Et si le cœur du débat climatique résidait dans l’écart béant entre le contenu réel des travaux scientifiques du GIEC et les résumés destinés aux décideurs politiques ? C’est en plongeant directement dans les textes originaux — soit près de 15 000 pages de rapports, de publications scientifiques et d’analyses critiques — que le philosophe et épistémologue suisse Claude Duverney a mené son enquête pour son ouvrage Le Mensonge climatique, paru aux Éditions Marco Pietteur. Son point de départ remonte à 2018, au Collège Calvin de Genève, lorsqu’une simple présentation pédagogique d’arguments climatosceptiques en réponse à la question d’une élève lui a valu une vive polémique.
Le grand écart entre rapports scientifiques et résumés politiques
Le GIEC est avant tout une institution intergouvernementale dont les membres sont des gouvernements. Tous les six ou sept ans, il publie d’immenses synthèses de plusieurs milliers de pages divisées en trois volets. Comme aucun responsable politique ne lit ces volumes dans leur intégralité, des résumés d’une quarantaine de pages sont rédigés à leur intention. Or, la confrontation des textes révèle des contradictions flagrantes entre les conclusions des chercheurs et ces synthèses politiques, qui servent ensuite de base aux communiqués de presse d’une ou deux pages repris sans recul par les médias.
La mystification s’opère à deux niveaux :
- Les résumés pour décideurs : dans le premier rapport du GIEC (chapitres 7 et 8), les scientifiques concluent qu’il n’y a pas de causalité établie entre le CO₂ et le réchauffement. Pourtant, le résumé politique affirme exactement l’inverse, prétendant calculer avec précision la responsabilité du CO₂. Dans le deuxième rapport (1995), le chapitre 8 rédigé par 35 chercheurs aboutissait au même constat d’absence de lien causal démontré. Après la réunion de Madrid, ce chapitre scientifique a carrément été réécrit après coup pour s’aligner sur les conclusions du résumé politique.
- Le verrouillage interne des chapitres : une poignée d’auteurs principaux ont la haute main sur les conclusions et les résumés de chaque chapitre, n’hésitant pas à leur faire dire le contraire des études analysées. Dans le volet 2 du sixième rapport, un chapitre consacré aux coûts des catastrophes météo et des phénomènes extrêmes s’appuie sur 53 études. Alors que 52 d’entre elles concluent à une absence d’augmentation des coûts, l’auteur principal du chapitre ne retient que la seule étude affirmant l’inverse : la sienne.
Les rapports contiennent pourtant des éléments d’une grande honnêteté scientifique totalement passés sous silence. Le chapitre 10 du cinquième rapport dresse ainsi sur plusieurs pages la liste des incertitudes, affichant un degré de confiance faible — au mieux moyen — sur les paramètres étudiés et sur la compréhension globale du système climatique. Quant au réchauffement actuel de 1,1 à 1,2 °C en 170 ans, qualifié de « modeste » dans l’un des rapports, il est loin d’être sans précédent : les propres travaux du glaciologue Jean Jouzel sur le passé montrent qu’après le Dryas récent, il y a environ 12 000 ans, la Terre a connu une hausse brutale de 10 °C en seulement 50 ans.
L’affaire de la « crosse de hockey » de Michael Mann
Dans son troisième rapport en 2001, le GIEC met en avant une courbe de température couvrant les deux derniers millénaires, réalisée notamment par Michael Mann et popularisée par Al Gore. Plate pendant près de 2000 ans avant de grimper en flèche sur les 50 dernières années, cette courbe en forme de crosse de hockey offre une corrélation visuelle parfaite avec celle du CO₂. Deux Canadiens, l’expert minier Stephen McIntyre et le professeur d’économétrie Ross McKitrick, ont enquêté pendant huit ans pour démontrer que ce graphique reposait sur une série de manipulations statistiques, au point qu’un chercheur allemand l’a qualifié de « grand n’importe quoi » (« Die Kurve ist Quatsch »).
