal, au profit du projet de l’Union européenne visant à dissoudre les nations. Les objectifs derrière ce chaos vont de l’activation de l’article 16 ou l’annulation de l’élection présidentielle jusqu’à l’instauration d’une société de contrôle intégral. Dès le lendemain du 17 octobre, des maires ont décrété des couvre-feux et réclamé davantage de surveillance. Parallèlement, la population s’auto-confine sous l’effet de deux leviers redoutables : la peur et le tarif des carburants, un gasoil avoisinant les 3 euros dissuadant les Français de se déplacer sans même avoir besoin de décréter un confinement officiel.
Ce mécanisme s’appuie sur des « idiots utiles » — terme désignant une fonction politique et non un manque d’intelligence. Ainsi, commentant le 17 octobre à la télévision, le député RN monsieur Nicoli a suggéré que l’Union européenne protège la France en créant une police européenne face aux émeutes. Une telle proposition sert directement le triptyque des gouvernants : prédation, destruction des populations et hypercontrôle supranational.
Qu’elle soit sanitaire, énergétique ou sécuritaire, chaque crise reçoit invariablement le même faux remède : couvre-feu, confinement, interdiction de manifester et contrôle des réseaux sociaux. En réalité, à l’image du Covid qui a servi de prétexte pour administrer le vaccin, le remède est le but lui-même, et les émeutes n’en sont que le moyen.
Les racines de la violence et le sursaut par la vérité
Quant à la violence et l’insécurité chroniques, visibles par exemple après une victoire du PSG et liées à des décennies d’immigration massive organisée sans volonté d’assimilation, elles découlent directement des choix politiques des gouvernements successifs, aggravés par l’inflation, le chômage et l’effondrement économique.
En psychologie, la violence surgit lorsque la parole n’est plus entendue : celui qu’on n’écoute pas finit par passer à l’acte. Or, depuis dix ans, le pouvoir organise des états généraux dont il ignore les cahiers de doléances, dissout l’Assemblée nationale, puis balaye le verdict des urnes malgré une participation massive des Français aux législatives. Cette surdité délibérée d’élites pourtant issues des grandes écoles et de programmes de sélection comme les Young Leaders vise précisément à provoquer cette violence.
Face à cette impasse, seuls les candidats souverainistes portent un discours de vérité capable de restaurer la démocratie en sortant de l’hydre démoniaque qu’est l’Union européenne. Même si le système agite de nouvelles figures artificielles — à l’image d’un David Lisnard crédité de 1 % de plus que Bruno Retailleau — et qu’un candidat souverainiste a peu de chances de l’emporter dès la prochaine présidentielle, les six mois à venir sont décisifs. Contre l’inversion morale et eschatologique des valeurs où la mort prime sur la vie et le mal sur le bien, chacun doit appliquer le précepte d’Alexandre Soljenitsyne : faire en sorte que le mensonge ne passe pas par soi.
Pour déjouer les provocations, les méthodes de mobilisation peuvent évoluer vers des sit-in, où le moindre casseur en noir debout est immédiatement repéré, ou vers des cortèges familiaux et encadrés comme celui des parents défilant avec leurs enfants au lendemain du 17 octobre, où aucun casseur n’est apparu. Plus de 98 % des Français sont d’honnêtes citoyens qui aspirent simplement à travailler et élever leurs enfants en paix : largement majoritaires, ils ont toutes les cartes en main pour refuser la désespérance et imposer le retour à la souveraineté.
Source : FLORIAN PHILIPPOT




























































