Assistons-nous à une nouvelle forme de guerre secrète en Ukraine, où les services de renseignement occidentaux jouent un rôle central dans des opérations asymétriques menées depuis le territoire ukrainien ? C’est ce que décrypte Jacques Baud, ancien officier du renseignement stratégique suisse et auteur de Guerres secrètes en Ukraine, dans cette analyse percutante.
L’opération « Toile d’araignée » : un tournant dans la stratégie ukrainienne
Le 1er juin 2025, l’Ukraine a lancé l’opération « Toile d’araignée », visant cinq bases aériennes russes et des infrastructures ferroviaires dans les régions de Briansk et Belgorod. Selon Jacques Baud, cette opération marque un changement qualitatif dans la guerre : le passage à une stratégie asymétrique, officiellement décidée dès avril 2024 lors d’une réunion entre les services de renseignement américain et ukrainien. L’objectif ? Faire basculer le conflit vers des actes de terrorisme ciblant les civils russes pour déstabiliser le gouvernement de Vladimir Poutine.
Les chiffres avancés par Kiev sont impressionnants : 117 drones mobilisés, 34 % des bombardiers stratégiques russes touchés. Pourtant, Jacques Baud souligne les limites de cette opération : seuls trois des cinq bases aériennes prévues ont été effectivement attaquées, et les dégâts réels restent modestes. « Les Russes admettent les attaques contre leurs bases arrière, mais ils condamnent fermement celles contre les civils, qu’ils qualifient de terrorisme », précise-t-il.
Le rôle des services occidentaux : recréation du SOE britannique
L’ancien colonel suisse révèle un fait méconnu : le MI6 et la CIA forment et équipent des agents ukrainiens depuis 2014 pour mener des opérations clandestines en Russie. Baud compare cette situation à la création du Special Operations Executive (SOE) pendant la Seconde Guerre mondiale, un service britannique chargé de saboter les infrastructures nazies en Europe. Aujourd’hui, le MI6 a « recréé » le SOE pour l’Ukraine, avec des missions similaires : attaques contre le pont de Kertch, sabotage de voies ferrées, et même soutien logistique aux attentats comme celui du Crocus City Hall à Moscou, revendiqué par l’État islamique mais largement suspecté d’être un faux drapeau.
« Les Britanniques et les Français sont cités par Moscou comme ayant participé à l’attentat de Crocus », déclare Baud. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a même évoqué le rôle de la France dans cette attaque, entraînant une réaction judiciaire russe avec l’ouverture d’une enquête contre Paris.
Des négociations bloquées : l’Europe dans l’impasse
Le conflit ukrainien se double d’une guerre diplomatique. Les Européens, menés par Emmanuel Macron et Keir Starmer, exigent un cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours, qu’ils présentent comme une étape vers la paix. Pourtant, Jacques Baud rappelle que les accords de Minsk (2014-2015), signés par la France, avaient pour but de permettre à l’Ukraine de se réarmer – un objectif que Kiev n’a jamais respecté.
Les Russes, eux, proposent un processus en trois étapes : la cession des quatre oblasts (Donetsk, Louhansk, Kherson, Zaporijjia), un cessez-le-feu immédiat, puis des négociations pour un traité de paix validé par l’ONU. « Les Occidentaux refusent cette logique, car elle signifierait reconnaître la réalité du terrain », analyse Baud. Pour eux, un cessez-le-feu de 30 jours permettrait simplement à l’Ukraine de se réorganiser militairement.
L’OTAN : une alliance nucléaire inadaptée au conflit actuel
Jacques Baud critique sévèrement l’OTAN, qu’il juge « dépassée » pour gérer un conflit de cette nature. Créée en 1949 pour contrer l’URSS, l’alliance est avant tout une structure nucléaire destinée à protéger l’Europe sous le parapluie américain. Pourtant, elle est aujourd’hui utilisée de manière détournée : les pays de l’OTAN agissent de manière bilatérale avec l’Ukraine (accords France-Ukraine, Pologne-Ukraine, etc.), tandis que l’OTAN en tant que telle évite toute implication directe pour ne pas risquer une escalade nucléaire.
« L’OTAN n’est pas adaptée à une guerre conventionnelle en Europe », explique Baud. Les Américains, sous la présidence de Donald Trump, cherchent à réduire leur engagement financier, tandis que les Européens, incapables de compenser ce désengagement, voient leur influence s’effriter. « La France, par exemple, n’a ni les moyens militaires ni le soutien populaire pour envoyer des troupes en Ukraine », souligne-t-il.
La stratégie de Trump : pragmatisme et désengagement
Donald Trump, contrairement aux Européens, ne cherche pas la paix en Ukraine, mais un retour sur investissement. Depuis le début du conflit, les États-Unis ont dépensé des milliards sans résultat tangible. « Trump veut que les armes se taisent, pas que la paix règne », précise Baud. Les Américains ont d’ailleurs suspendu l’envoi de missiles antiaériens à l’Ukraine, une décision qui démontre leur mécontentement face aux initiatives ukrainiennes unilatérales, comme l’opération « Toile d’araignée ».
Les tensions sont telles que Trump a menacé de réduire drastiquement l’aide américaine, laissant les Européens seuls face à leurs responsabilités. « Les Ukrainiens ne veulent pas négocier, et les Européens non plus », résume Baud. Résultat : le conflit s’enlise, et la Russie gagne du terrain chaque jour.
La réalité du terrain : une Ukraine en déclin
Sur le plan militaire, la situation est sans appel. Malgré les opérations asymétriques ukrainiennes, les Russes contrôlent désormais une grande partie du territoire. Baud révèle un phénomène méconnu : une résistance ukrainienne contre Kiev dans les zones occupées par la Russie. « Les populations locales, ukrainiennes et russes, s’unissent contre le gouvernement de Zelensky », explique-t-il. Cette dynamique montre que l’Ukraine, telle qu’elle existe aujourd’hui, est en train de s’effondrer.
Les déclarations de Dmitri Medvedev, ancien président russe, semblent prémonitoires : l’Ukraine pourrait se réduire à une « petite entité autour de Kiev », avec des territoires restitués à la Pologne, la Hongrie ou la Roumanie. Une perspective que les Européens refusent de voir, préférant entretenir un narratif selon lequel la Russie serait sur le point de s’effondrer.
Conclusion : vers une escalade ou une issue diplomatique ?
Jacques Baud met en garde : si les Occidentaux continuent à refuser toute négociation sérieuse, le conflit pourrait basculer vers une guerre ouverte entre l’Ukraine, qualifiée de terroriste par Moscou, et la Russie. « Les Russes ne négocieront pas avec une organisation terroriste », rappelle-t-il. Dans ce contexte, la seule issue reste la solution militaire, que la Russie est en train de gagner.
Pour l’Europe, le choix est simple : accepter la réalité du terrain ou poursuivre une guerre sans fin. Quant aux États-Unis, leur désengagement progressif pourrait bien accélérer la fin du conflit… mais au prix d’une Ukraine réduite à sa plus simple expression.
Source : Chaîne officielle TVL



























