Camouflée dans un méli-mélo de courbes — le « plat de spaghettis » — lors du quatrième rapport, puis mise au purgatoire pendant vingt ans, cette crosse de hockey a pourtant resurgi dans le sixième rapport du GIEC : elle figure uniquement dans le résumé pour les décideurs politiques, sans même apparaître dans le corpus scientifique.
La fabrique du consensus et la mort de l’esprit critique
Pourquoi si peu de chercheurs protestent-ils contre ces distorsions ? La plupart ne rédigent qu’un paragraphe très pointu sans jamais lire l’intégralité des milliers de pages du rapport final. Néanmoins, des scientifiques de premier plan ont fini par claquer la porte du GIEC en découvrant son fonctionnement, à l’image de Judith Curry, ancienne directrice à l’institut de technologie de Géorgie (Georgia Tech), ou du physicien Richard Lindzen, du MIT, qui a participé aux trois premiers rapports avant de devenir l’un des plus grands critiques de l’institution. D’autres chercheurs, regroupés au sein de l’organisation internationale Clintel (Climate Intelligence), ont également produit un travail approfondi de critique du sixième rapport.
L’idée même d’un consensus a été imposée dès le premier rapport de 1990 par le président du GIEC, le Suédois Bert Bolin, qui a ordonné à John Houghton, président du groupe de travail n° 1, de « parler d’une seule voix ». Quant au fameux chiffre de 97 % de consensus, issu notamment des travaux de John Cook, il relève d’un artifice : sur plus de 31 000 résumés d’études passés en revue, seules 77 études ont été retenues au final, dont 75 attribuaient explicitement le réchauffement au CO₂. Or, le consensus est une notion politique et non scientifique. Depuis Thalès et son disciple Anaximandre en 600 av. J.-C., jusqu’à Galilée face à 2000 ans de géocentrisme aristotélicien ou Einstein répondant à l’ouvrage Cent auteurs contre Einstein qu’un seul suffirait s’il avait des arguments valables, la science n’avance que par le doute, la critique et la réfutation.
Opportunisme académique, malthusianisme et néo-romantisme
Si les courriels divulgués lors du Climategate (impliquant l’université d’East Anglia) ont révélé de véritables manœuvres au sein de l’état-major du GIEC pour censurer les articles critiques et discréditer leurs auteurs, le phénomène global repose surtout sur une immense convergence d’intérêts politiques, économiques, médiatiques et académiques. Lier n’importe quel sujet de recherche au réchauffement climatique garantit aujourd’hui des financements immédiats de plusieurs millions.
Sur le plan idéologique, ce discours s’enracine dans deux courants :
- Un néo-romantisme et néo-rousseauisme : à l’image de la réaction romantique de 1800 contre la raison du siècle des Lumières, un mouvement apparu vers l’an 2000 réagit au progrès technologique du XXe siècle en sanctuarisant Gaïa, une nature jugée bonne en soi face à un être humain dépeint comme le mal incarné, selon le triangle dramatique de Karpman (victime, bourreau, sauveur).
- Un malthusianisme lourd de conséquences : sous couvert de limites planétaires et de politiques de décarbonation coûteuses en Europe, les pays du Nord privent les pays en développement d’une énergie fiable et bon marché. L’OMS rappelle pourtant que 4 millions d’Africains — principalement des femmes et des enfants — meurent asphyxiés chaque année parce qu’ils cuisinent dans une pièce unique sur des brasiers de bois ou de bouse de vache, faute d’accès à l’électricité et aux énergies modernes.
Face à un journalisme grand public devenu le relais d’une pensée unique, sous la surveillance d’organismes comme l’ARCOM en France, le seul remède consiste à retourner vérifier les textes originaux. Comme le résume le « théorème » formulé par le professeur Jean-Claude Pont, préfacier de l’ouvrage : lorsqu’on plonge réellement dans les dossiers scientifiques, on voit régulièrement des partisans du réchauffisme devenir sceptiques ou réalistes, mais jamais l’inverse.
Source : Editions marco pietteur



























































