Alors que la France vient de traverser un week-end d’émeutes, de pillages et d’une violence inouïe, suivis d’une allocution présidentielle creuse, une manœuvre beaucoup plus silencieuse se déploie en coulisses. Au chaos de la rue répond l’organisation méthodique d’une paralysie institutionnelle totale. L’objectif est simple : verrouiller le système afin qu’aucune alternance politique ne puisse agir après l’élection présidentielle de mai 2027. Au cœur de cette bataille existentielle se trouve la confiscation de la voie royale pour redonner la parole au peuple : le référendum. Invité au micro de Clémence sur la chaîne Tocsin, l’avocat, docteur en droit et enseignant à l’université de Strasbourg Ghislain Benhessa — auteur notamment du Totem de l’État de droit, du Référendum impossible et de Nos vrais maîtres — lève le voile sur une opération d’ingérence idéologique menée directement auprès des facultés de droit françaises.
L’article 11 contre l’article 89 : l’arme du blocage institutionnel
Pour sortir le pays de l’ornière, le recours au référendum s’impose comme un levier indispensable. Or, un affrontement majeur oppose aujourd’hui deux visions irréconciliables de la Constitution. D’un côté, la défense du référendum direct via l’article 11 — portée dans le débat actuel par Marine Le Pen, mais défendue de longue date sur le plan doctrinal par Ghislain Benhessa à travers ce qu’il nomme un « populisme juridictionnel » — permet de réviser les textes en s’adressant directement au peuple souverain. De l’autre côté, le système incarné par l’actuel président du Conseil constitutionnel, Richard Ferrand, prétend que seul l’article 89 est utilisable pour réviser la Constitution.
Derrière cette querelle en apparence technique se cache un piège politique absolu. L’article 89 exige l’aval préalable des deux chambres parlementaires, l’Assemblée nationale et le Sénat, avant toute consultation. Imposer cette unique voie revient tout simplement à interdire tout référendum et toute révision constitutionnelle voulue par les Français. Pourtant, l’histoire de la Cinquième République démontre l’exact opposé de la thèse officielle :
- Sur les neuf référendums organisés en France depuis 1958, huit l’ont été par le biais de l’article 11, et un seul par l’article 89 (celui sur le quinquennat, qui laissait les citoyens largement indifférents).
- Le fondateur même de la Constitution, le général de Gaulle, a utilisé l’article 11 pour réviser le texte fondamental, fixant ainsi la légitimité gaullienne de cette lecture.
- Même des figures tutélaires de la gauche des années 1980 et 1990, comme François Mitterrand ou Robert Badinter, admettaient cette primauté populaire, Badinter rappelant lui-même que « quand le peuple parle, le juge se tait ».
Un courriel envoyé aux professeurs de droit pour formater les étudiants
Face à la montée en puissance des arguments validant l’usage de l’article 11, l’appareil d’État et ses relais médiatiques ont déclenché une contre-offensive immédiate. Moins de 24 heures après l’éclatement de la polémique entre le Rassemblement national et Richard Ferrand, un courriel officiel a été adressé à l’ensemble des professeurs des facultés de droit de France. Transmis à Ghislain Benhessa par plusieurs sources universitaires concordantes, ce message émane du service de communication du podcast juridique Quid Juris, animé par le journaliste de BFM TV Laurent Neumann, qui venait tout juste de recevoir Richard Ferrand à son micro.
