Dans les coulisses des négociations diplomatiques entourant le conflit actuel avec l’Iran, une situation inédite soulève de lourdes interrogations. Jared Kushner, gendre de Donald Trump, a été désigné pour faire partie de l’équipe chargée de négocier la fin de cette guerre, aux côtés de J.D. Vance et Stephen Witkoff. Pourtant, Kushner ne fait officiellement pas partie de l’administration, a échoué à obtenir ses habilitations de sécurité par le passé, et se trouve au cœur de conflits d’intérêts massifs impliquant l’Arabie saoudite et Israël. Plus troublant encore, l’architecture financière et géopolitique dont il bénéficie aujourd’hui semble avoir été pensée, des années plus tôt, par nul autre que Jeffrey Epstein.
La journaliste d’investigation Kait Justice a minutieusement retracé les liens unissant ces différents acteurs, révélant comment les intérêts financiers personnels s’entremêlent avec la politique étrangère américaine, au point d’influencer le cours d’une guerre dévastatrice.
L’ombre de Jeffrey Epstein sur la diplomatie moyen-orientale
Bien avant que les Accords d’Abraham ne voient le jour sous l’égide de Jared Kushner, Jeffrey Epstein avait déjà posé les jalons de cette stratégie. Les documents récemment déclassifiés révèlent qu’Epstein s’était positionné comme conseiller financier non officiel auprès de la cour royale saoudienne. En échange de ses conseils, il ne demandait pas de rémunération financière, mais un accès direct au pouvoir.
Dans des correspondances datant de 2017, en pleine crise diplomatique au Moyen-Orient, Epstein suggérait explicitement que si les pays du Golfe acceptaient de reconnaître l’État d’Israël, cela ouvrirait des perspectives fascinantes. Il proposait même, comme geste inaugural, de financer l’électricité pour la bande de Gaza. Cette vision de normalisation des relations entre les pays arabes sunnites et Israël, dans le but de contourner la question palestinienne et de s’unir contre la menace iranienne, est exactement le plan que Jared Kushner a ensuite porté et dont il s’est attribué le mérite.
Epstein conseillait également à l’Arabie saoudite de s’affranchir du système bancaire occidental. Il recommandait la création d’une monnaie adossée au pétrole, soutenue par les cryptomonnaies, afin d’échapper à toute responsabilité financière internationale. Ce projet séduit aujourd’hui de nombreux oligarques de la technologie qui investissent massivement dans les cryptomonnaies pour contourner les régulations étatiques.
Le financement saoudien : le cas d’Affinity Partners
La trajectoire financière de Jared Kushner est indissociable de ses relations avec Riyad. Après avoir été plombé par l’un des pires investissements immobiliers de l’histoire de New York (le tristement célèbre 666 Fifth Avenue), Kushner a fondé le fonds d’investissement Affinity Partners. Sa mission principale ? Créer un canal d’investissement direct entre l’Arabie saoudite et Israël.
Malgré les avis fermement défavorables de son propre comité consultatif, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a personnellement ordonné l’injection de 2 milliards de dollars dans le fonds de Kushner. MBS s’était d’ailleurs vanté lors du premier mandat de Donald Trump d’avoir Jared Kushner
« dans sa poche »
.
Aujourd’hui, la guerre avec l’Iran crée une situation extrêmement lucrative pour ces investisseurs. Le détroit d’Ormuz étant devenu inaccessible, la circulation du pétrole est paralysée. Les États-Unis et d’autres nations sont contraints de se tourner massivement vers l’Arabie saoudite pour s’approvisionner, à des prix exorbitants. L’Arabie saoudite engrange ainsi des profits colossaux, qui viennent indirectement alimenter le fonds de Jared Kushner. Envoyer ce dernier pour négocier la paix représente donc un conflit d’intérêts flagrant, la prolongation du conflit servant directement les intérêts financiers de ses partenaires.
Des alertes étouffées au plus haut sommet de l’État
La compromission potentielle de Jared Kushner n’est pas passée inaperçue au sein des services de renseignement américains, mais elle a été systématiquement étouffée.
En février, un lanceur d’alerte a révélé au Wall Street Journal que la NSA avait intercepté une communication entre deux responsables du renseignement étranger. Ces officiels discutaient de l’Iran et d’un individu très proche de Donald Trump, qu’ils considéraient comme totalement compromis et manipulable. Cet individu s’est avéré être Jared Kushner.
Au lieu de déclencher une enquête officielle, ce rapport d’interception a été transmis à Tulsi Gabbard (Directrice du renseignement national) et à Susie Wiles (Cheffe de cabinet de Donald Trump), qui l’ont littéralement enterré et mis sous clé. C’est cette volonté manifeste de dissimulation qui a poussé le lanceur d’alerte à contacter la presse.
La justice entravée et les documents classifiés
La dissimulation s’étend également au système judiciaire. La juge Aileen Cannon, nommée par Donald Trump et pressentie pour siéger à la Cour suprême, a bloqué la publication du « Volume 2 » du rapport du procureur spécial Jack Smith. Ce document crucial détaille la nature exacte des documents classifiés que Donald Trump avait illégalement conservés dans sa résidence de Mar-a-Lago.
Selon les procureurs, parmi ces boîtes se trouvaient des documents hautement confidentiels concernant spécifiquement l’Iran. Les enquêteurs ont décrit ces documents comme étant directement « pertinents pour ses intérêts commerciaux ». Le blocage de ce rapport empêche le public de savoir si ces secrets d’État ont été utilisés pour alimenter le pipeline financier souverain qui opère actuellement via Jared Kushner.
Un réseau d’influences transnational
Ce qui se dessine n’est pas une simple affaire de corruption isolée, mais l’émergence d’une véritable oligarchie transnationale. Un petit groupe d’individus, souvent liés aux mêmes cercles que fréquentait Jeffrey Epstein, tire profit de l’effondrement de l’ordre mondial établi après la Seconde Guerre mondiale.
Que ce soit par le biais des cryptomonnaies pour échapper aux juridictions classiques, ou par la manipulation des cours du pétrole en temps de guerre, ces acteurs utilisent l’appareil d’État américain pour faire avancer leurs intérêts privés. Dans cette configuration, la diplomatie n’est plus un outil au service de la paix ou de la sécurité nationale, mais un instrument de rentabilité où des émissaires comme Jared Kushner agissent en fonction des dividendes perçus de la part de puissances étrangères.
Source : kaitjustice.substack.com


























