Le contenu de ce courriel cible très précisément les enseignants chargés des étudiants de première année, un public jeune et particulièrement malléable :
« Cette semaine, le podcast a eu le plaisir de recevoir Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel, pour un entretien consacré à la place de l’institution et à l’État de droit. Cet échange nous semble particulièrement intéressant pour les étudiants de première année tant Richard Ferrand y fait preuve de pédagogie, notamment dans ses explications sur le rôle et le fonctionnement du Conseil constitutionnel. […] Si vous le jugez pertinent, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir le partager avec vos étudiants. »
Qu’une émission privée dispose des listes de diffusion de tous les professeurs de faculté de droit et leur écrive de la sorte sans l’aval préalable du Conseil constitutionnel et de Richard Ferrand est hautement improbable. Il s’agit d’une opération ordonnée de propagande visant à étouffer tout esprit critique à l’université — lieu pourtant voué à la recherche et au questionnement contradictoire — pour ériger l’interprétation de Richard Ferrand en dogme unique. Cette offensive universitaire s’accompagne d’un pilonnage médiatique simultané : entretien de Richard Ferrand dans Le Monde verrouillant la porte au référendum direct, éditoriaux alignés dans Le Figaro, et mobilisation des prétendus vérificateurs juridiques sur les réseaux sociaux pour décréter que seule la doctrine de première année de faculté dictée par le Conseil constitutionnel fait foi.
La ligne Macron-Ferrand-Juppé : un système verrouillé
L’étanchéité de ce verrouillage institutionnel s’illustre jusque dans les recours tentés par l’opposition. Le Rassemblement national a récemment saisi le doyen du Conseil constitutionnel, Alain Juppé, afin qu’il invite Richard Ferrand à se démettre de ses fonctions. Or, la chaîne de nominations révèle l’absurdité de la situation : Alain Juppé a lui-même été nommé au Conseil constitutionnel par Richard Ferrand lorsque ce dernier présidait l’Assemblée nationale, poste au perchoir que cet ex-socialiste devait directement à Emmanuel Macron.
La ligne reliant Emmanuel Macron, Richard Ferrand et Alain Juppé forme un circuit fermé parfaitement organisé. À travers ce dispositif épaulé par les juridictions et soumis aux orientations de l’Union européenne, tout est mis en place pour maintenir le pays sous tutelle et garantir l’immobilisme, que ce soit sur l’immigration, le travail, le social ou les retraites, voire pour entraver judiciairement des candidats dès janvier ou février prochains.
Fausse démission de Laurent Nuñez et naufrage présidentiel depuis 2024
Ce blocage au sommet de l’État éclaire également la gestion désastreuse des émeutes du week-end, dont les scènes de commerces saccagés ont profondément éprouvé Ghislain Benhessa. Au surlendemain des violences, l’Élysée a annoncé que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait présenté sa démission, mais qu’Emmanuel Macron l’avait refusée au nom de la « nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre », tout en lui demandant de faire la lumière sur les défaillances du renseignement. Ce simulacre de fermeté ne trompe personne : remplacer Laurent Nuñez ne servirait qu’à recaser un autre fidèle du même acabit, à l’image de l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, autrefois parachuté à la tête de la société du tunnel du Mont-Blanc avant de travailler pour des intérêts chinois.
Le poisson pourrit par la tête, et l’erreur fondamentale remonte à la dissolution manquée de 2024. Dès cet instant, alors que celui qui incarnait les institutions décidait de les violer, la seule issue viable résidait dans la démission immédiate d’Emmanuel Macron. En laissant le chef de l’État poursuivre sa politique de mépris pendant deux ans sans exiger son départ, nombre d’observateurs et de proches du pouvoir ont permis à la gangrène de progresser, pour finalement se réveiller sur les plateaux de télévision à six mois jour pour jour du scrutin présidentiel, devant une France qui brûle.
Selon la formule du sociologue Max Weber chère à l’essayiste, l’histoire naît de la rencontre entre les circonstances et le charisme. Si la France accumule les circonstances tragiques, elle est privée depuis des décennies d’un véritable chef d’État doté de la dignité et de l’autorité nécessaires pour incarner le premier des Français. Pour briser ce monopole de la parole officielle et rétablir le bon sens juridique, Clémence et Ghislain Benhessa ont convenu de rédiger une lettre ouverte destinée à être massivement partagée par les citoyens, afin de répondre coup pour coup à la propagande diffusée dans les universités.
Source : Tocsin




























































